Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Violences policières : Alliance sort la gomme magique

La préfecture de Seine-Saint-Denis a cédé. À la demande du syndicat de policiers Alliance dans le département, le préfet va contraindre le maire de Stains à effacer en partie une fresque sur sa commune. Inaugurée le 18 juin par Azzedine Taïbi, l’édile local, elle représente Adama Traoré et George Floyd – tous deux morts des suites de leur interpellation par les forces de l’ordre. Une phrase trône au-dessus des deux visages : « Contre le racisme et les violences policières. » Le week-end dernier, le syndicat de policiers Alliance dans le 93 appelait à recouvrir entièrement cette peinture, car elle stigmatiserait la « police républicaine ». Une demande vécue comme une « insulte à la mémoire de nos morts », dénonçait Assa Traoré, du comité La vérité pour Adama. Le comité avait rassemblé lundi après-midi une centaine de manifestants devant l’œuvre d’art pour déjouer la tentative de profanation. Finalement, les syndicalistes ont obtenu gain de cause. Le terme « policières » va être effacé. Gommer ce mot ne fera pas disparaître la violence et le racisme systémique.

Algérie : le régime éteint la voix d’Amira Bouraoui

Alors que le déconfinement se profile en Algérie, la justice répressive s’active sur les figures du Hirak, comme si le pouvoir voulait éteindre les voix les plus influentes avant que les manifestations puissent reprendre. Amira Bouraoui, gynécologue qui s’oppose au système Bouteflika depuis 2014, a écopé d’un an de prison ferme, pour six motifs relevant tous de la liberté d’expression, dont l’« offense au président de la République ». Le régime a profité du confinement pour adopter presque en catimini un nouveau code pénal, le 22 avril, qui sert maintenant à condamner en nombre. Pourtant, la pression populaire reste forte, avec la reprise de manifestations dans diverses villes de province, à commencer par la Kabylie, le vendredi 19 juin.

Corse : Manif contre les violences sexuelles à Bastia

« Pas facile d’élever cette voix dans des endroits où tout le monde se connaît », a écrit sur Twitter un·e internaute pour saluer cette manifestation plutôt inédite sur l’île de Beauté. Plus de 300 personnes, pour beaucoup des jeunes femmes, ont défilé dans les rues du centre de Bastia contre les violences sexuelles et le viol, ce dimanche 21 juin. Avec des pancartes brandies comme « non c’est non » ou « éduquons nos fils », cette mobilisation a été organisée à partir des réseaux sociaux, sans le soutien de partis politiques ou d’associations. Dans le cortège, une manifestante de 22 ans a tenu à souligner qu’à Bastia et ailleurs en Corse « beaucoup de femmes n’osent pas porter plainte car elles ont peur de l’agresseur ou de sa famille »…

Discrimination : Fichage généralisé à la RATP

En quelques semaines, 4 fichiers ont été découverts dans les arcanes de la RATP bus, constituant un scrupuleux listing des grévistes et du nombre de jours d’arrêt de chaque conducteur et conductrice. La direction a d’abord fustigé une « initiative locale » et sanctionné un manager (Mediapart, le 19 mai), mais le scandale n’a fait que grossir. Contactée par Politis au sujet d’un quatrième fichier concernant les 1 168 agents du nord-est de la capitale (centre Rives Nord), elle se réfugie désormais derrière un « audit interne ». Ces fichiers sont illégaux et jugés discriminatoires par les syndicats, parce qu’ils déterminent les déroulements de carrière. « Le mérite et la performance individuelle sont des éléments qu’il est légitime de prendre en compte », affirme l’entreprise, qui dit s’appuyer sur une analyse « automatisée » de « données objectives (qualité de conduite, respect du Code de la route, accidentologie) », sans livrer de précisions. « Tout est basé sur un logiciel qui compte le nombre de jours travaillés, détaille Ahmed Berrahal, délégué CGT. Si vous êtes arrêté à cause d’une agression ou d’un accident dont vous n’êtes pas responsable, vous serez bloqué… Sans parler des grèves. »

Internet : La loi contre la haine censurée

Le 18 juin, le Conseil constitutionnel a censuré une partie de la loi censée lutter contre la haine sur Internet. Portée par la députée LREM Laetitia Avia, elle imposait aux plateformes le retrait de contenus supposés illicites en 24 heures, sans décision d’un juge, au risque d’une dérive arbitraire et de censure politique. « Une atteinte à l’exercice de la liberté d’expression » pour les « Sages ». Résultat : la loi est inapplicable en l’espèce. Dans un communiqué, Laetitia Avia considère cette décision comme une « feuille de route » pour améliorer son dispositif.

Le moment opportun pour s’inspirer des réflexions de la Quadrature du net, association de défense des libertés de la population sur Internet, pour qui « la haine en ligne est accentuée par le modèle économique des grandes plateformes qui ont un intérêt à mettre en avant des contenus conflictuels ».

Retour des semences paysannes

Depuis le 11 juin, jardiniers amateurs et collectivités publiques peuvent enfin acheter des semences paysannes, c’est-à-dire non inscrites au catalogue officiel créé en 1932. L’obligation d’inscription avait permis à quelques multinationales, dont Monsanto, d’exercer un monopole ayant provoqué la disparition de 75 % de la biodiversité. On renoue ainsi, après des années de combat et de rebondissements, avec une pratique millénaire.

« Sein » n’y touche

Les commémorations pour les 80 ans de l’Appel du 18 juin vont laisser de mauvais souvenirs à Marine Le Pen. La visite de la présidente du Rassemblement national, qui revendique désormais un héritage gaulliste, sur l’île de Sein a suscité une vive opposition des habitants et des élus locaux, qui ont avancé l’heure de la cérémonie pour que la fille de Jean-Marie Le Pen n’y participe pas. Résistance un jour…

Front anti-Verts à Lille

Lille, sa Grand’Place, ses éléphants socialistes… et leurs alliés de circonstance. Mise en danger par le maintien de la candidature d’EELV au second tour, Martine Aubry a reçu des soutiens pour le moins ambigus. La droite, incarnée par Thierry Pauchet, élu de l’opposition au conseil municipal, la préfère en effet aux « écolos-marxistes ». L’occasion, peut-être, de s’interroger sur l’héritage du marxisme dans la pratique du socialisme municipal.


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