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Débat : faut-il pénaliser les clients de prostitués ?

Najat Vallaud-Belkacem a relancé dimanche 24 juin le débat sur la pénalisation des clients de la prostitution, en se déclarant favorable à une loi. Un débat qui clive, au-delà des camps politiques et jusqu’au sein du mouvement associatif.

Abolir la prostitution. C’est la mission que s’est donnée dimanche 24 juin la ministre des Droits de femmes, Najat Vallaud-Belkacem, trois jours avant la présentation de sa « feuille de route » en Conseil des ministres. Dans un entretien au JDD , la ministre a défendu la « position abolitionniste » de la France, que le Parlement a inscrite dans le marbre en décembre 2011 dans « une résolution qui préconise la pénalisation des clients » .

Lire sa déclaration  : « Mon objectif, comme celui du PS, c’est de voir la prostitution disparaître (...)

Je ne suis pas naïve, je sais que ce sera un chantier de long terme. Cette position abolitionniste est le fruit d’une réflexion tirant les leçons des insuffisances des dispositifs actuels. (…) Sans aucun jugement moral, il s’agit de protéger l’immense majorité des prostituées, qui sont d’abord des victimes de violences de la part des réseaux, des proxénètes. (…) La question n’est pas de savoir si nous voulons abolir la prostitution - la réponse est oui - mais de nous donner les moyens de le faire. »

Ce texte déposé conjointement par Guy Geoffroy et Danielle Bousquet, députés UMP et PS, a été adopté le 6 décembre 2011 par des députés de tous bords. Il affirme que « la loi doit responsabiliser les clients en leur indiquant clairement qu’eux aussi ont une part de responsabilité ». Jean-Marc Ayrault et Marie-George Buffet en étaient notamment signataires.

Le législateur a pris beaucoup d’avance sur l’opinion en inscrivant dans la loi la position « abolitionniste » de la France dès 1960. La prostitution est depuis identifiée parmi les « fléaux sociaux » , et le statut de victime est reconnu pour les prostitués.

Un débat philosophique épineux

Les partisans de la pénalisation dénoncent les aliénations causées par un « système prostituteur », qui repose, selon Marie-George Buffet, députée (FG) de Seine-Saint-Denis, sur « deux leviers : le patriarcat et la loi du marché » . « La prostitution n’est pas un métier, c’est une violence, veut recadrer Thalia Breton, pour l’association Osez le féminisme, membre du collectif Abolition 2012, qui regroupe 45 associations. Nous ne pouvons pas parler de “liberté” sans une réflexion sur l’égalité. Quand 99 % des prostituées sont des femmes, cela pose un problème d’égalité. Il n’y a pas de liberté. »

Un collectif d’associations de défense des droits des prostitués, le 22 mars 2008 à Paris - AFP / Pierre VerdyMais cette « non-patrimonialité du corps humain » s’oppose au « droit à disposer de son corps » : « Qu’ils laissent les principaux intéressés en décider », s’agace Bug Powder, militant au Syndicat du travail sexuel (Strass), qui dénonce le « lobby puissant des associations abolitionnistes, qui bercent les parlementaires : nous demandons qu’une distinction soit faite entre la prostitution choisie et la prostitution subie. La vraie violence, c’est qu’ils parlent à notre place. »

En ce sens, la psychanalyste et historienne Élisabeth Roudinesco jugeait dans Politis, en décembre 2011, que la gauche cède dans ce débat à une tentation réactionnaire. « Les libertés individuelles ou le désir, la jouissance et les passions [sont des] choses jugées trop “bourgeoises” ou faites pour les riches, estimait-elle . Du coup, [la gauche] rejoint les conceptions de la droite la plus réactionnaire. »

Au contraire, pour les militant(e)s de l’association Osez le féminisme, l’archaïsme est du côté de celles et ceux qui colportent l’idée « qu’il existe un besoin irrépressible de la sexualité, notamment chez les hommes », justifiant le recours à des actes tarifés. « Lorsque les petits garçons voient qu’il est possible d’acheter le sexe, on construit une société et une conception qui ne sont pas acceptables » , dénonce Thalia Breton.

La loi est-elle la meilleure réponse ?

Le débat est vif, jusqu’au sein du mouvement féministe, sur la nécessité de créer un nouveau délit. Les opposants à la pénalisation des clients craignent que cela n’assombrisse encore un peu la situation des prostitués. Eva Joly se prononçait par exemple, au cours de la campagne, «   contre la criminalisation des clients de prostituées, car elle fragiliserait les femmes en les obligeant à se cacher » .

Cette inquiétude était déjà au cœur de l’argumentaire des opposants à la loi sur le « racolage passif » adoptée en 2003. Une « loi Sarkozy » que les socialistes veulent supprimer. C’est même « la première revendication » de l’association Osez le féminisme, qui défend par ailleurs farouchement la pénalisation des clients. « Nous voulons renverser la charge pénale pour qu’elle pèse sur les acteurs – proxénètes et clients – plutôt que sur les victimes, qu’il faut au contraire accompagner vers une sortie », recadre Thalia Breton.

Insuffisant, répondent les travailleurs du sexe, qui constatent une nette détérioration de leurs conditions de travail depuis 2003. « Sur le terrain, il n’y a pas de différence entre la pénalisation des clients et celle des prostitués, ajoute Bug Powder. Pour nous, la pénalisation des clients pose un problème de sécurité. »

«Il faut aller vite»

Les uns et les autres se disputent enfin les « résultats » de la seule expérience européenne de pénalisation des clients : la Suède, qui a adopté une loi en ce sens en 1999. Selon Marie-George Buffet, qui s’exprimait dans Politis en décembre 2011, la loi a fait reculer de 50 % la prostitution de rue. « Effectivement, elle a disparu des rues , s’oppose le porte-parole du Strass, mais beaucoup de travailleurs du sexe ont rejoint les réseaux ou “tapinent” sur le net. »

« C’est un dialogue de sourds. Nous ne sommes pas écoutés », se lasse Bug Powder, qui promet une mobilisation lorsque les propositions des socialistes seront révélées. Les parlementaires, eux, tablent sur « un changement progressif des mentalités et un patient travail de prévention » pour faire « régresser » la prostitution (résolution du 6 décembre 2012). Ils croient en la portée pédagogique de la loi. « Il faut aller vite et faire preuve de courage politique, sans reculer devant l’hostilité de l’opinion et le verrou social, estime aussi Thalia Breton . La loi sera un message fort à la société. »

Une « conférence de consensus » doit être organisée pour élaborer le plan de travail du ministère des Droits des femmes. Un débat qui promet d’être animé.


Lire aussi sur Politis.fr, le clivage du n°1180 du 8 décembre 2011 :

Prostitution : pénaliser le « client » ?



Photo : AFP / Comstock Images / Jupiterimages

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