Cinéma : âcre Sicile

Un film de Daniele Cipri
et Franco Maresco longtemps censuré.

Christophe Kantcheff  • 11 juin 2009 abonné·es

Totò qui vécut deux fois , de Daniele Cipri et Franco Maresco, a été tourné il y a plus de dix ans, présenté en sélection officielle à Berlin en 1998, mais le film, ensuite, a eu toutes les peines à être montré à cause de la censure. Il a même fait l’objet d’un procès en Italie qui a duré deux ans, que ses producteurs ont fini par gagner, mais qui n’a pas facilité sa diffusion. Ainsi, le film ne sort qu’aujourd’hui en France.

On voit bien ce qui a pu susciter l’ire des censeurs italiens, très sensibles dès que la religion catholique est concernée : Totò qui vécut deux fois , qui n’est pas sans faire penser à Buñuel, ­montre des simples d’esprit obsédés sexuels qui volent les offrandes à Dieu pour se payer une pute, des amants homosexuels qui se révèlent mûs par l’intérêt, ou une variante acide et crue de la résurrection de Lazare, le tout, bien sûr, puisque se déroulant en Sicile, sous le contrôle de la mafia.
Dans un noir et blanc aussi splendide que celui du Chant des oiseaux , du catalan Albert Serra, qui, comme ce film, travaille sur la prégnance des archaïsmes, tourné uniquement avec des comédiens masculins (même dans le rôle de femmes) non professionnels au physique pasolinien, l’Italie du sud représentée par Totò qui vécut deux fois n’est certainement pas la plus touristique. Mais si le film est véritablement dérangeant, c’est parce que l’univers qu’il met en scène, où la cruauté jouxte la misère et où l’absurde le dispute à l’ironie, est totalement dénué de salut. Poussée dans sa caricature, c’est la condition humaine qui est là dévoilée sans apprêt. Et, légitimement, elle peut faire peur.

Culture
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