Moussa, menacé d'expulsion, risque la prison en Guinée pour son homosexualité

Depuis plusieurs semaines, associations d’aide aux migrants et LGBT se mobilisent à Nîmes contre le renvoi de Moussa en Guinée. Jeudi 3 mai, le jeune homme est en garde à vue et risque l’expulsion le soir même.

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I l y a un vol Lyon-Conakry avec une escale au Sénégal à 17h45. On ne sait pas s’ils vont le forcer à embarquer… » Antoine Henry, responsable communication de l'association Aides ne termine pas sa phrase. Voilà plusieurs jours que l’association se mobilise pour Moussa. Jeune Guinéen de 28 ans, Moussa est arrivé en France, à Nîmes, en 2015. Acrobate, il a profité de son visa de travail pour fuir la Guinée, où il a vu son ancien amant brulé sous ses yeux, selon le Midi libre. À la fin de son titre de séjour, il a fait une demande d’asile qui a été refusée et s’est vu notifié une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Il y a un mois, lors d’un contrôle à la gare, il a été arrêté sans papiers et conduit au centre de rétention administrative (CRA) de Nîmes. Jeudi 3 mai, à 8h30 du matin, il est conduit à l’aéroport de Lyon où il refuse de monter dans un avion. Il attend en garde à vue que la justice tranche. « Soit il retourne en Guinée, soit il passe au tribunal de Lyon », explique Yves Carrel du Réseau Éducation sans frontières de Nîmes, qui, lui aussi, peine à trouver ses mots. Finalement, le jeune homme comparaitra devant la justice en comparution immédiate.

Un acrobate talentueux

« C’est un athlète joyeux. Il est acrobate, premier porteur : dans son press book, il y a une photo où il porte quatre autres acrobates sur ses épaules, rapporte Yves Carrel. Au CRA, il donnait des cours de gainage aux autres détenus ! » Les associations dresse le portrait d’un homme enjoué et très intégré dans la vie locale et associative.

L’année dernière, lors des férias, il menait le cortège des artistes africains. On avait même une photo où il posait avec le maire de Nîmes !

Moussa est aussi très actif dans l’association Aides, « il militait avec nous sur les actions, raconte Sad Eddine Derras, président de l’antenne locale. C’est quelqu’un qui aime la vie, qui vit par et pour ses passions. »

En Guinée, le jeune homme risque jusqu'à 3 ans de prison, selon le code pénal qui punit « les impudiques et contre-nature ». Mais à la sortie, il risque bien pire. « Ce que Moussa craint, ce n’est pas tant l’État que le voisinage, explique Yves Carrel. Son propre père refuse de le voir… » Lors de la discussion de la loi Asile et Immigration, la majorité avait retenu l’amendement qui enlevait de la liste des pays sûrs les États où l’homosexualité est condamnée. Rare mesure positive de ce texte, cet article n'est pas encore voté et ne bénéficie donc pas à Moussa. Sur Twitter, le hashtag #LIBEREZMOUSSA prend de l'ampleur.

« Si vous me renvoyez, vous me tuez »

L’expulsion du 3 mai n’est que la suite d’une procédure ancienne. Déjà, dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 avril, les autorités avaient tenté d’expulser Moussa du pays. Mais, à l’aéroport de Marseille, le pilote avait refusé. Dans Libération, le jeune homme raconte : « Ils sont venus me chercher à trois heures du matin mais le pilote a dit aux policiers qu’il n’y avait plus de places. Je leur ai demandé : "Pourquoi vous m’emmenez ? Je ne suis pas un voleur, ni un criminel, mais un artiste international. Si vous me renvoyez, vous me tuez." »

Depuis, chaque soir, les militants et associatifs se regroupaient devant la préfecture, espérant faire plier les autorités. « Le préfet se cache derrière le respect de la procédure. Mais voir quelqu’un que l’on connaît vivre ça, c’est super dur humainement », déplore Sad Eddine Derras de Aides. « Au moins, il est toujours là, tempère Yves Carrel. Ça a quelque chose de rassurant mais c’est insuffisant. Il faut qu’une bonne volonté se manifeste… » Peut-être de la part des pouvoirs publics ? De nombreux rassemblements ont lieu dans plusieurs villes pour interpeller les autorités.


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