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Par Sébastien Fontenelle - 27 mars 2011

Salir Badiou (Suite)

Cette semaine, dans l’iconoclaste hebdomadaire Marianne [1], un certain Alexis Lacroix, venu de chez Le Figaro de Serge Dassault (de l’UMP), raconte qu’Alain Badiou, dans le livre qu’il vient d’écrire avec Éric Hazan, « n’hésite » pas, l’odieux salaud, « à dénier l’existence de l’antisémitisme dans la France actuelle ».

Lorsqu’elles montent d’Alexis Lacroix, qui a grandi [2] sous Finkielkraut, ces considérations ne sont pas complètement nouvelles : tôt versé dans l’intimidation intellectuelle [3], le même gars fit naguère, pour caqueter que « la gauche redevenait antisémite », tout un (burlesque) bouquin - dont l’historien Michel Dreyfus montra sans pitié qu’il était « confus sur le plan historique », et tragiquement boîteux sur celui de la démonstration, puisque son auteur ne citait, pour socler sa bouffonne assertion que l’extrême gauche « maquillait sa haine » antisémite sous un discours antisioniste, « aucun propos, aucune déclaration émanant de l’extrême gauche » - et pour cause [4].

L’intéressant, cette fois-ci, est que nous pouvons très facilement vérifier, dans leur livre, si vraiment Badiou & Hazan dénient l’existence de l’antisémitisme dans la France actuelle, comme le soutient Lacroix - ou si Lacroix ne se serait pas des fois donné pour mission de salir de nouveau Badiou, par un stalinien mais coutumier procédé imputatif.

Feuilletons, dès lors, ce livre, jusqu’à sa page 9, par exemple, où Badiou & Hazan écrivent, notamment, que « la notion d’une “vague d’antisémitisme” », très en vogue au début des années 2000 dans les cercles où se préparait de longue main l’avènement du sarkozysme, « n’était pas entièrement dénuée de fondements », puisqu’en effet « il est indéniable que dans ces années 2002-2004, il y eut des insultes proférées contre des juifs, des tags hostiles, des cageots incendiés devant des synagogues, des bagarres entre jeunes... »

Dis, c’est curieux : nous avons là deux auteurs qui, pour dénier l’existence de l’antisémitisme, commencent par souligner que l’existence de l’antisémitisme est « indéniable ».

(Si tu te cherches des avocats, prends pas ces deux-là : ils sont assez mauvais, dans le plaidoyer.)

Sans doute que c’est plus loin, qu’ils dénient ?

Dans le chapitre où ils se demandent ce qu’il en est de « l’antisémitisme en France », genre ?

Pas du tout, Zabou : là non plus, ils ne dénient pas.

Ils commencent au contraire par constater que : « Les formes sous lesquelles existe aujourd’hui de l’antisémitisme en France sont très diverses ».

Même, ils relèvent « l’existence de négationnistes “de gauche” », qui « se défendent d’être antisémites, mais » qui « le sont quand même : parfois le masque tombe et l’on voit alors la haine qui se cache derrière les positions tiers-mondistes de ces idéologues camouflés ».

Et de réclamer : « Il est important de reconnaître leur existence, de ne pas les dédouaner, de ne pas se faire prendre à leurs trucs rusés » [5].

(Décidément : pour des mecs qui dénient l’existence de l’antisémitisme, nos deux plaideurs sont, t’avoueras, d’une confondante nullité.)

Il est vrai : Badiou & Hazan observent également que la dénonciation de la « vague d’antisémitisme » du début des années 2000 a servi, aussi, à nourrir « la détestation montée d’un bout à l’autre de l’Occident contre les Arabes et les musulmans après le 11 septembre », par la suggestion, discrètement obsessive, que « la vague d’antisémitisme, ce sont eux, naturellement, qui en sont les agents propagateurs ».

Il y eut là, expliquent-ils, une évidente « opération de stigmatisation » (dont la dénonciation, chacun(e) l’aura compris, n’induit nullement qu’on dénie l’existence de l’antisémitisme dans la France actuelle).

Et sur cela, bien sûr, Alexis Lacroix, qui fut naguère au nombre des appliqués promoteurs [6] de la décomplexion générale dont nous mesurons désormais l’aune dans les saillies quotidiennes d’un Claude Guéant, n’entend pas qu’on s’étende - alors qu’il est si facile, pour le bas prix d’une tricherie, de poser que si tu es quand même plutôt Badiou que Finkie ?

T’es forcément un peu nazi.

Notes

[1] Où l’on n’hésite par exemple jamais à proclamer qu’il faut que cesse vitement la célébration éditocratique de BHL et Minc - pour mieux assurer la semaine d’après leur service après-vente.

[2] Façon de parler...

[3] Façon de parler, bis.

[4] Mais en même temps, mâme Dupont, c’est pas non plus comme si nous ne savions pas depuis lurette que la scansion d’un clicheton dispense, chez les psittaciformes du temps, de le documenter.

[5] Quel dommage, hein, que la droite qui pense (façon de parler, ter) n’ait pas, sur sa droite, les mêmes exigences...

[6] Les contre-feux qu’il alluma dans Le Figaro (avec Joseph Macé-Scaron, passé lui aussi chez Marianne), quand Daniel Lindenberg eut le front d’identifier dans nos parages quelques « nouveaux réactionnaires », resteront comme l’un des forts moments de la préparation des esprits à l’avènement d’une dominance correctement désinhibée. Naturellement : les deux amis, conscients que l’époque aime qu’on ose tout, se reconvertirent ensuite dans la déploration des excès de franc-parler de la « nouvelle » réaction.

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