Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Décolonisation : Le « non, mais » calédonien

Bien que l’État se soit engagé à une complète neutralité, Emmanuel Macron n’a pu s’empêcher d’exprimer son « profond sentiment de reconnaissance » – en français : « ouf ! » – à l’égard des partisans du non à l’indépendance, qui l’a emporté, le 3 octobre, en Nouvelle-Calédonie-Kanaky. Mais, comme lors du précédent référendum en 2018, si les anti-indépendantistes ont gagné, c’est le camp d’en face qui sourit. Avec 53,26 %, le « non » recule de trois points et demi par rapport au score d’il y a deux ans, déjà considéré comme faible. D’autant que la participation a beaucoup augmenté (plus de 85 %). Autant d’indices que l’envie d’en finir avec la souveraineté française gagne bien au-delà des seuls Kanaks. Et que le projet porté par le FLNKS et ses alliés, qui souhaitent construire une société souveraine et plurielle, séduit d’autres composantes de la population. Car l’archipel reste très marqué par les inégalités sociales, que le processus engagé après les accords de Matignon en 1988 est loin d’avoir résolues.

L’accord de Nouméa de 1998 a prévu qu’il puisse y avoir trois référendums successifs. Les indépendantistes ont déjà annoncé qu’ils demanderaient que le troisième soit organisé en 2022 (ils ont suffisamment d’élus pour le faire), mais leurs opposants vont maintenant tout faire pour l’éviter. Il se profile donc une nouvelle négociation entre les différentes forces politiques de l’île, poussée notamment par Calédonie ensemble, parti de centre droit plus ouvert sur des évolutions institutionnelles. Son chef, le député Philippe Gomès, a déclaré vouloir « conjuguer souveraineté et République au lieu de les opposer ». Car, quel que soit le résultat du référendum de 2022, ses lendemains seront compliqués : on ne peut imaginer que la revendication décoloniale s’éteigne d’un coup, d’autant que la dynamique créée par le FLNKS lui donne une force inédite. La clé réside sans doute à Paris, qui n’a jamais affiché une volonté de décoloniser le pays, ce à quoi l’incite le Comité spécial de la décolonisation des Nations unies depuis 1986.

Artsakh : Un conflit hautement inflammable

L’offensive lancée par l’Azerbaïdjan contre le Haut-Karabakh, le 27 septembre, est une véritable opération de reconquête de cette enclave peuplée de 150 000 Arméniens sur son territoire, autoproclamée République d’Artsakh. Elle a probablement déjà fait plusieurs centaines de morts, dont des civils. L’Arménie, viscéralement liée à l’Artsakh, a décrété la mobilisation générale. Une telle intensité de conflit renvoie à 1994, quand la victoire militaire d’Erevan lui avait permis d’occuper en Azerbaïdjan une zone tampon qui, depuis, relie le Haut-Karabakh à l’Arménie. Bilan : 30 000 morts, et un précaire équilibre armé depuis vingt-cinq ans. Le dictateur Aliyev, au pouvoir à Bakou, appelle depuis toujours à la revanche, déployant un considérable effort d’armement financé par la manne pétrolière. Cependant la Russie, étroitement liée à Erevan mais en bons termes avec Bakou, veillait à ce que les mèches ne se rallument pas dans ce Caucase du Sud inflammable, où elle fait aussi opportunément commerce d’armes avec les deux belligérants.

La reprise des hostilités semble pourtant avoir pris Moscou par surprise. Si Aliyev a fini par passer à l’acte, justifiant sa rhétorique aux yeux de son opinion, c’est qu’il se sait soutenu par son allié turc – les deux nations ont des racines communes. Outre l’enjeu nationaliste, cette nouvelle guerre traduit la lutte d’influence à laquelle se livrent la Turquie et la Russie. Erdogan a envoyé près de 1 000 supplétifs syriens combattre avec les Azerbaïdjanais. Et Ankara entend sécuriser les pipelines qui l’approvisionnent en énergie depuis Bakou via la Géorgie voisine. Quant aux États-Unis, où une forte diaspora arménienne sait en général se faire entendre, ils sont absorbés par leur présidentielle et la santé de Trump.

Si un conflit ouvert dépassant l’Arménie et l’Azerbaïdjan reste improbable, le rapport de force entre les puissances régionales pourrait cependant s’accommoder d’un « moindre mal », à savoir la disparition de l’Artsakh, hypothèse qui n’a jamais été aussi forte.

Prison : Dignité pour les détenus provisoires

Dans une décision rendue le 2 octobre, le Conseil constitutionnel s’est fâché tout rouge contre l’impossibilité pour une personne en détention provisoire – présumée innocente – de saisir le juge pour mettre fin à une situation « contraire à la dignité de la personne humaine ». Jusque-là, elle pouvait demander au juge d’être libérée à cause d’une détention provisoire trop longue ou d’un problème de santé, mais pas pour atteinte à sa dignité. Le Conseil exige donc du Législateur « de garantir aux personnes placées en détention provisoire la possibilité de saisir le juge de conditions de détention contraires à la dignité de la personne humaine, afin qu’il y soit mis fin ». Il impose au gouvernement de légiférer avant mars 2021. Un délai donné à l’État, car l’application immédiate de cette décision « entraînerait des conséquences manifestement excessives ». Vu l’état indigne des prisons, cela pourrait se résumer à tout le monde dehors !

Covid-19 : Le corps de Trump à la science

Le « cas » Trump est promis à un bel avenir dans la littérature scientifique. À la suite de l’annonce, le 2 octobre, de son diagnostic positif, la veille au soir, au Covid-19, ses heures précédentes ont été décortiquées par la presse. Un « contact tracing » participatif qui a permis d’identifier 277 contacts, dont 25 avaient été testés positifs au 6 octobre. Et l’occasion de tester in vivo certaines hypothèses sur la transmission virale. Côté traitements, le Président est un essai clinique à lui tout seul. Il s’est vu administrer un cocktail d’anticorps monoclonaux, une piste prometteuse mais aux données parcellaires, d’autres substances non prouvées et… du remdesivir (au grand dam, on l’imagine, de Didier Raoult) ! Le 5 octobre au matin, une avalanche de tweets en majuscules a aussi permis de confirmer les effets euphorisants des corticoïdes. À défaut d’avoir pris le virus au sérieux, Donald Trump fait au moins avancer la médecine. Souhaitons-lui un prompt rétablissement et une belle défaite le 3 novembre.

Racisme : Le sale buzz de CNews

Déjà trois fois condamné en justice, Éric Zemmour s’est livré à une nouvelle provocation, le 29 septembre, sur CNews. Évoquant la question des mineurs isolés après celle de l’attentat devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, le chroniqueur de la chaîne de Bolloré a déclaré : « Ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent. » Saisi de nombreuses plaintes, le CSA a fait un signalement au -procureur de la République, qui a ouvert une enquête pour « provocation à la haine raciale » et « injures publiques à caractère raciste ». Fait rare, plusieurs départements dirigés par le PS qui accueillent ces mineurs ont fait part de leur intention de déposer plainte, comme SOS Racisme et la Licra. La responsabilité de CNews est également engagée : l’émission était différée, et c’est la chaîne elle-même qui a diffusé sur Twitter la séquence scandaleuse. Cette recherche effrénée du buzz devrait lui coûter cher.

Haro sur le trafic aérien

Sur le tarmac de Roissy-Charles-de-Gaulle, des banderoles rouges ont fleuri : « Non au T4 ! » Près d’une centaine de militant·es écologistes y ont convergé, le 3 octobre, à l’appel d’Alternatiba et ANV-COP 21, pour s’opposer à la construction d’un terminal 4. Le même jour, d’autres actions ont été organisées à Nantes (photo), Montpellier ou Besançon… Le mot d’ordre est le même : faire front contre le développement des infrastructures aéroportuaires, un contresens à l’heure d’un nécessaire ralentissement du trafic aérien.

Fariba Adelkhah toujours otage de Téhéran

La chercheuse franco-iranienne est sortie de prison le 3 octobre. Mais elle ne peut quitter Téhéran et doit porter un bracelet électronique. Directrice de recherches à Sciences Po ayant la double nationalité, elle a été arrêtée en juin 2019 avec son compagnon et collègue, Roland Marchal (rentré à Paris depuis), avec qui elle menait des recherches sur place, et condamnée à six ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Fariba Adelkhah reste donc otage du régime, qui se sert de binationaux comme leviers diplomatiques.

Le retour des néonicotinoïdes

L’Assemblée a voté le 6 octobre le projet de loi visant à réintroduire les néonicotinoïdes dans les champs de betteraves, dont la filière connaît des difficultés. Jusqu’à présent, le gouvernement avait assuré qu’il ne reviendrait pas sur l’interdiction du produit, fixé par la loi sur la biodiversité de 2016. À l’époque, c’était l’actuelle ministre de l’Écologie, Barbara Pompili, qui présentait la loi.

« Naufrage » du chômage partiel

À en croire plusieurs études (Ugict CGT, Technologia), entre un quart et un tiers des salariés placés en activité partielle déclarent avoir continué à travailler. « Un véritable naufrage, qui résulte de choix politiques », s’indigne, le 2 octobre, la CGT TEFP (ministère du Travail), dénonçant les réductions d’effectifs dans l’administration. Selon le syndicat, le ministère cherche en outre à minimiser l’ampleur de cette gabegie.

Urgences, les pauvres paieront

Payer les urgences quand votre passage ne conduit pas à l’hospitalisation ? C’est la nouvelle idée du gouvernement pour désengorger les urgences et, dit-il, limiter le reste à charge pour les patients : le ticket modérateur serait forfaitaire. La mesure figure dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, présenté le 7 octobre. Quid des 5% de malades sans mutuelle, qui entrent dans un parcours de soin via les urgences ?

La Sécu a 75 ans

Les initiatives se multiplient pour célébrer le soixante-quinzième anniversaire des ordonnances d’octobre 1945 créant la Sécurité sociale. Une manière, pour la CGT et la Convergence des services publics, notamment, de rappeler que cet acquis social sans équivalent a été obtenu dans une période de profond tumulte et qu’il est aujourd’hui menacé par une privatisation rampante.


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