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La pétaudière

Ce gouvernement avance en crabe. Pour connaître sa destination finale, il faut suivre la trajectoire rectiligne d’Emmanuel Macron.

À quoi sert Emmanuel Macron ? À charmer le gotha de la finance internationale à Davos ? Sans doute. À rassurer les banquiers dépressifs qui auraient encore peur de François Hollande ? Peut-être. Mais pas seulement. Il sert aussi à nous faire prendre des vessies pour des lanternes et – plus improbable encore – Manuel Valls pour un homme de gauche. Voyez le débat sur le code du travail et cette affaire des 35 heures. Il a suffi que le jeune ministre de l’Économie clame, du haut de sa montagne suisse, qu’il n’y aurait désormais plus la moindre majoration de salaire en cas de dépassement de l’horaire légal du travail pour qu’une majoration misérable de 10 %, au lieu des 25 % actuels, apparaisse comme la marque d’une politique sociale généreuse.

Un tour de passe-passe rendu possible aussi grâce à la nonchalante complicité d’un grand sage de la République : Robert Badinter. Après la sortie « ultra-transgressive » d’Emmanuel Macron, le rapport remis lundi par l’ancien garde des Sceaux est apparu comme un moindre mal. Et Manuel Valls, qui plaidait il y a peu encore pour un déverrouillage complet des 35 heures, a pu se donner le beau rôle (les occasions sont rares) : « Il faut, a-t-il lancé, que les heures supplémentaires soient majorées et elles le seront toujours. » Des esprits malintentionnés imagineront sans doute une obscure connivence entre Macron et Valls. Le premier jouant, à contre-emploi, le rôle du bad cop, pour mieux permettre au second d’apparaître comme un ardent défenseur du droit social. Mais la réalité est plus simple, et tellement plus humaine. Ces deux-là ne s’aiment pas, et ils se livrent une concurrence dans laquelle nous sommes peu de chose, nous autres citoyens.

C’est que le jeune Macron a surpassé son Premier ministre dans l’art de la transgression de toutes les règles sociales. À Davos, il a cruellement éclipsé son patron. Et celui-ci ne s’en remet pas. Car, l’appétit venant en mangeant, et les sondages aidant, le ministre de l’Économie commence tout doucement à se voir un destin national. Lui que l’on imaginait plutôt retournant en 2017 dans le privé, bombardé à la tête d’une grande banque. Il paraît même que des grands patrons lui ont déjà offert de financer sa campagne. Du coup, Manuel Valls, qui s’était fait une spécialité du dynamitage de tous les acquis sociaux (souvenons-nous des primaires de 2011), est Gros-Jean comme devant. Il a trouvé plus dynamiteur que lui.

Mais cette affaire des 35 heures mérite une autre lecture, car elle nous en dit long sur le mode de fonctionnement de ce gouvernement.

Sans que cela soit le moins du monde concerté, mais parce que tel est son tropisme politique, Emmanuel Macron lance ses ballons d’essai. Il dit carrément ce que les autres ne peuvent pas dire. On ne manque pas ensuite de le désavouer. Mais, à la fin, je ne suis pas sûr que la ligne Macron ne va pas l’emporter. Parce que c’est aussi la ligne Valls, celle de François Hollande, et surtout celle du Medef. À mesure que les heures passaient, lundi, quelques analystes futés finissaient par comprendre ce qui se cachait derrière cette usine à gaz. Une durée du travail « réaffirmée » à 35 heures, une majoration de salaire confirmée pour les heures supplémentaires, mais… Mais la possibilité de référendum par entreprise… Mais la possibilité d’accords syndicaux minoritaires… Mais toutes sortes de voies possibles pour déroger aux grands principes proclamés par Robert Badinter.

Au-delà même du dossier des 35 heures – qui n’est pas anodin –, ce qui retient l’attention ici, c’est la méthode. Ce gouvernement avance en crabe. Pour connaître sa destination finale, il faut suivre la trajectoire rectiligne d’Emmanuel Macron. Et il convient ensuite de relativiser les désaveux dont il est l’objet. Lui s’en moque éperdument, car il capitalise pour son avenir auprès de ceux qui seront peut-être, le moment venu, ses bailleurs de fonds, ses amis de Davos. Si jamais le moment vient…

Quant à François Hollande, il compose pour y parvenir un itinéraire nettement plus sinueux, fait de dénégations et de contradictions. Entre l’objectif affiché avec zèle par le ministre de l’Économie et le résultat auquel parvient le président de la République, il y a toutes les contingences de la politique : les réticences de sa majorité parlementaire, les mobilisations sociales qui reprennent, et aussi, il faut bien le dire, le manque de maîtrise des principaux acteurs qui ont tendance à se prendre eux-mêmes les pieds dans le tapis. Voir l’interminable affaire de la déchéance de nationalité.

Ce schéma a un défaut : il se voit. On n’en suit pas tous les méandres, et on peine à démêler la part des nuances idéologiques et celle des intrigues personnelles, mais, au fond, quelle importance, puisqu’on devine la finalité. Quant à Manuel Valls, surpassé par son jeune rival, il s’en va transgresser sur un autre terrain. Celui des libertés publiques. À propos, on attend avec inquiétude la façon dont il va traiter l’affaire de Notre-Dame-des-Landes. Après le jugement du tribunal de Nantes, il peut maintenant décider à tout instant d’envoyer les CRS expulser les paysans. La gauche est au gouvernement, vous dis-je.


Photo : FABRICE COFFRINI/AFP

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