haut-pub
Éditorial Clivage La semaine La suite Le dernier hebdo Acheter le dernier hebdo Archives Abonnement Soutenez Politis
Accueil du site > L’hebdo > Dossiers > Souffrance au travail : briser le tabou

Par Ivan du Roy - 5 mai 2011

Souffrance au travail : briser le tabou

Les syndicats continuent d’alerter sur les cas de souffrance extrême au travail et pointent le modèle de management. Dans les usines Renault, ouvriers et cadres, appuyés par des chercheurs, tentent de trouver une parade au mal-être. La crise sert à tester jusqu’où l’on peut aller dans la flexibilité, accuse l’ergonome François Daniellou.

Pour une majorité des salariés, le travail occupe le tiers de la journée. Pourtant, on en parle si peu ! On s’inquiète du chômage, des conditions d’accès à l’emploi ou du niveau des salaires, mais ce n’est pas le travail. On s’interroge sur le stress, la souffrance, les « burn-out » ou de tragiques suicides. Si c’en est la conséquence, ce n’est pas le travail. On compare la compétitivité des salariés, on rogne sur les coûts, on se gargarise du « cash flow » dégagé pour les financiers. Si cela induit des effets sur la manière de travailler, cela ne reflète toujours pas le travail. Enfoui sous les courbes de croissance et les baromètres « qualité » du capitalisme financier, le travail est individualisé, chronométré, chiffré, « benchmarké », « power pointé ». Il est évalué en permanence, mais tout est fait pour ne pas parler de la manière de bien – ou mieux – travailler. Même l’intérêt, forcé, des entreprises pour la prévention du stress évite le sujet : on instaure un numéro vert ici, une cellule d’écoute là, on forme les managers à détecter des « collaborateurs » fragiles, on fait appel à un psychologue ou à un professeur de yoga. Mais rouvrir des espaces pour que les salariés s’expriment, ensemble, sur leur travail et son organisation, pour en éviter les aberrations, pas question. Car reparler du travail et de ses contraintes, de la manière d’assurer au mieux la production, de satisfaire un client, de soigner un patient, c’est redonner du pouvoir aux salariés. Et en prendre aux gestionnaires. C’est réintroduire de la démocratie là où elle en avait été bannie par les injonctions, les objectifs imposés ou la surveillance des salariés. C’est rouvrir la porte à des actions collectives pour changer sa vie au travail, et peut-être sa vie tout court. Des syndicalistes à Renault, à France Télécom ou ailleurs, appuyés par des chercheurs, l’ont bien compris. Leur travail de fourmi dans les ateliers ou les « open spaces » préfigure le renouveau d’une action syndicale redevenue émancipatrice.

Nota Bene :

Photo : AFP / Huguen

Commenter (4)

Sur le même sujet
Commentaires de forum
  • Pascale 5 mai 2011 à 10:52

    Bonjour Ivan
    Je ne suis pas fondamentalement en désaccord avec ton analyse, mais je la trouve très insuffisante et même un peu désuète par rapport à la gravité du problème.
    Des open spaces c’est bien, des cafétérias, des lieux pour que les gens puissent se parler, c’est bien mais c’est dérisoire.

    Pourquoi ?
    Parce que selon mon expérience, les salariés n’ont plus les mots pour se parler, pour traduire leur malheur en concepts et leur désespoir en actions collectives.

    Ce qui s’est passé durant ces 30 dernières années, c’est une désyndicalisation, une dépolitisation et même une déséducation massives. Je ne sais pas à qui en est la faute exactement, mais les salariés, lles ouvriers et les cadres ont leur part de responsabilité.

    Le résultat en a été un affaiblissement des syndicats, pas seulement un affaiblissement en nombre mais surtout en qualité. La parole syndicale elle-même s’est appauvrie, s’est enfermée dans des lieux communs, s’est coupée du vécu etc...

    Sans des organisations professionnelles puissantes intellectuellement (mais pas seulement) qui donnent aux travailleurs des concepts pour analyser leur tragédie, la parole des salariés reste un peu du bavardage de couloir, riche en enseignements et souvent déchirante, mais conduisant plus au désespoir qu’à la lutte.

    Oui, je sais le mot "lutte" sent le vieil adhérent CGT, non ? Quand on leur parle de "lutte", les salariés, surtout les plus jeunes, ne comprennent même pas ce dont il s’agit. Ils imaginent un sorte de guérilla urbaine, je suppose.

    Mais croyez-vous que l’augmentation des salaires, le respect de la dignité des personnes, le respect des lois du code du travail, l’amélioration des conditions de travail ... tout cela peut s’obtenir juste parce qu’on le demande gentiment autour de la machine à café ???

    Répondre à ce commentaire

  • Debrulles 7 mai 2011 à 09:22

    Lorsque j’ai été victime de harcèlement au travail en 2002 au point d’avoir été obligé de trouver une solution pour m’extraire des tensions qui pesaient sur moi, aucun syndicat ne m’a soutenu, bien que j’étais syndiquée, que je payais ma cotisation. Ils avaient tous peur des dirigeants qui avaient ces pratiques. Et ils se sont proprement défilés. Ceci en Province. Et quand j’ai fait appel au bureau parisien, je n’ai même pas eu de réponse. C’est là où j’ai compris que la solution ne viendrait pas des syndicats, organisme officiel qui est amené à composer avec le pouvoir, mais de la solidarité entre les travailleurs et les collègues pris dans la même barque en train de couler. Malheureusement, pour l’instant, c’est chacun pour soi.

    Répondre à ce commentaire

  • Pascale 7 mai 2011 à 10:29

    Bonjour heu... "Debrulles"

    Je ne sais pas dans quel syndicat vous êtes ou vous étiez. Cela n’a d’ailleurs pas une importance fondamentale car tous souffrent des mêmes difficultés, mais à des degrés divers.

    Les syndicats sont nés du besoin de défendre des intérêts collectifs, non des intérêts individuels. Évidemment, dit comme cela, ça paraît un peu fort de café.
    Mon intérêt individuel n’est-il pas partie intégrante de l’intérêt collectif ? En plus, ma cotisation, hein, elle, elle est bien personnelle et en retour, j’attends une certaine considération de mes attentes à moi.

    Et bien... Oui et non. Une cotisation syndicale, ce n’est pas une prime d’assurance contre le risque de harcèlement, ni contre la remise en cause de mes droits de salarié. Un syndicat, ce n’est pas non plus un avocat. La fonction d’un syndicat n’est pas de défendre chaque salarié de façon particulière. Comment le pourrait-il ? Les syndicalistes sont des salariés presque comme les autres, avec leurs limites personnelles et surtout leurs obligations syndicales qui sont lourdes et passent avant tout : être présent sur les lieux de travail, être attentifs aux conditions de travail, participer aux négociations sociales, coordonner les luttes etc...

    De plus, les organisations syndicales ont eut du mal à suivre les modifications du mode de management introduit dans les années 90. Un management psychologique et individualisé qui succédait à l’ancien management d’autorité plus collectif. Les syndicats se sont retrouvés avec une tonne de situations individuelles, souvent tragiques, pour lesquelles ils n’étaient pas culturellement et juridiquement préparés et devant lesquelles les luttes collectives se sont retrouvées impuissantes. Va-t-on faire grève à chaque fois qu’un travailleur est atteint, sanctionné, harcelé ? Enfin, en droit français, "nul ne plaide par procureur", autrement dit, seule la victime peut se pourvoir devant la justice.

    Mais je vous rejoins sur certains points. Un syndicat devrait être en mesure de vous conseiller, ne serait-ce que de prendre un avocat, de vous aider à constituer un dossier et, par dessus-tout, de vous soutenir pour effectuer ces démarches qui sont souvent lourdes à effectuer d’un point de vue social et familial.

    Répondre à ce commentaire

  • Alain02 15 mai 2011 à 22:28

    Bonjour,
    Souffrance au travail : pourquoi et comment en est-on arrivé là ?

    http://www.agoravox.fr/actualites/s...

    Cordialement

    Répondre à ce commentaire

Commenter (4)

Sur le même sujet
haut-pub
L'association Pour Politis L'agenda militant Politis et vous

fl_g_signature
N°ISSN 2259-5988    Conception graphique › Clémence Knaebel    Design sonore › Cédric Boit    Développement › Résaction    Site réalisé avec Spip
fl_d_signature