La force du dialogue

Plusieurs initiatives tentent de créer des ponts entre les policiers et le public. Opération marketing ou démarche salutaire ?

Ingrid Merckx  • 21 janvier 2010 abonné·es

« Et vous ? Vous avez tous 18/20 dans la classe ? » , rétorque ce gardien de la paix chargé d’intervention en milieu scolaire lorsqu’un élève lui demande pourquoi certains policiers ­dé­rapent. «  L’important, c’est d’être franc, de montrer qu’on ne cache pas la réalité, de faire preuve de transparence, d’expliquer que les flics font des erreurs et que celles-ci doivent être sanctionnées » , souligne ce ­membre de la Mission prévention et communication d’un commissariat de Paris.
« La direction de sécurité de proximité de l’agglomération parisienne met à votre écoute, au sein des commissariats, des fonctionnaires de police spécialement affectés à des missions de prévention, annonce le site de la préfecture. Ils répondent à vos questions, à vos attentes, ils forment les professionnels aux problèmes de sécurité, ils sensibilisent les jeunes aux conduites à risque dans les établissements scolaires, ils orientent vos démarches, ils sont à l’écoute de vos doléances, etc. » « Pour les collègues, on fait du social, commente le policier. Mais tous ceux qui sont passés par les missions de prévention disent que leur regard a changé. » Problème : si des expériences similaires se développent dans certaines grandes villes, comme à Lyon, de tels dispositifs, avec une telle ancienneté, n’existent qu’à Paris. Pourtant, la prévention est de toute évidence l’un des programmes à amplifier pour rétablir le dialogue avec la police.

« Dialogue et fermeté », a défendu Brice Hortefeux en réunissant le 31 août, au ministère de l’Intérieur, une table ronde sur les relations entre les jeunes et la police, après la mort à Bagnolet d’un jeune motocycliste fuyant un contrôle. Une tentative de ­« mettre fin aux caricatures » qui a surtout eu l’air d’en nourrir une, du fait d’une grosse erreur politique : parmi les 17 associations invitées, le collectif Banlieue respect, fondé dans la foulée des émeutes de 2005 et regroupant une centaine d’associations, n’avait pas été convié. « Opération marketing ! » , avait dénoncé Hassan Ben M’Barek, porte-parole du collectif. « Nous avons eu des prises de position assez critiques sur les relations jeunes/police, mais des associations qui n’ont pas travaillé sur ces questions étaient représentées », a-t-il ajouté. À dessein peut-être. Car, si le mi­nistre a largement communiqué sur la tenue de cette table ronde, il est resté coi sur le bilan à en tirer. À l’issue de la rencontre, il aurait annoncé la mise en place de cinq groupes de travail, dont un dédié au respect entre « policiers et jeunes » , et un autre aux attentes des « jeunes » sur la sécurité. Une équipe de conciliation devait être créée en septembre, et les participants devaient se retrouver deux mois plus tard. Cinq mois après, on ne voit toujours rien venir.

« Comment dialoguer ensemble ? », questionnait en 2001 une association marseillaise d’habitants qui avait lancé avec Naje, une compagnie de théâtre-forum, et l’École nationale de police de Marseille un atelier habitants/police sur ce thème. Dix élèves policiers et quinze habitants ont questionné l’absence de réflexion nationale sur l’apport de fonctionnaires de police appartenant à des cultures minoritaires ; les modifications de perception entraînées par la fonction ; les partenariats possibles entre la police et le tissu social ; la culture de la hiérarchie comme frein au travail d’équipe ; la difficulté pour les habitants de faire enregistrer leurs plaintes ; l’exercice de la citoyenneté pour un policier en service et, surtout, le respect exigé et ressenti de part et d’autre. Dommage que les spectacles qui en ont été tirés soient restés si confidentiels.

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Quelle police voulons-nous ?
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