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Par Bernard Langlois - 27 mai 2010

Retour de manif’

À Guéret, comme ailleurs, on défilait pour les retraites …

… mais ailleurs, comme à Guéret, il faudra bien autre chose que quelques promenades sous des banderoles pour faire renoncer ce gouvernement inféodé aux puissances d’argent à exiger toujours plus des salariés de ce pays pour faire tourner l’économie-casino, qui remplit les poches des petits malins qui en maîtrisent les martingales.

Aujourd’hui, les retraites ; et demain, quoi ? Les congés payés ? La Sécu ? L’éducation obligatoire et gratuite ?

On a longtemps cru que les traitements de cheval préconisés par les Maîtres et mis en musique par les “experts” du FMI (fussent-ils prétendument de gauche) étaient réservés aux pays dits du tiers-monde, cet hémisphère sud voué à la pouillerie, au pillage, à la schlague.

Eh bien, ça n’a pas suffi aux rapaces.

Il y a des années que nous le disons : notre tour viendra. Il est venu.

Good morning la France ! Good morning l’Europe ! C’est notre tour d’être tondus : après tout, nous avons bien profité des années d’abondance, non ? (On exclura de ce “nous”, bien sûr, la minorité possédante et dirigeante, cette aristocratie du pognon, dont la goinfrerie nous ferait presque regretter l’autre, celle d’avant, qu’on a guillotiné pour moins que ça …)

Les martingales, disais-je. Les règles du jeu, si vous préférez. Parmi tous ces braves gens qui défilaient, ce jeudi, combien (je suis du lot) sont à même d’en comprendre les subtilités ? Qu’avons-nous pigé à cette crise des subprimes qui a entraîné par le fond des établissements bancaires réputés inébranlables ? Qui a prêté attention à l’abolition, dans les années 90, par le Congrès américain avec la complicité du gouvernement Clinton (démocrate, n’est-il pas ?) du Glass-Steagal Act, mis en place sous Roosevelt après la grande crise de 29 et qui interdisait la confusion entre les banques de dépôt et les banques d’affaires ? Qui sait expliquer ce qu’est au juste un produit dérivé, un prêt Ninja, un CDS (Credit Default Swap), ou encore comment fonctionnent ces fameuses “agences de notation” qui décernent aux Etats les mêmes AAA de l’excellence qu’aux andouillettes ou décident au contraire qu’un pays doit être cloué au pilori de la finance, comme autrefois au cirque romain le pouce d’Auguste ordonnait qu’on achève le gladiateur vaincu ?

Vous voulez mieux comprendre ? Adressez-vous à madame.

Vous connaissez bien Susan George, cette grande dame du mouvement altermondialiste, français et international [1], nous vous avons souvent parlé d’elle, pur produit de la bourgeoisie wasp (White Anglo-Saxon Protestant), devenue française par inclination et internationaliste par conviction.

Voilà des années qu’elle consacre sa vie à combattre ce capitalisme financier qui entraîne le monde à sa perte. Et qu’inlassablement, par le livre, les conférences, dans les colloques et rencontres militantes, elle s’efforce de faire comprendre ces mécanismes compliqués qui broient les peuples dans leurs rouages, comme Charlot dans les dents de la machine des Temps modernes.

Son dernier essai, Leurs crises, nos solutions [2], est un modèle de clarté, de pédagogie, accessible à tous et jamais jargonnant ou rasoir. Elle décrit cette prison dont les matons appartiennent à ce qu’elle appelle (l’expression est joliment trouvée) « la classe de Davos ».

Et dont elle ne désespère pas qu’on parvienne un jour à abattre les murs.

En marchant deux ou trois fois l’an, sous des banderoles, dans les rues de Guéret ou d’ailleurs ?

Notes

[1] Elle est présidente d’honneur d’Attac et présidente du Conseil du Transnational Institute (TNI).

[2] Albin Michel, 370 p., 20 euros.

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Commentaires de forum
  • JPB 28 mai 2010 à 06:43

    Merci Bernard

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  • baloo 28 mai 2010 à 08:52

    Bien d’accord, Bernard.

    Petit, mon père, d’extrême droite, m’expliquait qu’une moitié du monde était là pour exploiter l’autre (et de tâcher de me trouver dans la bonne).Aujourd’hui, de cette moitié, il ne reste plus que quelques gros connards.Un jour ils disparaîtront, mais aussitôt une nouvelle race de salopards naitra.Tu sais bien que, même dans la misère la plus crasse, il y a toujours des fumiers qui trouvent la martingale et qui arrivent à revendre la poignée de manioc qu’ils ont volée....

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  • Michel 28 mai 2010 à 10:51

    A lire dans le forum de l’Echo du vendredi 28 mai un courrier intéressant de Daniel Sanvoisin qui montre comme la productivité du travail à augmenter depuis 50 ans. C’est cette productivité qui permettrait de travailler moins tous et toutes, sans remettre en cause des droits à la retraite et aux loisirs, à haut niveau. Il faut mettre au service des peuples, et non des profits, cette hausse de la productivité du travail.

    Je conseille à tous la lecture de cet article.

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  • Pedro 28 mai 2010 à 11:24

    Merci encore pour ce billet.
    Tout à fait d’accord avec toi. Ce ne sont pas ces suaves déambulations qui arrêteront le saccage.
    Que les malheureux bénéficiaires des régimes spéciaux,aujourd’hui épargnés par le report de l’âge de la retraite, ne se réjouissent pas trop.Ils viennent d’être promus au statut d’insupportables privilégiés que l’on saura, après 2012, faire rentrer dans le rang.
    Sauf si, d’ici là, la potion est devenue trop amère...

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  • viguier 28 mai 2010 à 19:13

    Putaingue ..., c’est du vrai et du meilleur Bernard Langlois !!
    Qu’il en soit remercié ( pas fichu à la porte,entendons-nous bien ) devant la Presse éternelle - bon, dis, à propos, à part Seb Font au blog jubilatoire ( pour moi et des milliers d’autres)- y en a-t-il encore des comme ça, merde alors ??
    Encore merci

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  • b.bérodier 28 mai 2010 à 23:22

    Merci pour ce rapport lucide ;dans les médias, entre ceux qui comptent les points (les pions ?) avec le ministère et ceux qui les comptent avec les "syndicats et gauche réunis", on n’ a guère de réflexion globale sur la question ! Merci pour la tienne.
    J’ajoute un grain de sel : ne trouves-tu pas que l’emploi généralisé, à propos de la retraite à 60 ans ,du mot DOGME, relève de la propagande pour nous faire gober n’importe quoi ? Un dogme est un artiche de foi (ex. La Sainte Trinité) indémontrable par la raison et indiscutable par les croyants.Or la retraite à 60 ans est une réalité vécue (plus pour longtemps, mais quand même) dont on peut démontrer ou discuter raisonnablement le bien fondé.Mais avec ce mot , les politiques et les médias renvoient ceux qui refusent de passer la barre des 60 ans dans l’ enfer obscurantiste des tenants d’un catéchisme suranné , attachés non pas à une mesure de bon sens ou de bien vivre, mais à une foi ridicule ...inculquée par qui (le père Marx ou son Grand-Prêtre Mitterrand ?). Curieusement, personne ne parle de dogme à propos de la Rigueur et de ses Flagellants, inspirés par L’Esprit des Sacro-Saints Marchés ! (Il paraît même que l’Europe va créer un Saint-Office qui mettra les états prodigues à l’Index !)

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  • Ghizzoni 29 mai 2010 à 08:00

    Intéressant !

    Merçi beaucoup.

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  • Fouillet 30 mai 2010 à 09:16

    Je vois avec joie que la plume est toujours vive. Avec retard j’en profite pour saluer le journaliste que j’ai écouté et lu avec plaisir et intérêt.
    Bravo pour tout
    Fouillet

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  • sardou 9 juin 2010 à 12:08

    Heureusement que nous avons le toujours révolté Bernard Langlois.
    Je vais lire Susan George

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