La France, « bras policier » de la politique migratoire britannique

Depuis les accords du Touquet, signés en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, le Royaume-Uni délègue à la France la bonne application de sa politique migratoire.

Romain Haillard  • 13 mars 2019
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La France, « bras policier » de la politique migratoire britannique
© photo : THIERRY THOREL / NURPHOTO

Dans le Calaisis, la frontière avance toujours plus. Depuis les accords du Touquet, signés en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, le Royaume-Uni délègue à la France la bonne application de sa politique migratoire. Ce traité bilatéral entre les deux pays – et donc indifférent aux conséquences du Brexit – prévoit l’externalisation des contrôles frontaliers britanniques sur le sol français. Ce texte a « conduit à faire de la France le “bras policier” de la politique migratoire britannique », avait estimé, en juillet 2015, la Commission nationale consultative des droits de l’homme.

Calais, premier port français en termes de passagers (11 millions par an) et début du tunnel sous la Manche, est en première ligne. De lourds travaux transforment la ville en forteresse. Fin 2016, un mur habilement nommé « anti-­intrusion » – pour ne pas dire « anti-migrants » – avait poussé le long de la rocade à proximité du port. Quatre mètres de hauteur sur un kilomètre de long, végétalisé côté circulation, et financé à hauteur de 2,7 millions d’euros par le ­gouvernement ­britannique. Un geste devenu régulier. Déjà en 2014, le résident de la Place Beauvau, Bernard Cazeneuve, avait obtenu du Royaume-Uni une dotation de 15 millions d’euros supplémentaires pour sécuriser la zone portuaire.

Plus récemment, Emmanuel Macron et Theresa May ont signé un protocole additif aux accords du Touquet lors du sommet de Sandhurst, le 18 janvier 2018. Une négociation contrainte pour la Première ministre britannique, car le maintien du traité était dans la balance. La suspension des accords du Touquet aurait entraîné la création d’une deuxième « jungle », cette fois-ci sur le territoire anglais. Theresa May avait formulé une promesse : « Nous renforcerons les infrastructures de sécurité avec davantage de vidéosurveillance, des clôtures et des technologies infrarouges à Calais et dans d’autres postes frontaliers. »

Le Royaume-Uni met une fois de plus la main au portefeuille : 50,5 millions pour améliorer la sécurisation des zones de contrôle.

Société Monde
Publié dans le dossier
La frontière tue
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