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Par Sébastien Fontenelle - 18 mars 2012

Tu Viens Dîner Quand Tu Veux, Serge Raffy

Par l’effet d’une coïncidence comme il ne s’en produit (me dit-on) que tous les 76 ans (après le passage de la comète de Halley), le site du Nouvel Observateur vient de mettre en ligne, dans un même court laps de temps, deux contributions qui ont de commun qu’elles ont été faites par deux chefs du Nouvel Observateur, et qu’elles permettent (par conséquent) de vérifier si la chefferie du Nouvel Observateur tient compte, quand elle s’exerce à des travaux d’écriture, de la réalité qui l’entoure, ou si les mecs sont en roue libre, et si totalement déconnectés du monde réel qu’on est pris de l’envie, les lisant, de leur prescrire un long repos sur les rives du Léman - prenez bien vos cachets, surtout, et d’ici une dizaine d’années vous serez complètement rétablis.

La première de ces deux rédactions est de Laurent Joffrin, barbichu directeur du Nouvel Observateur, qui s’est demandé, après que le Wall Street Journal a appelé le chef sortant de l’État français « Nicolas Le Pen », s’il était « juste » d’affubler Sarkozy d’un patronyme suggérant si nettement qu’il est de la même droite que la timonerie familiale du Front national, ou si le Wall Street Journal ne s’est pas comporté là de façon quelque peu « simpliste » - et ne devrait donc pas être rappelé à mieux et plus de pondération par un qualifié spécialiste des médias.

Pour (se) répondre (à lui-même), Laurent Joffrin a d’abord constaté que Nicolas Sarkozy avait approuvé Claude Guéant, après que Claude Guéant venait de déclarer, dans une tournure « manifestement destinée à affirmer la supériorité de la chrétienté sur l’Islam », qu’il existait « une hiérarchie entre les civilisations ».

Puis, Laurent Joffrin a constaté que Nicolas Sarkozy avait « officiellement déclaré qu’il y avait en France "trop d’étrangers" ».

Puis, Laurent Joffrin a constaté que Nicolas Sarkozy avait « fortement suggéré que les immigrés venaient en France non pas pour travailler mais pour profiter indûment des avantages sociaux de l’Etat-providence ».

Puis, Laurent Joffrin a constaté que Nicolas Sarkozy avait « ensuite légitimé très officiellement la polémique sur la viande halal lancée par Marine Le Pen sur des bases très exagérées, introduisant de manière spectaculaire dans la campagne présidentielle un sujet parfaitement mineur qui n’a d’autre fonction que de dénoncer les musulmans français ».

Moyennant quoi, Laurent Joffrin conclut que « Nicolas Sarkozy n’est pas raciste » - bien sûr que non, voyons : c’est vrai qu’« il désigne, au bout du compte, l’Étranger comme le responsable des difficultés du pays », mais ça n’a évidemment aucun rapport avec le racisme, qui est plutôt [5], rappelons, une « hostilité systématique envers une groupe social » - alors ça serait bien de pas tout confondre, merci.

La seconde contribution est de Serge Raffy, rédacteur en chef au Nouvel Observateur - qui a de son côté voulu vérifier (durant que son big boss confirmait que Sarkozy n’est pas du tout « raciste ») si les gens qui prévoient de voter dans un mois pour Jean-Luc Mélenchon seraient pas des fois un peu « c... » ?

À cette fin : Serge Raffy a d’abord dîné (plutôt qu’avec des pauvres) avec des ressortissant(e)s de « la bonne bourgeoisie » de « la banlieue chic », à « Neuilly-sur-Seine » et à « Sèvres ».

Là : Serge Raffy a découvert que Jean-Luc Mélenchon, qu’il tient pour un « petit père des peuples version gauloise » (et qui est donc, selon lui, un nouveau Иосиф Сталин, avec tout ce que ça suppose de récurrente soupe-au-laiterie [6]) était « devenu le chouchou de Sarkoland » - où l’on se délecte, assure le dîneux rédacteur en chef du Nouvel Observateur, du « bagout » du « bateleur d’extrême gauche ».

Fort de quoi, Serge Raffy, jugeant probablement qu’il avait à Sèvres et Neuilly fait le tour complet de la France mélenchoniste, s’est (à mon avis) planté devant un miroir, et s’est demandé à lui-même si toute la stratégie des communicants de l’UMP n’était pas, par hasard, de mettre en place un système de dérivation de voix socialistes sur le tonitruant candidat Front de gauche - qu’en penses-tu, Serge ?

Puis Serge Raffy s’est fait à lui-même la réponse suivante : bien évidemment que si, Serge.

(Bien évidemment que tu as raison, et que « toute la stratégie des communicants de l’UMP est de mettre en place un système de dérivation de voix socialistes sur le tonitruant candidat Front de gauche » - c’est pas pour te flatter, Serge, mais qu’est-ce que t’es puissant, quand tu raisonnes.)

Puis Serge Raffy a finalement tiré de cette rigoureuse investigation la double conclusion que Mélenchon est, d’une part, « l’idiot utile de l’Elysée », et, d’autre part, quelque chose qui ressemble quand même d’assez près à un « piège à c... » - puisque donc, si tu votes pour lui, tu votes en réalité pour Sarkozy (qui n’est pas raciste), pauvre débile que tu es.

Je lance ici une invitation à Serge Raffy : tu viens dîner à la maison quand tu veux [7].

Je convierai aussi quelques potes : on parlera du Nouvel Observateur et des dissertations de ses chefs [8] - et je ne doute pas que tu auras à coeur, contributif comme je te sais, de restituer pour tes lecteurs qu’on les y prend des fois pour des c...

Notes

[1] D’après mon dictionnaire.

[2] Curieusement : Laurent Joffrin n’a pas dit encore s’il trouvait ce jugement plutôt « juste », ou plutôt « simpliste ».

[3] Le coin est un peu moins cossu (et pour tout dire plus mélangé), je préfère t’en prévenir, que ceux où tu dînes au Sarkoland - mais ne t’inquiète pas : je viendrai te chercher au métro.

[4] On regardera, par exemple, s’ils ne sont pas, depuis tant d’années qu’on ne peut les compter sans boulier, l’utile chambre d’écho du patronat réformatiste.

[5] D’après mon dictionnaire.

[6] Curieusement : Laurent Joffrin n’a pas dit encore s’il trouvait ce jugement plutôt « juste », ou plutôt « simpliste ».

[7] Le coin est un peu moins cossu (et pour tout dire plus mélangé), je préfère t’en prévenir, que ceux où tu dînes au Sarkoland - mais ne t’inquiète pas : je viendrai te chercher au métro.

[8] On regardera, par exemple, s’ils ne sont pas, depuis tant d’années qu’on ne peut les compter sans boulier, l’utile chambre d’écho du patronat réformatiste.

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