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Par Sébastien Fontenelle - 26 juillet 2011

Un (Odieux) Amalgame D’Alain Badiou

Au mois de décembre 2009, Le Nouvel Observateur (l’hebdomadaire, tu sais, dont le « fondateur, éditorialiste » est le gars (d’ego ténu) pour qui « la connivence secrète des musulmans avec les terroristes même quand ils les désavouent publiquement » n’a plus depuis longtemps que zéro secret, vu qu’à lui, on ne la fait pas) publia un entretien au long cours entre le philosophe Alain Badiou et le réputé clerc de médias Alain Finkielkraut, où le premier nommé lança notamment à son interlocuteur - qui avait, quelques années plus tôt (ce ne fut que l’un ses hauts faits d’armes) pris sur lui de théoriser (avec une poignée de ses pair(e)s) que si qu’on laissait deux collégiennes musulmanes porter leur foulard on aurait le mardi d’après un « Munich de l’école républicaine » (et venez pas vous plaindre ensuite si ces maudites gamines annexent les Sudètes, tas de capitulard(e)s) : « N’esquivez pas les conséquences de vos propos identitaires  [2]  ! »

Puis d’ajouter : « Alors que le monde est aujourd’hui partout aux mains d’oligarchies financières et médiatiques extrêmement étroites qui imposent un modèle rigide de développement, qui font cela au prix de crises et de guerres incessantes, considérer que dans ce monde-là, le problème c’est de savoir si les filles doivent ou non se mettre un foulard sur la tête, me paraît proprement extravagant. »

Puis : « C’est le début d’une stigmatisation rampante visant une minorité déterminée. Et prenez garde que cette stigmatisation, sous prétexte d’identité nationale, sous prétexte de valeurs à conserver etc., se répande ensuite dans la population sous des formes incontrôlables. »

Puis : « Il est clair que les intellectuels et les « féministes » qui ont fait du foin sur le foulard il y a 20 ans sont responsables des phénomènes de minaret maintenant, et demain de bien pire encore. Vous voulez une éthique de la responsabilité ? Eh bien, assumez-la ! »

Puis : « Ces choses-là, n’est-ce pas, vous pouvez vous amuser à les lancer localement, comme des coquetteries identitaires, mais elles cheminent ensuite, elles s’emparent des populations, elles deviennent un point de vue grossier et sommaire selon lequel nous sommes très bien et ces gens-là très mauvais. Et on va les décrire dans ces termes de façon de plus en plus systématique. Et des lois vont être votées, année après année, d’orientation de plus en plus ségrégatives et discriminatoires. Dans toutes ces histoires civilisationnelles est mise en route une machine d’introduction de l’identitaire dans la politique que vous ne contrôlerez certainement pas. »

Et alors, je sais pas pourquoi : je trouve que c’est intéressant de relire ça, ces jours-ci.

(PS : Merci, Antonio !)

Notes

[1] C’est moi qui souligne. Badiou ajoutait : « Quand vous voyez des jeunes hurler en faveur de l’Algérie, ce sont à votre avis des barbares anti-français. A mon avis ils ne le sont pas plus que ne l’étaient les supporters du club de rugby de Tyrosse dans les Landes quand, il y a cinquante ans, ils hurlaient contre les supporters du Racing de Paris. C’est l’imaginaire assez miteux du conflit identitaire, dont le sport est un exutoire bien connu. Une dernière vague d’immigration reste toujours solidaire de son passé, c’est normal. Déjà au XIXème siècle, on accusait les prolétaires de Paris, avant de vouloir les chasser en juin 48 et de les massacrer, d’être des analphabètes auvergnats, ce n’est pas nouveau tout ça. Dans mon enfance, à Toulouse, on disait en ricanant que les réfugiés de la guerre civile espagnole mettaient le charbon de chauffage dans leur baignoire. Il est consternant de vous voir faire la même chose ! »

[2] C’est moi qui souligne. Badiou ajoutait : « Quand vous voyez des jeunes hurler en faveur de l’Algérie, ce sont à votre avis des barbares anti-français. A mon avis ils ne le sont pas plus que ne l’étaient les supporters du club de rugby de Tyrosse dans les Landes quand, il y a cinquante ans, ils hurlaient contre les supporters du Racing de Paris. C’est l’imaginaire assez miteux du conflit identitaire, dont le sport est un exutoire bien connu. Une dernière vague d’immigration reste toujours solidaire de son passé, c’est normal. Déjà au XIXème siècle, on accusait les prolétaires de Paris, avant de vouloir les chasser en juin 48 et de les massacrer, d’être des analphabètes auvergnats, ce n’est pas nouveau tout ça. Dans mon enfance, à Toulouse, on disait en ricanant que les réfugiés de la guerre civile espagnole mettaient le charbon de chauffage dans leur baignoire. Il est consternant de vous voir faire la même chose ! »

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