haut-pub
Éditorial Clivage La semaine La suite Le dernier hebdo Acheter le dernier hebdo Archives Abonnement Soutenez Politis
Accueil du site > L’hebdo > Monde > Témoignage d’un réfugié syrien : « L’obligation d’intervenir »

Par Erwan Manac’h - Suivre sur twitter - 3 septembre 2012

Témoignage d’un réfugié syrien : « L’obligation d’intervenir »

Hassan vient de fuir Damas et les combats de plus en plus violents. Il a accepté de témoigner et interpelle la communauté internationale, qui « doit » selon lui intervenir militairement pour stopper les massacres. Rencontre.

Hassan est un jeune père de famille soigné, à l’allure impeccable. [1] En transit vers la Suède, où des amis l’attendent, il posait, dimanche 2 septembre, sa valise à Paris, le temps d’une soirée. Avec quelques rudiments d’anglais et le soutien de connaissances en Europe, il espère trouver un petit boulot, avant de rejoindre ses 5 enfants et sa femme réfugiés à Amman, en Jordanie.

Son périple commence le 16 août, lorsqu’il fuit la Syrie. Rongé par la peur : « Il y a des morts partout dans les rues du centre-ville, car les corps ne sont pas ramassés, raconte le quadragénaire. Ils sont abandonnés aux chiens errants. Même certains blessés, laissés à l’agonie, sont attaqués par les bêtes »

Les combats font rage depuis plus d’un an avec de plus en plus de violence dans le quartier de Midane, au sud de la Ville, où il résidait avec sa famille. Les Moukhabarat, les membres de la police secrète, font régner la terreur au sein de la population [2]. « Ils rentrent dans les maisons et détruisent tout sur leur passage. Ils sortent dès qu’une manifestation débute. Ils prennent des enfants, vont à l’hôpital pour interpeller les blessés et les tuer. »

Ces dernières semaines, toute activité est devenue impossible. « On manque de pain, de gaz, de fioul. Pour nous informer nous restons branchés sur les chaînes étrangères, car la télévision syrienne ment à longueur de temps. »

Quarante jours avant son départ, sa femme, de nationalité jordanienne, et ses 5 jeunes enfants avaient fui vers Amman. Depuis, Hassan vivait reclus dans son commerce qu’il ne voulait pas abandonner. Il se tenait loin des manifestations, mais la peur devenait trop pressante. Le 16 août, il ferme donc sa papeterie et prend la route jonchée de barrages de l’armée syrienne pour tenter de rejoindre la Jordanie. « L’armée régulière arrête les gens pour contrôler leur identité. Si leur nom correspond à des suspects recherchés, ils les mettent en prison. Au bout de trois mois, ils les tuent. » Il parvient finalement à traverser la frontière jordanienne, grâce à sa bonne situation financière. Pour les réfugiés plus pauvres, l’étape est selon lui beaucoup moins facile.

« Qu’il crève ! » 

Hassan est tendu. Il s’agite sur sa chaise. Fume cigarette sur cigarette et avale beaucoup de café. « Bachar al-Assad ? Qu’il crève !  », se défoule-t-il. « En Syrie, toutes les familles sont endeuillées. Mon frère est parti au service militaire, cela fait un an que nous n’avons plus de nouvelles. Mon oncle, lui, a été condamné à 1 an et demi de prison pour avoir participé à une manifestation.  »

Peu après son arrivée à Amman, Hassan embarque dans un avion en direction de Milan. Il possède un visa italien de 6 mois, dont il avait fait la demande en mars dernier. Il fait désormais route vers Stockholm (Suède), où il a des connaissances. Selon les rumeurs, le pays est de meilleur accueil pour les étrangers que la France. Là-bas, il tentera de trouver un travail. Le temps de voir comment évolue la situation à Damas.

Village de Taftanaz, au nord-ouest de la Syrie, déserté par une grande partie de ses habitants.
Village de Taftanaz, au nord-ouest de la Syrie, déserté par une grande partie de ses habitants.

AFP / Hervé Bar / 1er septembre 2012

« L’OTAN a l’obligation d’intervenir, car les massacres continueront tous les jours, alerte-t-il. Bachar al-Assad est un animal, il restera au pouvoir jusqu’à ce que tous ses opposants soient tués. Mais les manifestants ne lâcheront pas. Même lorsqu’ils se font tirer dessus, ils continuent d’avancer. C’est un combat pour la liberté. Nous ne voulons plus vivre dans la peur. Les Alaouites contrôlent toutes les richesses, ils possèdent les armes et terrorisent la population. » Pour autant, Hassan ne craint pas que le conflit dégénère en revanche ethnique contre les Alaouites : « Ce n’est pas dans l’esprit des gens. Nous vivons ensemble depuis 6 000 ans à Damas. Nous n’avons aucun problème de cohabitation.  »

Lorsqu’il reprend son calme et s’égare dans ses pensées, Hassan empoigne son téléphone portable et passe en revue les photos de ses enfants. Le sourire grave, il s’arrête sur un cliché d’une de ses 4 filles. Il inspire longuement et libère un bruyant soupire. « Pourquoi la France n’accueille-t-elle pas les Syriens ? Ils disent que c’est à cause de la crise, mais dans cette situation ce n’est plus une question d’argent. C’est une question d’humanité  ! »

_Traduction Jules Arsenne

Nota Bene :

Photo : AFP, 04/08/2012

[1] Le prénom a été modifié

[2] Lire à ce propos le rapport d’Amnesty international d’octobre 2011

Commenter (7)

Commentaires de forum
  • Mais on lit tout et son contraire.... et pourquoi ce témoignage là serait plus crédible que celui ci :
    Message de Damas : une franco-syrienne témoigne :

    http://www.mondialisation.ca/messag...

    Répondre à ce commentaire

  • La France doit-elle proclamer la guerre sur un simple témoignage ?

    Engage t-on le destin d’un pays comme la France sur la simple volonté d’un syrien dont nous ne connaissons rien et dont le discours est contraire à la position de l’ONU ?

    Notre pays mérite mieux que des articles qui se basent sur l’émotion.

    Nous devons rester pragmatique et ne pas faire de la Syrie ce que nous avons fait en Irak et en Libye !
    Et surtout, alors que notre pays traverse une crise économique sans précédent, nous devons veiller à nos intérêts et à ceux des français.

    Répondre à ce commentaire

  • vraie fausse péruque 5 septembre 2012 à 23:13

    Halte à l’intox, l’empire états-unien, que dis-je le vampire états-unien se nourrit insatiablement de pétrole....... à non j’ai rien compris, mais ça mais c’est bien sur, comme dirait la mère Denis, ils viennent sauver la démocratie, ben voyons, comme en Irak, Lybie, avec Pinochet au Chili, et maintenant en Syrie, bref les éternels libérateurs, l’Otan avec , ou plutôt comme instruments, et quelques valets, j’ai nommé la France, avec ou sans SARKO, ou HOLLANDE, quoi j’ai pas compris, a bon il sont différents nos présidents, oui peut-être la cravate mais le reste, mais le reste.......c’est quoi la différence, ah oui la dette, avec cette satanée loi Pompidou de 73, et cet article du Traité de Lisbonne, article 123 : le coup d’état de la finance, payez payez braves gens, ne cherchez pas à comprendre, les banques s’enrichissent, et vous vous appauvrissez, à chercher sur le ’’ouaibe" et pour comprendre, ’’La dette pour les nuls’’ ou comment ruiner les nations, en attribuant la responsabilité au petit peuple, encore une fois, ben voyons faut pas se priver, les média dominant sont là pour faire passer la pillule.

    Répondre à ce commentaire

  • Alice 21 septembre 2012 à 20:31

    Et pourquoi devrais-je, et nos fils et filles, aller mourir pour un autre peuple dans un autre pays ?

    Non merci. Si le peuple veut sa liberté, il l’a prendra. Si l’ennemi est fort, appliquez la guerilla, et le sabotage. Les russes se sont plantés en Afghanistan, les américains aussi. Et nos résistants ont été une belle épine face à l’occupant.

    Chacun sa merde, très clairement. Et nous avons nos problèmes déjà.

    Répondre à ce commentaire

  • volodia 25 septembre 2012 à 09:07

    Je propose d’envoyer en France ces salafistes fascistes pour déstabiliser le pays et je demanderai que l’armée, la police se croisent les bras, car si vous ripostez attention, l’ONG Américaine Human Rights Watch va vous dénoncer aux médias et aux organisations internationales.
    Ne vous en déplaise, Al Quaïda est à la solde des intérêts USA et Européens et de leurs amis Arabie Saoudite, Qatar au Mali. Combien de personnes ont-ils tué et continu à tuer ?
    en Afghanistan, en Irak, en Libye bombardée par la France en toute illégitimité et donc le gouvernement a été démocratiquement constitué à l’Élysée, en Algérie, Yémen, Syrie, Egypte, leur présence dans les révolutions Arabes, les attentats en Europe et en Asie
    De qui se moque-t-on ? Ne posez pas la question "Faut-il intervenir" ? Nous intervenons déjà, armement des rebelles par plusieurs pays....Lors des premières manifestations sociales en Syrie, les premières victimes furent des policiers et des soldats, ces revendications étaient déjà manipulées par des pays extérieurs...

    Répondre à ce commentaire

  • Gaudefroy 28 septembre 2012 à 15:25

    Je vous lisais il y a quelques années quand je n’avais pas internet.
    Je cherche aujourd’hui un abonnement à une presse indépendante. J’ai pensé à vous mais j’ai vu avec effarement votre soutien (tout comme l’huma d’ailleurs) à la croisade impérialiste qui est en train de détruire ce beau pays qu’est encore la Syrie.
    J’irai voir ailleurs.

    Répondre à ce commentaire

Commenter (7)

Sur le même sujet
haut-pub
L'association Pour Politis L'agenda militant Politis et vous

fl_g_signature
N°ISSN 2259-5988    Conception graphique › Clémence Knaebel    Design sonore › Cédric Boit    Développement › Résaction    Site réalisé avec Spip
fl_d_signature