Jean-Pierre Jeancolas, un homme de qualité

Historien du cinéma et critique, auteur de plusieurs ouvrages et collaborateur de la revue Positif, il s’est également engagé au côté de Politis dès ses débuts.

Christophe Kantcheff  • 4 octobre 2017 abonné·es
Jean-Pierre Jeancolas, un homme de qualité
© photo : DR

Pardonnez l’auteur de ces lignes d’ouvrir cet hommage à Jean-Pierre Jeancolas, décédé le 25 septembre à 79 ans, par une anecdote le concernant, mais elle est emblématique de la valeur de cet homme, grand critique et historien du cinéma. C’était il y a longtemps, au milieu des années 1990, alors que Jean-Pierre collaborait à Politis depuis le numéro 1. Pigiste, lecteur assidu de ses écrits, je lui avais demandé s’il trouverait pertinent qu’à côté de ses articles de critique, je réalise de temps à autre des interviews de cinéastes. Il avait immédiatement accepté. M’avait ouvert par la même occasion la porte de son savoir. Et offert le bien le plus précieux : son amitié.

Tel était Jean-Pierre Jeancolas, dont la générosité égalait la modestie. Jean-Pierre était pourtant un véritable intellectuel. Il embrassait le monde par le biais du cinéma, dont il avait une connaissance encyclopédique, et s’appuyait aussi sur sa vaste culture, notamment historique et politique. Il ne s’en prévalait pas. Mais ses écrits en témoignent.

Aux débuts de Politis, en 1988, Jean-Pierre Jeancolas était l’une des signatures importantes de la revue Positif, qu’il avait rejointe en 1971. Il avait publié plusieurs ouvrages, dont Le Cinéma des Français, la Ve République (Stock, 1979), Le Cinéma des Français, 15 années d’années trente (1929-1944) (Stock, 1983, rééd. Nouveau Monde, 2005), et donnait alors la dernière main à un livre consacré à la production hongroise sur vingt-cinq ans, Cinéma hongrois, 1963-1988 (CNRS, 1989), cinématographie dont il était devenu un spécialiste.

C’est d’ailleurs par un article sur une rétrospective que consacrait la Cinémathèque à ce cinéma hongrois que Jean-Pierre a inauguré sa collaboration à Politis. Les débuts ne sont jamais anodins. Ils disent ici la diversité de ses angles d’entrée qui a caractérisé son travail journalistique. On relève, dans les premiers numéros, des articles sur les sorties de l’époque (La vie est un long fleuve tranquille, Urgences, de Depardon, Jane B. par Agnès V., September, de Woody Allen…), sur des rétrospectives ou des ressorties (La Soif du mal, d’Orson Welles), sur la mort d’un historien du cinéma, Jean Mitry, et, peut-être plus surprenant, sur Brigitte Bardot. Il écrit : « La Juliette de Vadim est immédiate, ne calcule pas, ne se bat même pas : il lui suffit d’être, de dire non, ou merde, d’ouvrir les bras, pour qu’un grand coup de vent frais souffle sur l’écran large. Provocante, intolérable dans le regard des autres, elle ne sait pas qu’elle provoque, qu’elle défie des décennies de morale à collet monté. Radicalement autre, elle n’est ni militante, ni grande dame, ni pute, ni vamp. Elle est. »

Ces lignes suffisent à montrer la netteté de son écriture, et la qualité de son regard sur une actrice, sur une femme. Très vite, Jean-Pierre a aussi publié des articles combatifs sur le front de la politique culturelle en faveur du cinéma d’auteur (contre les multiplexes en particulier). Il s’est aussi réjoui d’un retour du cinéma français au réel et en a salué les représentants (Cantet, Veysset, Masson…). Au sens fort, Jean-Pierre Jeancolas était un honnête homme.

Cinéma
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