Leonard Cohen : Une sombre intensité

À 80 ans, Leonard Cohen apporte avec Popular Problems une suite dépouillée à Old Ideas.

Jacques Vincent  • 2 octobre 2014 abonné·es
Leonard Cohen : Une sombre intensité
© **Popular problems** , Leonard Cohen, Sony. Photo : COFFRINI / AFP

Moins de trois ans après Old Ideas, Leonard Cohen revient avec un nouvel album. Un rythme étonnamment soutenu pour celui qui fête ses 80 ans avec son treizième disque. Cohen a été très actif ces dernières années, enchaînant même les tournées. Pour des raisons financières, après s’être fait piller par son ex-manageuse, mais sans doute pas seulement. L’âge aidant, peut-être s’est-il pris au jeu. « Je n’ai pas de futur/Mes jours sont comptés », chantait-il dans « Darkness », sur Old Ideas .

On trouvera sur Popular Problems nombre de correspondances avec les œuvres antérieures de son auteur. L’écho le plus criant fait sonner le mélancolique « Almost Like The Blues » ( « J’ai vu des gens affamés/Il y avait des meurtres, il y avait des viols » ) comme la réalisation de la vision prophétique de « The Future » (1992) : « J’ai vu l’avenir, mon frère /Ce n’est que meurtre. » De même, une image de ténèbres et d’obscurité persiste entre Old Ideas et Popular Problems. C’est, par exemple, « Darkness », déjà cité, qui trouve son reflet dans l’inspiration biblique de « Born In Chains » ( « Toutes les échelles/De la nuit sont tombées/Seule l’obscurité maintenant/Pour soulever le désir » ).

Popular Problems est bien la suite directe de Old Ideas. Patrick Leonard est encore une fois au centre. Il a composé toutes les musiques et produit le disque. La voix de Leonard Cohen possède l’intensité lasse de son regard sur la pochette. Elle installe une gravité, presque un recueillement, qui n’est plus la langueur désespérée d’antan. L’orgue et le violon sont ses meilleurs alliés. Comme par une élégance nécessaire, la noirceur des textes est souvent contrebalancée par les rythmes moins lents que pourrait le laisser entrevoir la revendication d’ouverture ( « Je ralentis les airs /Je ne les ai jamais aimés rapides » ). Et, plus que tout, comme une manière de rédemption, par les voix féminines en contrepoint plein de vie et de sensualité sur nombre de morceaux. La différence essentielle avec Old Ideas tient à une instrumentation moins étoffée, chaque instrument agissant comme un pinceau avare de ses traits. Un dépouillement à apprivoiser pour dépasser une légère déception initiale.

Musique
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