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Accueil du site > L’hebdo > Culture > « La part des Anges » : une comédie très futée de Ken Loach

Par Jean-Claude Renard - 28 juin 2012

« La part des Anges » : une comédie très futée de Ken Loach

La Part des anges, de Ken Loach, réunit des pieds nickelés repêchés par le whisky.

Pour qui se souvient de Family Life (1971), de Raining Stones (1993) ou de The Navigators (2001) et de Sweet Sixteen (2002), ce dernier opus de Ken Loach paraîtra surprenant, à la marge, sinon loin du cinéma dur et contestataire du réalisateur anglais. Pour celui qui aura vu Riff Raff (1990) ou Looking for Eric (2009), la Part des anges s’inscrit dans cette même veine, dans une certaine légèreté. Le film s’ouvre sur les condamnations ordinaires d’un tribunal. S’y succèdent à la barre les petits délits, les vols, l’ivresse sur la voie publique, les violences urbaines. Le tout-venant du toutim banal de la justice. Relatés par un procureur, ce sont autant de cas et d’histoires tragicomiques, au hasard des situations et des quiproquos, où le cocasse cherche à l’emporter sur la noirceur.

Là-dedans, des êtres humains. Qui se battent avec la vie, avec les autres. Avec eux-mêmes. Tous coupables de forfaits divers, échappant cependant à l’incarcération, écopant de centaines d’heures de travaux d’intérêt général. Ils sont quatre à se retrouver ainsi au petit matin à devoir repeindre un foyer municipal. Pas vraiment quatre mousquetaires, ni des anges, mais des écorchés vifs, déclassés, laissés-pour-compte de la société, fauchés, mi-cassés, mi-rebelles. Placés alors sous la houlette vigilante et paternelle d’un éducateur social, Harry, fin connaisseur de houblon. La naissance d’un fiston pour l’un d’entre eux, Robbie, est l’occasion d’une initiation à l’art du whisky, orchestrée par Harry. Et si la présence du rejeton joue le rôle de garde-fou pour Robbie, en proie à ses démons passés de délinquant, en butte avec sa belle-famille, dans un univers de règlements de comptes, le whisky agit comme une révélation pour celui qui se découvre un nez et la faculté de distinguer les grands crus. Au whisky de prendre alors un rôle moteur, de choisir le destin de ces personnages. Avec ses séances de dégustation, son vocabulaire floral, ses visites dans les distilleries plantées dans les reliefs verts des Highlands. Jusqu’à pousser cette petite bande de paumés dans les milieux huppés du whisky s’arrachant aux enchères les meilleurs breuvages à coups de millions de livres sterling la quille. Une cosmogonie fière de ses fûts en chêne, de ses parfums ambrés, du mystère de « la part des anges », c’est-à-dire la partie du volume d’un alcool s’échappant, s’évaporant du tonneau au cours de son vieillissement. 2 % environ.

Couronné au dernier Festival de Cannes par le prix du Jury, dont il n’avait pas vraiment besoin, Ken Loach décline ici, avec Paul Laverty, son fidèle scénariste, un film résolument optimiste, courtisant l’aventure rocambolesque – même s’il ne s’épargne pas des moments de tension dramatique. Où l’alcool ne souligne pas un peu plus les misères sociales mais favorise la réinsertion. Où la débrouillardise s’acoquine avec l’espièglerie, où l’irrévérence taquine l’ingéniosité culottée. Où le verbe se charge de rameaux allègres (doublé d’un âpre accent écossais). Si l’on ne trouve certes pas ici le cinéma politique présent dans nombre de ses films, le cinéaste s’appuie sur des éléments qui lui appartiennent pleinement. Les quartiers défavorisés de Glasgow, la violence ordinaire, la quête de petits boulots, le goût de la fraternité et de la solidarité, le chômage, le système D.Des éléments réalistes, traités cette fois avec le sourire, taraudés par une dose de magie que semble tenir au collet la caméra. Comme elle fait avec son personnage principal, Robbie (Paul Brannigan), acteur non professionnel époustouflant de sincérité. Même en kilt.

Nota Bene :

La Part des anges : 1 h 41. En salle le 27 juin.

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