Nous appelons à un plan de lutte contre l’antitsiganisme dans nos écoles

Tribune. À l’occasion de la Journée internationale des Roms, lettre ouverte de l’association Aset 93 au ministre de l’Éducation et au recteur de l’académie de Créteil, après les agressions contre des habitants de bidonvilles de Seine-Saint-Denis.

Aset 93  • 8 avril 2019
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Nous appelons à un plan de lutte contre l’antitsiganisme dans nos écoles
photo : École de Bondy.
© ASET 93

Nous, professionnelles de la médiation scolaire en Seine-Saint-Denis, de l’association Aide à la scolarisation et éducation pour tous, travaillons à lever les obstacles à la scolarisation pour les enfants éloignés de l’école, vivant en habitat précaire sur le territoire. Nos actions s’organisent autour d’un camion-école, dispositif « passerelle » en direction de l’école de droit commun. Il est un lieu de rencontres, d’accueil et de préparation à l’école.

La circulation d’une fausse rumeur sur les réseaux sociaux a déclenché depuis le 16 mars dernier une vague d’attaques violentes contre les personnes perçues comme roms, bulgares ou roumaines en Île-de-France et particulièrement en Seine-Saint-Denis. A l’heure actuelle ont été recensées 37 agressionsracistes-en-ile-de-france-recensement)parmi lesquelles des passages à tabac, des incendies volontaires, des intimidations et de nombreuses menaces de mort. À Bondy, où nous travaillons de façon particulièrement assidue depuis septembre 2018, les personnes concernées ont fait état dans la nuit du 25 au 26 mars de menaces de mort, de menace d’incendie, de tirs d’armes à feu, et de rondes de voitures intimidantes à proximité de leur lieu de vie les deux nuits suivantes. À quelques mètres de là, les habitants d’un autre bidonville étaient également pris pour cibles simultanément. Le 5 avril, toujours à Bondy, une mère de famille étaient agressée en pleine rue par quatre individus. Ces scènes de terreur se répètent de façon continue dans de nombreuses communes d’Île-de-France.

Les parents d’élèves avec qui nous travaillons quotidiennement, dans le cadre de nos missions de médiation scolaire, nous font part ces derniers jours de la terreur dans laquelle ils vivent, ainsi que de leur volonté d’un retour à la normale afin que leurs enfants puissent reprendre le chemin de l’école. Les personnes habitant en bidonville rencontrent des obstacles nombreux dans la scolarisation de leurs enfants ainsi que dans la poursuite du parcours scolaire de ces derniers. Parmi ces obstacles, il faut noter les refus arbitraires et illégaux d’inscription administrative, la précarité des conditions de vie, les expulsions à répétition mais aussi le racisme, et l’antitsiganisme en particulier, qui déjà avant cette vague d’attaques était l’un des motifs décisifs de décrochage scolaire.

En dépit de ces difficultés trop souvent sous-estimées par les pouvoirs publics, notre travail de médiation nous avait permis de créer un lien solide entre les enfants, leurs parents et les institutions que sont la municipalité de Bondy et les établissements scolaires de la ville. Vingt-deux enfants étaient scolarisés, cinq devaient faire leur rentrée à l’école maternelle le 28 mars dernier, neuf étaient en attente d’affectation.

La vague d’attaques antitsiganes a détruit ce lien. Les enfants et leurs parents sont confinés chez eux en état de sidération. Si nous saluons le geste de la direction des six établissements concernés qui ont assuré les parents et leurs enfants de la protection et de la bienveillance de l’école, nous savons en tant que professionnelles qu’il faudra du temps pour reconstruire la confiance de ces parents et de ces enfants envers leurs voisins et envers les institutions de la République française.

En attendant, notre camion-école fonctionne comme une cellule d’urgence, de réconfort et de bienveillance en direction des enfants traumatisés et qui vivent toujours sous la menace.

Nous en appelons désormais à la responsabilité des pouvoirs publics. Cette situation catastrophique est l’effet d’un déni relatif à ce racisme spécifique.

Il y a trois ans jour pour jour, le 8 avril 2016, le Parlement européen adoptait une résolution visant à alerter les États quant à la montée de l’antitsiganisme en Europe. Il invitait ces derniers à mettre en œuvre efficacement la directive relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre les personnes, sans distinction de race ou d’origine ethnique, afin de prévenir et d’éliminer toute discrimination à l’encontre des Roms, notamment dans le domaine de l’éducation. Mais aussi à mettre en œuvre un véritable plan de lutte contre l’antitsiganisme. Trois ans après, en 2019, en France, des enfants sont privés de tout accès à l’école en raison du racisme dont ils sont l’objet et de l’indifférence de la société. Qui peut l’accepter ?

Nous, professionnelles de la médiation scolaire en Seine-Saint-Denis, demandons solennellement en ce 8 avril 2019, Journée internationale des Roms, la reconnaissance de l’impact de l’antitsiganisme sur l’accès à l’éducation en France, ainsi que la mise en œuvre d’un véritable plan d’action concret pour le combattre, et nous tenons prêtes pour accompagner tant sa conception que sa mise en œuvre, aux côtés des parents et des enfants qui subissent les effets de ce fléau.

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