La forêt africaine est en train de disparaître

Croissance démographique et réchauffement climatique explique l’augmentation de la déforestation sur ce continent, selon le dernier rapport de la FAO.

Claude-Marie Vadrot  • 19 mai 2020
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La forêt africaine est en train de disparaître
© Photo : Jekesai NJIKIZANA / AFP

Alors que toutes les inquiétudes écologiques concernant le couvert forestier se tournent vers le Brésil et son Amazonie livrés à un pillage sans précédent avec la bénédiction de son Président, une Agence des Nations Unies, la FAO, vient de rendre public les principaux résultats de son rapport quinquennal. Les difficultés de toute la forêt latino-américaine, dont le couvert végétal du Brésil, y sont rappelées. Mais le rapport alerte surtout sur la brusque détérioration de l’ensemble des forêts africaines qui partent en fumée.

Depuis le dernier rapport, il y a cinq ans, les pertes forestières de l’Afrique ont régulièrement augmenté. Elle sont passées de 3,4 millions d’hectares par an à 3,9 millions ; un chiffre qui poursuit son augmentation et dépasse depuis quatre ans la déforestation en Amérique Latine. Anne Branthomme, l’experte de l’Agence de l’ONU pour l’Alimentation et l’Agriculture qui a supervisé le rapport, explique « il s’agit d’une très mauvaise nouvelle en grande partie due à la croissance démographique. Une grande partie de la déforestation de cette région est due au développement de l’agriculture de subsistance. La pression sur la forêt est augmentée alors que les forêts africaines représentent aussi une source très importante de nourriture, de bois de chauffage, bois énergie » (charbon de bois).

Des millions d’hectares de terres stérilisés

Une autre des explications à ce défrichement c’est aussi le réchauffement climatique et donc les sécheresses régulières ou définitives (Nord du Sénégal, Mali, Nord du Tchad, Kenya, Darfour, Somalie ou nord du Niger…). Elles chassent les petits paysans et font disparaître peu à peu les petits villages. Faute de pouvoir vendre à un marché local ou parce que les puits qu’ils utilisent sont à sec. Alors ces paysans s’en vont. Soit pour défricher ailleurs, soit pour grossir les grandes villes comme Bamako ou N’Djamena, la capitale du Tchad. Souvent, comme la crise climatique dure depuis des années, ils doivent à nouveau déménager et défricher de nouveau et gagner les taudis des villes. Des zones où ils trouvent de moins en moins leurs nourritures traditionnelles, notamment les célèbres « poulets bicyclette » qui permettaient de maintenir les échanges traditionnels. Et se contenter des poulets congelés qui viennent de France ou d’ailleurs et dégèlent au soleil.

Presque partout, à peine abandonnées, les terres se stérilisent et sont recouvertes par les sables qui progressent au sud et au nord du Sahel. Comme par exemple au Darfour mais aussi dans toutes les zones où les agriculteurs se retrouvent en concurrence avec les éleveurs dont les pâturages disparaissent en quelques jours et contraignent les animaux à venir leurs nourritures dans les espaces cultivés.

Ce charbon de bois qui part en France

Autre cause de ces exodes massifs et de la déforestation, les exilés du climat ont besoin de bois pour cuisiner et surtout de charbon de bois, dans des foyers dont le rendement calorifique est faible. Un combustible dont la fabrication détruit d’immenses espaces forestiers. D’autant plus que ce charbon de bois part souvent à l’exportation (notamment en Somalie) pour alimenter les barbecues français ou européens sans enrichir les paysans africains. Il suffit de prendre les routes qui montent vers les villes africaine pour apercevoir des milliers de vendeurs proposant des fagots ou des sacs de charbons de bois vendus à des prix dérisoires.

Rien ne parait arrêter l’hémorragie de bois et de buissons qui maintenait la faible couche de terre arable dans un monde qui a perdu en une trentaine d’années près de 180 millions d’hectares forestiers. C’est ainsi que, de l’autre côté de l’Atlantique, Haïti ne comporte plus que quelques dizaines d’arbres, qu’il faut protéger, à côté de la capitale Port au Prince alors que les agriculteurs en sont réduits à déterrer les vieilles souches pour faire du charbon de bois…

Monde Écologie
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