En vingt ans d’existence, la fondation Abbé Pierre n’avait jamais fait état d’une situation de mal-logement aussi dégradée. Son 17e rapport annuel, publié mercredi 1e février, dévoile des chiffres alarmants : 10 millions de français sont touchés de près ou de loin par la crise du logement, dont 3,6 millions mal logés. Ces chiffres sont le reflet d’une situation qui empire depuis une dizaine d’années, à la faveur de l’évolution à la hausse des prix de l’immobilier et d’une crise financière qui a eu un effet accélérateur. Le mal-logement touche aujourd’hui les classes moyennes ou intermédiaires, autrefois préservées, et désormais « trop riches pour bénéficier d’aides ou d’un logement social, mais trop pauvres pour supporter sans dommage le coût d’un logement privé ».
L’absence de logement personnel et les mauvaises conditions d’habitat ne sont donc plus les seules problématiques en jeu. Elle se sont élargies aux difficultés d’accès et de maintien au logement ainsi qu’au blocage de la mobilité résidentielle. Les ménages, fragilisés par la crise, se retrouvent dans l’obligation de réduire leurs dépenses de santé ou d’alimentation pour continuer à se loger. Selon la fondation, « un problème du logement n’est plus seulement une question de logement » mais un problème de société, révélateur des inégalités et frein à l’ascension sociale.
Nécessité d’un Etat plus engagé
Le rapport de l’organisation pointe du doigt la responsabilité de l’Etat, qui croit à tort aux « vertus régulatrices du marché ». Cette « croyance excessive » a au contraire favorisé la flambée des prix de l’immobilier et des loyers, dont l’encadrement est désormais plus que nécessaire. Le rapport regrette également que l’action du gouvernement se concentre sur les plus défavorisés, laissant le soin aux collectivités locales de prendre en charge le reste de la population, mais sans leur en donner les moyens nécessaires.
Le logement entre progressivement dans les programmes des candidats à la présidentielle. Mais pas assez, selon Christophe Robert, délégué général adjoint de la fondation Abbé Pierre, pour qui « la volonté politique manque ». En cette année électorale, la fondation a voulu frapper fort et accompagne son rapport d’un « contrat social pour une nouvelle politique de logement » destiné aux candidats où ils pourront retrouver toute une série de propositions. Alors que le logement figure, avec l’emploi, parmi les préoccupations majeures des Français, les candidats à la présidentielle sont encouragés à signer le document et à s’engager à mettre en œuvre ces propositions s’ils sont élus. À suivre.



