Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref

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Syrie : Les réfugiés, arme de guerre

Ils sont des milliers, majoritairement syriens, à être venus se heurter au mur du refus grec. Des milliers de migrants jetés par Erdogan dans cette impasse. Pour le président turc, les migrants qui, pour la plupart, fuient les bombardements russo-syriens, sont devenus une arme de guerre. Un instrument de chantage en direction de l’Union européenne, dont il exige un soutien logistique dans sa confrontation avec l’armée syrienne. Mais, pour les Européens, c’est aussi un piège qui se referme après l’accord signé en mars 2016 avec la Turquie.

Erdogan s’était alors engagé à retenir les exilés sur le sol turc, en échange d’une aide financière. À l’origine de cette situation, les bombardements des aviations russe et syrienne sur la région d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Une offensive qui cible les écoles, les hôpitaux, les marchés, et jette sur les routes de dizaines de milliers de personnes en direction de la frontière turque. Au cours des dernières semaines, quelque 7 000 « observateurs » turcs, autorisés au terme d’un accord avec Poutine à prendre position dans la région, ont été encerclés par l’armée de Bachar Al-Assad. Le 27 février, 33 d’entre eux ont été tués. La contre-offensive turque a causé la mort d’une centaine de militaires syriens ciblés par les drones et les missiles d’Ankara.Un aéroport militaire a été détruit. Deux appareils syriens ont été abattus.

Dans le sillage de l’armée turque, les rebelles, dont les jihadistes de Hayat Tahrir Al-Cham, ont repris plusieurs villages qu’ils avaient dû abandonner au cours des semaines précédentes. Un épisode qui démontre une nouvelle fois que l’armée syrienne n’est rien sans le soutien russe. C’est sans doute pourquoi, avant même sa rencontre avec Erdogan, jeudi à Moscou, Poutine a repris ses bombardements. Comme s’il avait juste permis au président turc de sauver la face. Mais à Idlib, comme à la frontière grecque, c’est tout un peuple qui souffre et qui meurt.

Municipales : Lula à Paris, Hidalgo aux anges

Ah la belle cérémonie, sous les somptueux plafonds de l’Hôtel de ville de Paris ! Lundi 2 mars, Lula recevait sa distinction de citoyen d’honneur de la capitale, attribuée en octobre dernier, entouré des deux autres figures du PT brésilien, sa successeure Dilma Rousseff et le candidat battu par Bolsonaro en 2018, Fernando Haddad : c’est tout bon pour le parti, en reconquête politique derrière l’ex-président brésilien (2003-2011). Les dirigeants du PS, du PCF et de La France insoumise, rencontrés par cet équipage nimbé de sa lutte contre un « gang » qui a manipulé les institutions et la justice pour démettre Rousseff et incarcérer Lula, n’ont pas boudé leur plaisir. Et Anne Hidalgo donc, avec cette invitation si opportune à 15 jours des municipales ! La maire de Paris, en campagne pour sa réélection, saluée puis resaluée par Lula lors du meeting public qui a suivi la cérémonie : la bonne affaire, alors que l’électorat parisien centriste semble bel et bien capté par LREM, qui s’émeut d’un « mélange des genres » de la part de la maire.

Mobilité gratuite au Luxembourg

Une première mondiale : le gouvernement luxembourgeois a instauré, le 29 février, la gratuité pour tous les transports en commun. Trains, bus, tramways : l’accès se fait désormais sans ticket pour les 610 000 habitant·es du grand-duché. Une mesure sociale et écologique, selon le ministre chargé de la Mobilité, François Bausch, qui souhaite inciter la population, notamment rurale, à délaisser les voitures (47 % des déplacements professionnels) au profit des transports publics : « Partout dans le monde, on doit faire le même constat. La mobilité, telle qu’elle est organisée aujourd’hui, est un échec : des embouteillages partout, l’espace urbain ne fonctionne plus, au niveau rural les gens sont délaissés. »

Catalogne : Démonstration de force indépendantiste à Perpignan

Des milliers de véhicules, drapeaux rouge et jaune brandis par les fenêtres, ont formé d’importants bouchons autour de Perpignan, samedi 29 février : plus de 100 000 personnes au total avaient pris la route depuis toute la Catalogne hispanique, pour venir acclamer Carles Puigdemont. L’ex-président de la Generalitat de Catalogne, qui l’avait déclarée indépendante en 2017, est en exil en Belgique depuis plus de deux ans pour échapper à la prison certaine, du fait de l’accusation de sédition lancée à son encontre par Madrid. Il a donc tenu meeting à Perpignan, « capitale de la Catalogne du Nord » selon ses termes. Protégé par son immunité d’eurodéputé depuis son élection en juin 2019, Puigdemont a rassemblé une foule importante et enthousiaste. Toutefois, le Parlement européen a lancé, en janvier, la procédure de demande de levée de son immunité…

Inde : Modi, le pousse-au-crime

Au moins quarante morts, 300 blessé·es. C’est le terrible bilan des violences qui ont frappé la communauté musulmane d’Inde, prise pour cible entre les 23 et 25 février dans la banlieue de New Delhi par des milices armées liées au BJP, parti nationaliste hindou du Premier ministre, Narendra Modi. Ces ratonnades, avec saccages de mosquées, conduites par des escouades de nervis armés, ont eu lieu suite à de véritables appels aux meurtres lancés par des responsables du BJP. Et la police, curieusement, n’est pas intervenue… L’étincelle a été allumée par une nouvelle loi sur la citoyenneté discriminatoire envers les musulmans, adoptée en décembre. Modi engage son pays dans une dérive criminelle qui menace les fondements mêmes de la « plus grande démocratie du monde ».

États-Unis : Surenchère et capitulation

Tout est décidément bon pour faire réélire Trump en novembre. Ses groupies républicaines ont lancé une nouvelle théorie complotiste : « La raison pour laquelle [le coronavirus] est tant médiatisé, c’est parce qu’ils pensent que c’est ce qui va faire tomber le président. » « Ils », ce sont les démocrates, bien sûr. Le président aux cheveux orange est prêt à tout, y compris à livrer l’Afghanistan aux talibans. Se souvenant qu’il avait promis, pour être élu, de sortir ses troupes du pays où elles sont depuis 2001, il a conclu un accord avec les fous de Dieu, sans même inclure le gouvernement de Kaboul. Les GI vont rentrer d’ici quatorze mois, en échange de vagues promesses. C’est une défaite pour les États-Unis, mais dans la novlangue de Trump c’est un triomphe. Pour le peuple afghan, une catastrophe annoncée.

Israël : Merci Trump !

À ceux qui pensent que le conflit israélo-palestinien n’est plus d’actualité, les élections législatives israéliennes apportent un cinglant démenti. C’est bien la perspective de l’annexion de la vallée du Jourdain et des colonies juives qui a donné une victoire inattendue à Benyamin Netanyahou. Une perspective devenue réaliste et quasi immédiate avec le plan Trump, qui a été porté au crédit du Premier ministre sortant. Son parti, le Likoud, remporte entre 36 et 37 sièges contre 32 ou 34 à son grand rival Benny Gantz, qui a eu le tort de vouloir emboîter le pas ultracolonialiste à Netanyahou. Avec les partis d’extrême droite et religieux, le Likoud peut frôler la majorité de 61 sièges à la Knesset.

L’autre événement du scrutin du 2 mars est la nouvelle progression de la liste unifiée arabe, qui obtient 14 sièges. Une autre confirmation de l’omniprésence de la question palestinienne. Alors que l’alliance de gauche Meretz-travailliste continue sa descente aux enfers, passant de 11 à 7 sièges. Une énorme épée de Damoclès plane cependant au-dessus de Netanyahou. Le 17 mars s’ouvre son procès pour corruption, fraude et abus de confiance. Mais Israël est ce pays qui ne craint pas d’élire un homme accusé de corruption pour poursuivre son entreprise coloniale.

Entreprises climaticides

Quelle entreprise française a décroché les félicitations en matière d’ambition climatique ? C’est la question posée par l’association Notre affaire à tous qui s’est plongée pendant un an dans les plans de vigilance 2019 de 25 multinationales françaises : Vinci, Axa, Carrefour, EDF, Airbus, Michelin, Danone… Les encouragements vont à Schneider Electric qui obtient la note de 77,5/100. Bonnets d’âne à Air liquid avec 15, Natixis et Total avec 17,5. Le constat est sans grande surprise. « Aucune entreprise ne se conforme véritablement aux obligations découlant de la loi et de la Constitution », conclut Paul Mougeolle, coordinateur de l’étude. Pire : ces 25 multinationales ont un bilan carbone cumulé huit fois supérieur à celui de la France.


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