Les rebelles de Biélorussie

Le Théâtre libre de Minsk brave la censure et risque la prison. Il est de passage en région parisienne.

Gilles Costaz  • 29 mai 2008 abonné·es

«Nous sommes le seul théâtre clandestin d’Europe», disent les artistes du Théâtre libre de Minsk. À l’étranger, ils ont des soutiens prestigieux comme Vaclav Havel, Tom Stoppard et Harold Pinter. En région parisienne, Christian Benedetti les accueille (pas aussi longtemps qu’il le voudrait, mais les subventions françaises sont sur la pente descendante). Chez eux, en Biélorussie, ils sont des proscrits, les bêtes noires du régime autoritaire du président Loukachenko. Ils font leur métier sans disposer d’une salle de théâtre, pour échapper à la police. Le public est prévenu par messages sur les téléphones portables. Tous les membres de la troupe ont déjà été arrêtés et ont parfois fait de la prison. Même les spectateurs peuvent être embarqués quand les services de sécurité trouvent le lieu où se déroule le spectacle.

Leur crime ? Ils font un théâtre non officiel et refusent de se soumettre comme les autres à la censure. Leurs pièces s’appellent Génération Jeans, Être Harold Pinter, Identification Belliwood ou Technique de respiration dans un espace sans air. C’est le plus souvent un théâtre documentaire. «Tout est basé sur la vie biélorusse, dit Nicolaï Khalézine, le fondateur, la forte tête du collectif. Notre technique consiste à toucher directement le public. Nous avons réussi, nous avons donné cette année cent représentations dans le monde entier.»

Malgré la répression, ils sont si populaires chez eux que tous les opposants veulent voir leurs spectacles pour y penser longtemps quand ils seront, comme c’est inévitable, conduits en prison ! Quand ils ne rient pas, les acteurs du Théâtre libre de Minsk avouent : «On devient claustrophobes.» Mais ils ont des projets à profusion. Cet été, à Minsk, ils feront un festival, toujours clandestin. Cherchez le programme et tous les lieux où il se déroulera ! Même sur Internet, vous ne les trouverez pas. Pourtant, toutes les places seront prises d’assaut.

Culture
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