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Par Thierry Brun - Suivre sur twitter - 21 juillet 2012

Peugeot PSA, laboratoire du capitalisme financier

Les dirigeants du groupe PSA veulent ouvrir la voie à de nouvelles réformes du marché du travail. Ces chantres de la flexibilité sont des piliers du Medef, qui alimentent l’organisation patronale en contributions idéologiques et, il y a quelques années, en participant à la caisse noire de l’UIMM. Ils comptent aussi quelques bons amis au sein du gouvernement.

Les commentateurs avisés ont peu relevé l’étrange proximité qui lie étroitement Peugeot-Citroën (PSA) à l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) et au Medef. Frédéric Saint-Geours est un bel exemple de ces relations qui ont en commun une doctrine, celle d’un capitalisme financier sans entrave.

Directeur général des marques du constructeur automobile PSA, numéro deux du groupe, Saint-Geours a rappelé récemment que PSA était en négociation en vue d’un accord de compétitivité dit de « flexibilité » dans l’usine de Sevelnord (Nord), à Hordain. Un accord cynique puisque dans un document interne, daté de 2010, dévoilé par la CGT en 2011, l’usine devrait fermer ses portes en 2015 et laisser sur le carreau 2 600 salariés. En cours, la négociation n’a pourtant pas fait grand bruit au sein des ministères clés du gouvernement.

La course à la compétitivité

L’accord de compétitivité illustre cependant la façon de penser du groupe PSA. Le constructeur se veut une entreprise globale, associée au géant américain General Motors (qui détient 7 % du capital de PSA), présente sur tous les marchés, jouant à fond la concurrence mondiale, où le salarié d’Aulnay-sous-Bois, de Rennes ou de Sevelnord est opposé frontalement au travailleur indien, slovaque, etc. La stratégie du constructeur y est énoncée très clairement : « Poursuivre l’ajustement des capacités à la demande commerciale, grâce au compactage des usines et à l’adaptation des effectifs ». Traduction : Sevelnord doit se plier aux règles de la concurrence, comme le site d’Aulnay-sous-Bois qui, étant moins compétitif que celui de Trnava en Slovaquie, pays à bas coût de main d’œuvre, doit fermer ses portes.

Saint-Geours applique les préceptes de la très influente UIMM qu’il préside. Ce qui lui vaut aussi d’être membre du conseil exécutif du Medef. Restée puissante au sein de l’organisation patronale, l’UIMM [1] a publié en février 2012 un « Pacte social pour une industrie compétitive », qui propose notamment une « flexisécurité du marché du travail » et des accords de compétitivité-emploi imposant flexibilité horaire et salariale. La contribution des industriels au débat public lors de la campagne présidentielle, a défini une ligne, largement défendue par la patronne du Medef, Laurence Parisot.

Pour mettre un terme « à la perte de compétitivité qui pénalise fortement » les industriels, l’UIMM a identifié « trois enjeux de compétitivité » : « le développement des compétences, la réforme du marché du travail et la revitalisation du dialogue social. S’y ajoute la proposition d’un choc de compétitivité en réformant et pérennisant le financement de la protection sociale », résume le « pacte social ».

Ces enjeux de compétitivité étaient au centre des débats lors de la conférence sociale des 9 et 10 juillet. La patronne du Medef y a notamment milité pour un transfert des cotisations sociales vers la TVA et la contribution sociale généralisée (CSG), cette dernière option ayant la faveur du gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Le partage des rôles

Un terrain d’entente sous le signe de la compétitivité est-il sur le point d’être formalisé avec le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ? Le gouvernement a lui-même lancé le grand chantier de la compétitivité à l’occasion de la conférence sociale, et a confié à l’ancien dirigeant d’EADS, Louis Gallois, une mission sur ladite compétitivité des entreprises pour préparer la mise en œuvre de mesures avant la fin de l’année.

Les industriels de l’UIMM ont réussi à imprimer leur marque. Certes, Frédéric Saint-Geours a été à bonne école : il fut en 1981 dans le cabinet de Louis Mermaz au ministère des Transports, et devint, de 1984 à 1986, directeur de cabinet du secrétaire d’État au Budget Henri Emmanuelli. Un socialiste qui a trouvé « plus que surprenants » les propos de Philippe Varin, patron de PSA, sur le coût du travail en France, et n’a pas éprouvé le besoin de s’exprimer sur le plan social en cours. Nouveau président de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts, Henri Emmanuelli, est désormais au cœur de la boîte à outils de l’État, qui finance les industriels au travers du Fonds stratégique d’investissement (FSI).

Fi donc des menaces lancées par le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, après l’annonce choc d’un plan de suppression de 8 000 postes dans PSA ! Les dirigeants du groupe PSA respectent un programme fixé depuis plusieurs années. Philippe Varin peut réclamer dans les médias une « baisse massive du coût du travail pour restaurer ses marges », un moyen de « maintenir les capacités d’innovation » de la filière automobile. Et surtout d’empocher sa part des profits. En 2010, Varin a quasiment triplé sa rémunération, touchant 3,25 millions d’euros. Frédéric Saint-Geours, alors directeur financier, a doublé le montant de la sienne, soit 1,26 million d’euros. Et les membres du directoire ont été gratifiés de 120 000 euros de prime exceptionnelle. La même année, la direction fixait les grandes lignes des futurs plans sociaux.

Sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, Philippe Varin peut s’exprimer en toute tranquillité. Les coulisses de PSA révèlent une endogamie capitalistique qui pourrait mettre dans l’embarras le gouvernement. Ainsi, chez Péchiney, Varin y a rencontré Martine Aubry, qui fut directrice générale adjointe du groupe à la fin des années 1980, le grand patron étant à l’époque Jean Gandois, ancien dirigeant du CNPF, ancêtre du Medef, aujourd’hui sollicité par le gouvernement...

Devenu président du Cercle de l’Industrie en mai, Philippe Varin y a côtoyé l’un de ses vice-présidents, Pierre Moscovici, aujourd’hui ministre de l’Économie. Et le ministre socialiste connaît bien la famille Peugeot : il tutoie et apprécie Thierry Peugeot, président du conseil de surveillance du groupe, et Christian Peugeot, directeur des affaires publiques.

La mise au jour du système

Le scénario du plan social démenti puis confirmé est un classique pour PSA : 2012 rappelle 2007. La rumeur de la suppression de 10 000 emplois en France et en Europe avait circulé pendant plusieurs mois et fut confirmée par l’ancien PDG du groupe, Jean-Martin Folz, qui annonça finalement la suppression de 5 000 emplois en 2007, après les 7 000 de 2006. La même année 2007, les actionnaires empochaient 317 millions d’euros de dividendes...

2007 fut une année faste en révélation : la presse dévoile l’existence d’une caisse noire au sein de l’UIMM. Frédéric Saint-Geours, alors directeur général d’Automobiles Peugeot, succède à Denis Gautier-Sauvagnac à la tête d’une UIMM dans la tourmente. L’enquête judiciaire avançant à grands pas, Saint-Geours avoue que parmi les dix principaux donateurs de l’Epim (entraide professionnelle des industries de la métallurgie), la fameuse caisse noire antigrève de l’UIMM, Peugeot figurait en deuxième position.

Peugeot apportait une obole de 49 140 euros pour « fluidifier » les relations sociales, selon le bon mot de Gautier-Sauvagnac, ancien membre du conseil de surveillance de Vallourec (en 2006), entreprise qui était le premier donateur de la caisse noire.

« En 2007, 153 entreprises ont cotisé à l’Epim pour un montant de 675 000 euros », admet Saint-Geours. « Quelque 574 000 euros ont profité à deux ou trois entreprises » qui ont traversé des conflits sociaux en 2007, indique vaguement le dirigeant de PSA. A cette période, en pleine campagne pour la présidentielle, le site d’Aulnay-sous-Bois était engagé dans un mouvement de grève qui a duré près de deux mois.

Toujours à la même époque, les déboires de la puissante UIMM n’ont en rien changé la ligne idéologique du Medef. En octobre 2007, Denis Kessler, ancien vice-président du Medef et éminence grise du baron Ernest-Antoine Seillière lorsque celui-ci pilotait l’organisation patronale, lâchait cette déclaration de guerre : « II faut défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ». Au nom de la compétitivité.

Les infortunes des uns font la fortune des autres

Que ce soit aujourd’hui Philippe Varin, hier Jean-Martin Folz, Christian Streiff ou Jacques Calvet, la famille Peugeot a toujours été aux commandes du groupe. C’est Thierry Peugeot qui est récemment sorti du bois et a fait bloc derrière Philippe Varin quand celui-ci a lancé son appel à la baisse du coût du travail, justifiant ainsi la suppression de milliers d’emplois.

Pourtant la famille Peugeot fait partie des grandes familles du capitalisme français qui ont quitté le pays depuis longtemps. Une étude publiée en 2011 par le magazine économique de suisse romande Bilan, intitulée : « Les 300 plus riches de Suisse », a comptabilisé le patrimoine des 44 grosses fortunes françaises exilés en Suisse.

Ces familles ont cumulé une trentaine de milliards d’euros dans le paradis fiscal. En cinquième position, la famille Peugeot dont la fortune, logée dans le canton de Vaud, a été évaluée entre 1,2 et 1,6 milliards d’euros...

P.-S.

Photo : AFP / Alain Jocard

Notes

[1] L’UIMM a aussi la haute main sur l’Unedic, dont le conseil d’administration a nommé président Jean-François Pilliard en février 2012, délégué général de l’UIMM depuis 2008.

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