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Par Jacques Vincent - 13 septembre 2012

La chambre d’écho de Patti Smith

Avec Banga, la chanteuse confirme son goût des correspondances artistiques.

Just Kids, livre sorti en 2010 dans lequel Patti Smith raconte notamment sa longue relation d’amitié avec le photographe Robert Mapplethorpe, semble avoir été pour certains la révélation d’une autre facette de la chanteuse, celle d’écrivain. Ce qui est assez étonnant quand on sait qu’il ne s’agissait pas là de son premier livre, qu’elle a commencé à écrire bien avant de chanter, mais de la poésie, ce qui reste toujours plus confidentiel, et que les écrivains ont toujours été pour elle une influence aussi grande que les musiciens. Rimbaud a été le plus mis en avant, mais il n’est pas le seul : Jean Genet, Antonin Artaud, René Daumal et, évidemment, ceux de la beat generation qu’elle a côtoyés, William Burroughs et Allen Ginsberg. On ne va pas non plus par hasard photographier le lit de Virginia Woolf ou la machine à écrire d’Hermann Hesse. Deux images que l’on a pu voir à la Fondation Cartier à Paris, en 2008, lors de la rétrospective qui était consacrée à Patti Smith et présentait d’autres facettes de sa production artistique : dessins, collages, photographies.

Ce ne sont pas les seuls pèlerinages que l’artiste aura faits dans une volonté d’approcher certains esprits disparus. Une démarche presque mystique, mais Patti Smith ne dit-elle pas, dans Just Kids, qu’enfant son « amour des livres vint peu à peu concurrencer son amour de la prière »  ? L’un des points communs de toutes les productions de Patti Smith est cette source d’inspiration infinie que constituent les artistes et leurs œuvres. Une relation qui tient à la fois de l’hommage et de la transmission, une œuvre en engendrant une autre, parfois à plusieurs siècles de distance, et ressemble à une sorte de correspondance qu’elle entretient avec une cosmogonie d’artistes, de toutes époques et de toutes disciplines, qui n’arrête jamais de s’élargir. Banga ne déroge pas à cette règle et doit son titre à une chanson écrite après la découverte enthousiaste du Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, qui avait déjà inspiré aux Rolling Stones l’un de leurs meilleurs morceaux : Sympathy For The Devil. Au fil des chansons, on trouve aussi des évocations de l’actrice Maria Schneider, décédée l’an passé, avec laquelle Patti Smith s’est liée d’amitié dans les années 1970, d’Amy Whinehouse, du peintre italien Pietro Della Francesca et de sa fresque le Songe de Constantin, peinte dans l’église Saint-François d’Arezzo, en Italie, prétexte aussi à une ode à Saint-François d’Assises et à une de ces épopées au long cours dont elle s’est fait une spécialité dès son premier album. Plus loin, on croise Andrei Tarkovsky. À propos du cinéaste russe et de son film l’Enfance d’Ivan, Patti Smith a écrit une chanson qui reprend une musique de Sun Ra. Sun Ra que le groupe de feu son mari, Fred Smith, le fulgurant MC5, reprenait déjà à la fin des années 1960. Patti Smith dit aimer les coïncidences. On parlera plutôt d’écho, et on en trouve beaucoup ici, nombre de reflets et d’effets de miroir également. Quelques exceptions tout de même : la comptine Seneca et le puissant Fuji-San, dont le point de départ est la catastrophe de Fukushima.

Au final, Banga peut être vu comme un de ces carnets dont on imagine les poches et les sacs de Patti Smith remplis, couverts de textes, notes et dessins, dont certaines pages auraient été mises en musique par les fidèles compagnons que sont Lenny Kaye (guitare), Jay Dee Daugherty (batterie) et Tony Shanahan (basse et claviers). Ils en ont conçu un tissu sonore d’une formidable richesse mélodique. Ces chansons, Patti Smith les habite de tout son corps et de tout son cœur, avec une force sereine, image d’une grande plénitude, récitant ici, poussant ailleurs le chant jusqu’à un niveau proche d’une possession chamanique. Elle termine par une reprise d’After The Gold Rush de Neil Young, ce qui a aussi pour effet de souligner que, comme lui, elle est une des rares grandes figures des années 1960 et 1970 encore en activité et, surtout, digne d’intérêt.

Nota Bene :

Banga, Patti Smith, Sony. En concert à la Fête de l’Humanité le 15 septembre.

Photo : AFP/Rivas

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