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Par Sébastien Fontenelle - 13 juin 2012

Vérifions Si Copé Dit Vrai (Ou Si Copé Ment Comme Un Arracheur De Dents)

Si tu veux bien, nous allons aujourd’hui vérifier si vraiment « Front national et Front de gauche procèdent des mêmes extrémismes », comme le soutient Jean-François Copé, de l’UMP, dont chaque nouvelle saillie témoigne de ce que les fées de l’Intelligence se sont naguère [4] penchées de très près vers son berceau - et qui a donné (de nouveau) sa pleine mesure en précisant que « d’ailleurs », Front national et Front de gauche, « ça commence pareil » », gadez bien, mâme Dupont : dans les deux, y a le mot « Front » au début, avec une majuscule, et si c’est pas la preuve que Jean-Luc Mélenchon défile la nuit dans la forêt de Rambouillet en hurlant des chants hitlériens, je veux bien me faire curé à Wadi ad-Dawasir, Arabie Saoudite.

Pour cela, nous allons d’abord nous intéresser aux deux « arguments » que produisent (et psalmodient) quotidiennement (ou presque) Jean-François Copé et ses nathaliekosciusko-morizets d’accompagnement (J-FCESN-MD’A) pour démontrer, petit a, que Jean-Luc Mélenchon est « antirépublicain », et, petit b, que Jean-Luc Mélenchon est l’ami d’un « antisémite grec notoire » : Mikis Theodorakis.

(Et qu’en résumé : Jean-Luc Mélenchon est ce qui se rapproche le plus, dans la France de 2012, d’un putain de gros nazi.)

L’« argument » numéro un de J-FCESN-MD’A est que Jean-Luc Mélenchon a jugé que Cuba n’était « pas une dictature ».

C’est parfaitement vrai - je veux dire que Jean-Luc Mélenchon a effectivement déclaré cela, qui eût sans doute gagné à être nuancé [5].

(Car, dit de cette abrupte façon, ce propos de Jean-Luc Mélenchon rappelait trop celui de Nicolas Sarkozy constatant, en avril 2008, et dans un vibrant hommage aux exceptionnelles qualités humaines de Zine el-Abidine Ben Ali : « L’espace des libertés progresse en Tunisie. »)

Mais cependant, et pour autant qu’on le sache : Jean-Luc Mélenchon n’a passé aucun accord, de quelque nature que ce soit, avec le Partido comunista de Cuba.

Alors que l’UMP, force est de constater, a de son côté signé en 2009, pour la plus grande satisfaction de son Estrosi, un pacte « d’échange » et de « respect mutuel » avec le Zhōngguó Gòngchǎndǎng.

De sorte que si son commentaire sur le régime cubain fait de Jean-Mélenchon, comme le soutient l’UMP, un anti-républicain ?

L’UMP doit évidemment être regardée, à la même aune, comme un affreux nid d’ennemis mortels de la démocratie.

Le second « argument » de J-FCESN-MD’A est que Jean-Luc Mélenchon a relayé sur son blog, en 2011, une déclaration (relative à la situation économique de son pays) du compositeur Mikis Theodorakis, « antisémite grec notoire ».

Et cela est, de nouveau, parfaitement exact : il est tout à fait vrai que Mikis Theodorakis est - c’est lui qui le dit - un antisémite, et que Jean-Luc Mélenchon a reproduit sur son blog une de ses déclarations (où n’apparaissait nullement son antisémitisme).

Mais cependant, et pour autant qu’on le sache : jamais Jean-Luc Mélenchon n’a décoré Mikis Theodorakis des insignes de commandeur de la Légion d’honneur, la plus haute distinction française - en roucoulant, nonobstant qu’il avait de longue date proclamé publiquement son antisémitisme, que le gars était grave bath.

Alors que l’UMP : si.

De sorte que si le référencement par Jean-Luc Mélenchon d’une déclaration de Mikis Theodorakis fait de lui, comme le soutiennent J-FCESN-MD’A, le complice d’un homme « qui professe ouvertement des propos antisémites dans des termes extrêmement choquants » ?

L’UMP, qui a publiquement honoré le même mec au nom de l’État français, doit évidemment être regardée, sous la même toise, comme une espèce de sinistre fan-club d’Édouard Drumont.

Ceci posé, et maintenant que nous avons implacablement démontré, suivant la méthode (et par le moyen des ratiocinations) dont J-FCESN-MD’A usent contre Jean-Luc Mélenchon, que l’UMP est une formation anti-républicaine, et compromise dans une incommodante proximité avec « des gens qui font profession d’antisémitisme » : regardons, pour de bon, si vraiment « Front national et Front de gauche procèdent des mêmes extrémismes » - ou si pas du tout, et si des fois J-FCESN-MD’A n’en mentiraient pas effrontément, à la fin de mieux dissimuler, avec beaucoup de perfide sournoiserie, qu’il y a beaucoup moins que l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre les obsessions des Pen, father & daughter, et les leurs propres.

Et prenons, par exemple, l’affirmation, maintes et maintes fois répétée par le Front national, selon laquelle l’immigration est un problème (que nous ne règlerons que par sa drastique diminution, mâme Dupont, ou alors nous ne devrons pas nous étonner qu’Aubeterre-sur-Dronne [Charente] prenne dès vendredi prochain des allures de succursale des faubourgs de Mogadiscio).

Est-ce que, dans la vraie vie, Jean-Luc Mélenchon a dit aussi que l’immigration était un problème ?

Que nenni : Jean-Luc Mélenchon a plutôt considéré, au contraire [6], que non, pas du tout.

Alors que l’UMP, en revanche, tient bel und bien, comme les Pen, que : « L’immigration est un problème. ».

Mais ne nous laissons pas griser par ce facile succès, et poursuivons notre mission de vérification en nous demandant, par exemple, si Jean-Luc Mélenchon a jamais jodlé avec l’FN qu’il y avait de par cheux nous trop de musulman(e)s ?

La réponse, de nouveau, est non : jamais Jean-Luc Mélenchon n’a.

Tandis que l’UMP, encore une fois : si.

Et ainsi de suite (je te laisse continuer la liste, j’ai piscine) - tant et si bien que la Pen, un rien moqueuse, a très légitimement constaté que la propagande de l’UMP se colorait de beaucoup de « bleu Marine ».

Conclusion - à la façon de J-FCESN-MD’A : Front national et UMP (also known as « l’original » et « la copie ») procèdent incontestablement du même extrémisme.

Mais il ne faut pas le dire à Jean-François Copé, ou sinon, il s’énerve, et se met à crier que ça commence à le gonfler, tout ce « politiquement correct ».

Notes

[1] Nous parlons ici d’un temps où nul[le] n’aurait pu prévoir à quelle haute destinée il était promis.

[2] Et d’ailleurs, me signale Fabrice, la déclaration exacte de Mélenchon, dont il s’est, par la suite, maintes fois expliqué, était : « Cuba n’est pas une dictature, mais n’est certainement pas une démocratie au sens où nous l’entendons nous ».

[3] Et au grand dam de Laurent Joffrin, dont les vues, là, seraient, comme on se disait l’autre fois, plutôt synchrones avec celles de la courageuse droite anticonformiste qui ose dire tout haut que trop d’immigré(e)s tueraient nos souches - mais ne digressons pas.

[4] Nous parlons ici d’un temps où nul[le] n’aurait pu prévoir à quelle haute destinée il était promis.

[5] Et d’ailleurs, me signale Fabrice, la déclaration exacte de Mélenchon, dont il s’est, par la suite, maintes fois expliqué, était : « Cuba n’est pas une dictature, mais n’est certainement pas une démocratie au sens où nous l’entendons nous ».

[6] Et au grand dam de Laurent Joffrin, dont les vues, là, seraient, comme on se disait l’autre fois, plutôt synchrones avec celles de la courageuse droite anticonformiste qui ose dire tout haut que trop d’immigré(e)s tueraient nos souches - mais ne digressons pas.

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