Hollande hors-course : la gauche rêve d’un autre chemin

A la gauche du PS, le renoncement du Président à se représenter est accueilli avec espoir. Pourtant, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle sur le plan stratégique.

Pauline Graulle  • 1 décembre 2016
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Hollande hors-course : la gauche rêve d’un autre chemin
© Photo: STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

La gauche « anti-Hollande » va-t-elle sortir gagnante du renoncement surprise du chef de l’Etat à briguer un second mandat ? Rien n’est moins sûr. Il y a ceux qui espèrent que ce coup de théâtre bouleversera le cours de la campagne présidentielle. Et ceux qui estiment que son retrait ne change rien à l’affaire…

A gauche, tout le monde est en tout cas d’accord : le refus du président d’être candidat à sa propre réélection signe le terrible aveu d’échec de son quinquennat. « En arriver à ce qu’un président de gauche décide pas se représenter, c’est un énorme échec pour la gauche », confiait, ce soir, l’eurodéputé socialiste proche de Benoît Hamon, Guillaume Balas, après l’annonce de celui qu’il a trouvé « émouvant et digne ».

« Ce renoncement montre qu’on ne peut pas mener impunément une politique qui n’était pas annoncée, qu’on ne trahit pas impunément le peuple de gauche », a réagi Olivier Dartigolles, numéro 2 du PCF, qui voit dans l’événement une certaine « morale ». Même constat du côté de chez Jean-Luc Mélenchon : « La reconnaissance de cet échec par celui même qui a conduit cette politique ne fait que légitimer ce qu’on dit depuis longtemps », estime Eric Coquerel, du Parti de gauche.

« Une gauche totale »

L’événement a au moins un point positif, estime-t-on à la gauche du PS : l’échec cuisant de François Hollande confirme la nécessité qu’il faut une alternative bien à gauche. « Il faut qu’on prenne appui sur ce qu’il se passe pour en tirer les leçons : la gauche doit prendre un tout autre chemin, elle doit changer, et sortir de son projet d’accompagnement de la mondialisation néolibérale », estime Guillaume Balas. « Il nous revient, face à une droite totale, d’incarner une gauche totale, sans quoi nous ne serons pas au second tour de la présidentielle », a déclaré sur BFM TV ce soir, Benoît Hamon. L’autre candidat de l’aile gauche à la primaire organisée par le PS, Arnaud Montebourg, a jugé, lui aussi, de son meeting de Pau que cet événement marquait une première étape dans cet « avenir [de la gauche qui] commence aujourd’hui même ».

Reste que d’un point de vue stratégique, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les « frondeurs » socialistes et dans une moindre mesure Jean-Luc Mélenchon.

A lire > Présidentielle : Et si Hollande n’y allait pas ?

Tous les candidats à la primaire du PS ont en effet jusqu’ici axé leur campagne atour d’un « référendum » contre le président sortant, Arnaud Montebourg « invitant » même, ces derniers jours, la droite à venir voter à la primaire de la gauche « pour battre le président de la République avec [sa] candidature ». Et son remplaçant, Manuel Valls, pourrait être plus coriace, car moins « abîmé » par le quinquennat. Le candidat de la France insoumise perd également son « capitaine de pédalo », même si dans ces deux derniers meetings, à Chambéry et à Bordeaux, Jean-Luc Mélenchon avait choisi de l’ignorer pour réserver ses coups à la droite et à François Fillon.

Et Taubira ?

Hollande et Valls, même combat (perdu) !, répondent néanmoins les soutiens de Jean-Luc Mélenchon. « Valls et Hollande sont comptables de la même politique », souligne Eric Coquerel. « Valls en candidat de substitution, c’est à peu près aussi crédible qu’un lion vegan », a réagi sur Twitter, le communiste Ian Brossat. « Le bilan du quinquennat collera comme le sparadrap du Capitaine Haddock au candidat socialiste, quel qu’il soit. Jean-Luc Mélenchon incarne un pôle clair, cohérent, stable à gauche. Nous devons redoubler de détermination pour gagner », ajoute Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble.

Pas question, donc, de changer de cap, chez les mélenchonistes, dont le programme L’Avenir en commun, vient de sortir en libraire. Guillaume Balas a beau espérer que, François Hollande « out », Jean-Luc Mélenchon pourrait re-réfléchir à une participation à la primaire, l’hypothèse semble improbable. Reste que de nouvelles têtes pourraient faire leur apparition à la primaire. Que fera par exemple Christiane Taubira, qui ne voulait pas se présenter contre François Hollande, mais qu’on n’imagine pas soutenir Manuel Valls ? Interrogée par Politis ce soir, elle n’a pas répondu à notre sollicitation. Et à ses partisans qui l’appelaient à se présenter sur les réseaux sociaux, elle a répondu d’un tweet à la fois sibyllin et ouvert : « Un moment de dignité comme la politique en était devenue avare. L’exigence pour les gauches est colossale. »

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