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À flux détendu

Je ne sais rien de Tamer al-Awam. Ce 9 septembre, une dépêche AFP a ainsi évoqué sa mort : « Un réalisateur syrien de 34 ans, Tamer al-Awam, a été tué à Alep, a annoncé dimanche le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe la majorité de l’opposition, sans préciser la date de sa mort. » La dépêche est brève. Le journaliste de l’AFP qui l’a rédigée n’en sait pas beaucoup plus. Après cette première phrase, on peut lire deux extraits du communiqué du CNS : « La Syrie a perdu un de ses chers enfants, le metteur en scène et le journaliste Tamer al-Awam, qui est mort en martyr par les balles du régime traître et meurtrier sur la ligne de front à Alep. » Deuxième citation : « Originaire de Soueida, dans la montagne druze, il avait quitté l’Allemagne, où il résidait, pour rejoindre les médias de la révolution, auxquels il a apporté toute son expérience et sa bravoure. »

C’est tout, mais suffisant pour imaginer. Sans doute Tamer al-Awam était-il en Europe pour approfondir ses connaissances en réalisation. Mais, pendant ce temps, le peuple syrien en révolte est sauvagement réprimé. Il voit sur des écrans des femmes, des enfants massacrés. On lui raconte aussi, de là-bas. Il se tient si informé qu’Al-Jazeera l’interviewe par Skype sur la situation en Syrie alors qu’il est à Berlin – c’est une vidéo visible sur le Net, où l’on découvre le visage de Tamer al-Awam. Sur une autre vidéo, il manifeste, en Allemagne, contre le dictateur tueur d’enfants. Tamer al-Awam aurait pu rester là où il était, loin de la barbarie, à l’abri. Il a décidé de rejoindre son pays, de tenir une caméra pour défendre les siens.

À 34 ans, la vie est belle. Mais pour Tamer al-Awam, il n’y avait plus d’air respirable que celui du front où ses frères de combat luttent et tombent chaque jour. Si une balle l’a tué, c’est qu’elle est entrée dans ses poumons gorgés du souffle de la liberté.


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