Un fichage médical ?

Annoncé en 2004 et objet de nombreuses critiques, le dossier médical personnel vient de voir le jour.

Noëlle Guillon  • 6 janvier 2011
Partager :

Le dossier médical personnel (DMP) a été officiellement lancé le 16 décembre. Entendez ce dossier informatisé permettant de regrouper les données de santé de chacun et d’améliorer « la prévention, la continuité, la coordination et la qualité » des soins. Cet outil n’a cessé d’être critiqué depuis sa naissance dans la loi du 13 août 2004 relative à l’assurance-maladie : quelle sécurisation des données ? Quel intérêt réel pour un coût exorbitant ? Il avait essuyé en 2007 un audit sévère de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), qui évoquait un « antimodèle de gestion publique » . Et, lors des expérimentations menées depuis dans plusieurs régions, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) avait relevé des failles dans la sécurisation des transferts entre hébergeurs et établissements de soins.

Le 2 décembre dernier, celle-ci a finalement autorisé le déploiement du DMP sur l’ensemble du territoire. Les associations de patients et de professionnels ont obtenu le retrait de son caractère obligatoire et des garanties sur la sécurisation. Le DMP est créé à partir de la carte Vitale d’un patient volontaire (aucun impact sur les remboursements de ceux qui n’en veulent pas), qui reste maître des données consignées. Dès le printemps, une interface Internet lui permettra de masquer certaines informations et de choisir à quels praticiens et établissements de santé, seuls habilités, il en autorise l’accès. Il pourra également vérifier qui consulte.

« Le DMP sera d’abord un espace de stockage d’informations avant de remplir sa fonction d’outil d’échanges. Les malades chroniques sont les premiers concernés mais il n’est pas question d’en limiter l’usage » , précise Christian Saout, président du Collectif interassociatif sur la santé, un groupement d’usagers. Professionnels de santé et éditeurs de logiciels médicaux seront sensibilisés dès le début de l’année. Les données sont stockées chez un hébergeur unique, le groupement Atos-La Poste. Environ 10 millions d’euros devraient être consacrés en 2011 à l’infrastructure du système, soit autant que l’an passé. L’Asip Santé (Association des systèmes d’information partagés de santé) espère voir naître 2 millions de dossiers en 2011. « Public, gratuit, le DMP doit libérer ceux qui en ont absolument besoin des outils de gestion de données proposés par des opérateurs privés. Mais il y a un vrai travail de pédagogie à faire , souligne Christian Saout. Des sanctions pénales sont prévues pour les consultations illégitimes, mais il faut informer les usagers sur le fonctionnement du DMP. Par exemple : ni assurances ni employeurs n’auront le droit d’en consulter un ! » Reste à vérifier la sécurisation et l’efficacité effectives du système.

Société
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Mobilisation lycéenne : à Assas, un blocus et des étudiants divisés sur la loi « casseur-payeur »
Reportage • 8 octobre 2026

Mobilisation lycéenne : à Assas, un blocus et des étudiants divisés sur la loi « casseur-payeur »

Pour la première fois depuis le début du mouvement dans les lycées, l’université parisienne Panthéon-Assas a été bloquée. Parmi les étudiants en droit de la faculté historiquement marquée à droite, les débats ne manquent pas, dont le futur projet de loi du gouvernement.
Par William Jean
À Lille, les étudiants en journalisme questionnent le traitement des mobilisations lycéennes 
Médias • 7 octobre 2026 abonné·es

À Lille, les étudiants en journalisme questionnent le traitement des mobilisations lycéennes 

Ce mercredi 7 octobre, des poubelles bloquent l’entrée de l’École supérieure de journalisme de Lille. En assemblée générale, les étudiant.es s’interrogent et alertent notamment sur le traitement médiatique du mouvement lycéen.
Par Louis Witter
Lycéen·nes : « Il ne faut pas juste qu’on se fasse entendre, il faut qu’on soit écouté·es ! » 
Reportage • 7 octobre 2026 abonné·es

Lycéen·nes : « Il ne faut pas juste qu’on se fasse entendre, il faut qu’on soit écouté·es ! » 

La colère lycéenne a vite gagné toutes les régions et notamment les établissements situés en zone rurale. À Alençon, dans l’Orne, les lycéen·es se sont organisés pour tenir.
Par Céline Martelet et Paul-Elyes Hecham
Face aux lycéens, une chaîne pénale au service du maintien de l’ordre
Enquête • 7 octobre 2026 libéré

Face aux lycéens, une chaîne pénale au service du maintien de l’ordre

Entre le 28 septembre et le 5 octobre, plus de 5 000 personnes ont été placées en garde à vue. Parmi elles, 85 % de mineurs. Une répression inédite faisant suite à des consignes ministérielles.
Par Pauline Migevant et Céline Martelet