… mais ailleurs, comme à Guéret, il faudra bien autre chose que quelques promenades sous des banderoles pour faire renoncer ce gouvernement inféodé aux puissances d’argent à exiger toujours plus des salariés de ce pays pour faire tourner l’économie-casino, qui remplit les poches des petits malins qui en maîtrisent les martingales.
Aujourd’hui, les retraites ; et demain, quoi ? Les congés payés ? La Sécu ? L’éducation obligatoire et gratuite ?
On a longtemps cru que les traitements de cheval préconisés par les Maîtres et mis en musique par les “experts” du FMI (fussent-ils prétendument de gauche) étaient réservés aux pays dits du tiers-monde, cet hémisphère sud voué à la pouillerie, au pillage, à la schlague.
Eh bien, ça n’a pas suffi aux rapaces.
Il y a des années que nous le disons : notre tour viendra. Il est venu.
Good morning la France ! Good morning l’Europe ! C’est notre tour d’être tondus : après tout, nous avons bien profité des années d’abondance, non ? (On exclura de ce “nous”, bien sûr, la minorité possédante et dirigeante, cette aristocratie du pognon, dont la goinfrerie nous ferait presque regretter l’autre, celle d’avant, qu’on a guillotiné pour moins que ça …)
Les martingales, disais-je. Les règles du jeu, si vous préférez. Parmi tous ces braves gens qui défilaient, ce jeudi, combien (je suis du lot) sont à même d’en comprendre les subtilités ? Qu’avons-nous pigé à cette crise des subprimes qui a entraîné par le fond des établissements bancaires réputés inébranlables ? Qui a prêté attention à l’abolition, dans les années 90, par le Congrès américain avec la complicité du gouvernement Clinton (démocrate, n’est-il pas ?) du Glass-Steagal Act, mis en place sous Roosevelt après la grande crise de 29 et qui interdisait la confusion entre les banques de dépôt et les banques d’affaires ? Qui sait expliquer ce qu’est au juste un produit dérivé, un prêt Ninja, un CDS (Credit Default Swap), ou encore comment fonctionnent ces fameuses “agences de notation” qui décernent aux Etats les mêmes AAA de l’excellence qu’aux andouillettes ou décident au contraire qu’un pays doit être cloué au pilori de la finance, comme autrefois au cirque romain le pouce d’Auguste ordonnait qu’on achève le gladiateur vaincu ?
Vous voulez mieux comprendre ? Adressez-vous à madame.
Vous connaissez bien Susan George, cette grande dame du mouvement altermondialiste, français et international [1], nous vous avons souvent parlé d’elle, pur produit de la bourgeoisie wasp (White Anglo-Saxon Protestant), devenue française par inclination et internationaliste par conviction.
Voilà des années qu’elle consacre sa vie à combattre ce capitalisme financier qui entraîne le monde à sa perte. Et qu’inlassablement, par le livre, les conférences, dans les colloques et rencontres militantes, elle s’efforce de faire comprendre ces mécanismes compliqués qui broient les peuples dans leurs rouages, comme Charlot dans les dents de la machine des Temps modernes.
Son dernier essai, Leurs crises, nos solutions [2], est un modèle de clarté, de pédagogie, accessible à tous et jamais jargonnant ou rasoir. Elle décrit cette prison dont les matons appartiennent à ce qu’elle appelle (l’expression est joliment trouvée) « la classe de Davos ».
Et dont elle ne désespère pas qu’on parvienne un jour à abattre les murs.
En marchant deux ou trois fois l’an, sous des banderoles, dans les rues de Guéret ou d’ailleurs ?