Chángchéng

Sébastien Fontenelle  • 22 juillet 2010 abonné·es

Sarkozy est ce personnage, tu sais, qui nous fit, naguère (durant qu’il battait campagne dans les sillons péniques, et quand l’heure vint de nous montrer qu’il était lui aussi complètement pour qu’on puisse enfin dégueuler sur les mahométan(e)s sans se laisser emmerder par de foutues ligues de vertu, reviens, Voltaire, ils sont devenus fous), la confession qu’il préférait « un excès de caricature (EDC) à un excès de censure [^2] ».

Il s’agissait, naturellement, d’une effrontée moquerie : le même, d’ailleurs, devenu entretemps chef de l’État français (CDL’ÉF), vient d’obtenir, en justice, que soient retirés d’un bimestriel pasticheux des photomontages qui le présentaient, nous dit le jugement lui assurant gain de cause, « en train d’imposer un acte sexuel à une chèvre ».

Bon, j’ai fait un rapide sondage auprès d’un échantillon représentatif de mes potes, et je n’ai trouvé personne pour supposer que Sarko s’était pour de bon laissé photographier « en train d’imposer un acte sexuel à une chèvre » : tout le monde a bien deviné qu’il s’agissait plutôt de l’un de ces EDC dont le gars déclarait naguère qu’il n’était pas du genre à trop s’en émouvoir.
Or : c’est le même gars, qui nous a récemment promis qu’Éric Woerth [^3]
– l’autre personnage, tu sais, qui a de son côté juré que la séparation entre sa vie professionnelle, d’une part, et celle, privée, d’autre part, de son épouse était comme la Grande Muraille (Chángchéng, en noiche), mais en plus robuste encore – est d’une si totale intégrité qu’il faut quand même avoir en soi bien de la sauvagerie pour le soupçonner d’avoir, disons, négocié l’embauche de son épouse auprès de nanti(e)s de proximité, allons, allons, aaaaallons, tout ça relève de la fiction.
Et je n’ai – comme toi – aucun doute sur la probité d’un homme dont Sarkozy garantit la vertu : ce n’est pas, non plus, comme si l’expertise du CDL’ÉF, en de tels sujets, pouvait se discuter – ce n’est pas comme s’il transportait dans ses bagages des gens qui seraient maires d’une commune des Hauts-de-Seine dont ils auraient jadis confondu le budget avec leur tirelire perso, allons, allons, aaaaallons.

Mais je m’inquiète : maintenant qu’on sait que der Präsident préfère un excès de censure à un excès de caricature alors qu’il a juré le contraire, ne risque-t-on pas, dans la populiste population, de supposer, bêtement, que la Grande Muraille de Woerth, nonobstant que Sarko en répond, branle grave de la fondation ?
Et ça, franchement : est-ce que ça serait pas dommage ?

[^2]: Pâmant Philippe Val, qui avait trouvé ça formidablement républicain.

[^3]: Prononcer Veurthe, comme dans : « C’est le dernier aveurthissement. »

Publié dans
De bonne humeur

Sébastien Fontenelle est un garçon plein d’entrain, adepte de la nuance et du compromis. Enfin ça, c’est les jours pairs.

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