Au Landy sauvage, un confinement en collectif

Ils vivent à 35 dans 4 000 mètres carrés. Au squat du Landy sauvage, en Seine-Saint-Denis, la vie associative qui anime habituellement le lieu s’est arrêtée. Mais la vie en communauté se poursuit, malgré le confinement.

Victor Le Boisselier  • 26 mars 2020
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Au Landy sauvage, un confinement en collectif
© Illustration : Page Facebook le Landy SauvagenPhotos du texte : JP / DR

Cette expérience n’aurait jamais pu voir le jour. Deux jours avant la trêve hivernale, en octobre dernier, ce squat de Saint-Denis était en état de siège, prêt à faire face à une expulsion musclée. Quelques mois plus tard, la trentaine d’habitants du Landy sauvage et membres du collectif éponyme, est toujours là et se barricade cette fois contre un virus. Julien est formel : « Le confinement est beaucoup plus facile en communauté. » Ce résident et cofondateur du collectif va même plus loin : « Quand on voit nos voisins, confinés dans leur petit appartement, on se sent même privilégiés. On a communiqué sur Facebook et fait des banderoles pour proposer notre aide en cas de besoin. »

Il y un an et demi, le collectif du Landy sauvage investit ce terrain inoccupé à Saint-Denis, une propriété de l’opérateur foncier de la région Ile de France, l’EPFIF. Les grands hangars laissés à l’abandon abritent désormais une scène de théâtre, un local de matériel d’aide aux migrants, une friperie à prix libre… Un potager est également sorti de terre. Le tout, le plus souvent construit grâce à du matériel de récupération.

Le lieu vit désormais au rythme de concerts, ateliers ou entraînements sportifs. Mais en ces temps de confinement, le Landy tourne au ralenti. Les assemblées générales hebdomadaires, qui permettent aux habitants de faire le point sur les projets en cours ou les avancées juridiques, sont également beaucoup plus calmes. « Des vacances » ironise Julien, intermittent du spectacle au chômage technique. Une résidente dispense tout de même tous les jours un cours de yoga diffusé en direct sur les réseaux sociaux. Les habitants s’occupent en pratiquant le tai chi, en organisant des ateliers de fabrication d’instruments de musique, d’apprentissage de la navigation, d’accro-danse…

À trente-cinq, le confinement est forcément un peu particulier explique Julien :

On utilise les mêmes douches, les mêmes sanitaires, on touche les mêmes poignées de porte. Forcément, cela nécessite une certaine discipline, lorsqu’il y a trop de monde dans une même pièce, on fait évacuer. Après, nous avons des chambres individuelles, ça permet d’isoler facilement les personnes qui pourraient être malades.

© Politis

Tenus par des chambres à air accrochées au mur, des « pshitt-pshitt » remplis de solution à base de Javel permettent de désinfecter les poignées de porte après chaque passage. Le collectif s’est également organisé pour limiter au maximum les contacts avec l’extérieur : « On a un tableau de sortie avec une personne pas loin de la porte qui fait le compte. Le but c’est pas de limiter les sorties d’untel ou d’untel, mais des gens en général. Après quand quelqu’un sort, il ravitaille un beaucoup plus grand nombre de monde. »

© Politis

Le mode de vie made in Landy fait ses preuves, surtout en période d’isolement:

D’habitude, on se cotise les uns et les autres et on s’organise avec l’Azade, un grossiste de produits bio. Donc là, on s’est approvisionnés massivement avant le confinement afin de ne pas avoir à sortir. À plusieurs, c’est beaucoup plus simple de gérer un stock, ça aide aussi les personnes qui ne peuvent pas faire de grosses courses. Le PQ, pareil, on se le fait livrer en gros, on n’a pas du tout remarqué les pénuries.

Bien sûr, le contact avec l’extérieur continue pour le tabac, ou autres produits difficiles à se procurer autrement qu’en sortant. Le collectif continue également la récupération. « Confinement ou pas, on reçoit beaucoup de mails de gens qui cherchent à nous donner. Un peu moins en ce moment mais aujourd’hui on a encore eu une dizaine de kilos de nourriture pour faire des hot dogs », raconte Julien.

Néanmoins, une fois cette crise passée, les préoccupations des habitants du Landy, toujours menacés d’expulsion, reviendront. Certes, la trêve hivernale a été prolongée jusqu’au 31 mai. Mais Julien reste sceptique : « Est-ce qu’il y aura deux mois de répit pour nous ? Difficile de faire des plans sur la comète, car le propriétaire veut récupérer le terrain. » En attendant, il espère que cet épisode amènera à une prise de conscience sur l’inutilité des bâtiments vides, qui pourraient accueillir les plus fragiles.

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