Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Présidentielle de 1995 : Deux tricheurs « sagement » absous

La consultation par la cellule investigation de Radio France des archives du Conseil constitutionnel, rendues publiques vingt-cinq ans après leur rédaction, confirme par le détail ce que l’on savait déjà partiellement depuis dix ans. Chargés de vérifier la régularité des dépenses de campagne des candidats à l’élection présidentielle de 1995, les neuf (mal nommés) « Sages » qui le composaient ont validé les comptes irréguliers d’Édouard Balladur et de Jacques Chirac. Les deux rivaux de la droite avaient explosé le plafond des dépenses autorisé – d’au moins six millions de francs pour le premier, cinq millions pour le second –, omis d’intégrer de nombreux éléments dans leur comptabilité et abondé celle-ci d’importants versements en liquide… Les conseillers constitutionnels ont toutefois unanimement considéré qu’une invalidation des comptes du président élu, Jacques Chirac, ouvrirait une crise politique. Une considération de pure opportunité politique, dont a bénéficié son challenger. Pour ne pas faire de jaloux ?

Gauche : Rubirola vante l’exemple marseillais

Michèle Rubirola a éteint la rumeur : elle n’a aucune intention d’abandonner la mairie de Marseille, comme l’avait suggéré un article du Monde. Dans un entretien donné à Libération le 26 octobre, l’écologiste et son premier adjoint PS Benoît Payan affirment : « Nous fonctionnons en binôme et ça nous convient très bien. » Questionnée sur l’exemplarité de la large coalition du Printemps marseillais qui leur a donné la victoire, la maire s’en réjouit et appelle la gauche et les écolos à, « sur toutes les élections », surmonter les « batailles d’ego autour de la personne du monarque de la Ve République qui aujourd’hui confine à l’irresponsabilité des uns et des autres ». Et elle a renouvelé son adhésion à EELV, en vue du « congrès qui va définir les stratégies ».

Conflits d’intérêts : Un décret en forme d’aveu

Édité le 23 octobre, signé par le Premier ministre, un décret éloigne Éric Dupond-Moretti des affaires judiciaires dans lesquelles ce dernier avait été impliqué au cours de sa carrière d’avocat. Le 18 septembre, le nouveau garde des Sceaux ordonnait une enquête administrative contre trois magistrats du Parquet national financier (PNF) aux airs de vengeance, alors que le Dupond-Moretti encore avocat avait déposé une plainte – retirée depuis – contre le PNF en juin dernier. Un potentiel conflit d’intérêts parmi d’autres, toujours nié par le principal intéressé. Pourtant, c’est « sur la proposition du garde des Sceaux » qu’a été signé le décret du 23 octobre. « Ainsi donc il y avait bien conflit d’intérêts ? » s’est empressé de demander le Syndicat de la magistrature.

Chili : La fin de la Constitution « Pinochet »

Par 79 % des voix, les Chilien·nes ont décidé de remplacer la Constitution, entrée en vigueur en 1980 sous le dictateur Pinochet. Une victoire de la rue : l’an dernier, le président Piñera (droite) avait dû concéder ce référendum sous la pression, durant plusieurs semaines, d’un mouvement citoyen massif contre l’injustice sociale, et qui menaçait sérieusement le pouvoir. Les conservateurs se retrouvent fortement fragilisés par ce raz-de-marée des urnes : ils étaient jusqu’alors parvenus à bloquer toutes les tentatives de changer une loi fondamentale assez unique au monde, qui limite les interventions de l’État et fait la part belle à l’initiative privée dans des services publics comme l’éducation, la santé, la politique des retraites ou l’accès à l’eau. En avril prochain, les Chilien·nes éliront une assemblée citoyenne pour produire la nouvelle constitution, qui devra être approuvée dans les urnes en 2022.

Pologne : L’IVG quasi interdite

C’est un coup de massue pour la société polonaise : jeudi 22 octobre, le Tribunal constitutionnel a décidé, par 11 voix contre 2, qu’avorter pour cause de malformation grave du fœtus était illégal. Déjà l’objet d’une législation parmi les plus restrictives de l’Union européenne, l’interruption volontaire de grossesse est désormais limitée en Pologne aux cas de viol, d’inceste et de menace pour la santé et la vie de la mère… qui n’ont compté que pour 2 % du millier d’interventions légalement réalisées en 2019. Autant dire que l’IVG vient d’être interdite, à la grande satisfaction de l’ultraconservateur Parti droit et justice (PiS), au pouvoir et sous forte influence d’un clergé catholique très traditionaliste.

La manœuvre a été qualifiée d’« infamie politique » par Donald Tusk (droite, démocrate-chrétien), ancien président du Conseil européen et influent dans son pays. Car le PiS, qui avait en vain attaqué l’IVG par la voie législative, a cette fois actionné un Tribunal constitutionnel dévoué, où il place ses allié·es depuis 2015, tenu pour illégitime par l’opposition. Et en pleine crise du Covid-19, qui entrave fortement les mobilisations. En 2016 et 2018, les grandes « manifestations noires » de femmes avaient permis de repousser les assauts anti-IVG du PiS.

Privatisation du rail

En marge du plan qui doit sceller le sort des petites lignes, le magazine Contexte nous apprend que la privatisation ne concernera plus seulement la circulation des trains, mais aussi la maintenance des rails. Les régions, qui vont hériter des petites lignes, auront en effet l’obligation de recourir au privé pour entretenir leur bijou vieillissant. Une belle aventure commence pour Vinci, Bouygues et Eiffage, confortés par le tonitruant succès de la privatisation des autoroutes !

La bombe interdite (en principe)

Adopté en juillet 2017 à l’ONU grâce au vote de 122 pays, le traité prohibant l’utilisation et le développement des armes nucléaires a été ratifié, le 24 octobre, par un cinquantième pays (le Honduras), déclenchant son entrée en vigueur sous 90 jours. Une belle victoire… de principe : aucun des neuf pays possesseurs (déclarés ou pas) n’y a adhéré, ils peuvent donc l’ignorer.

Décrocheurs relaxés

Au nom de la liberté d’expression, décrocher le portrait de Macron dans une mairie est légitime, car ce geste non-violent s’inscrit dans un débat d’intérêt général sur l’urgence climatique : le tribunal d’Auch a énoncé clairement pourquoi il a relaxé le 27 octobre cinq militants d’ANV-COP21, qui étaient poursuivis pour « vol en réunion » et risquaient cinq ans de prison.

Le Bélarus fait front

Les Bélarusses ne lâchent pas. Dimanche 25 octobre, une manifestation a encore rassemblé 100 000 personnes à Minsk (523 arrêtées). Le 26, le pays s’est mis en grève. S’il est impossible d’estimer le nombre de grévistes, le mouvement semblait largement approuvé par la population. Le tyran Loukachenko, lui, reste inflexible. À l’ONU, 53 pays et entités observatrices ont réclamé que soient « poursuivis les responsables de violations des droits humains ».

Autrement louche

Sous le même toit cohabitent le lycée privé Autrement, présidé par Stéphanie Auzière, fille de Brigitte Macron, et une prépa du même nom. Celle-ci a recruté comme enseignant Pascal Gauchon, dirigeant du Parti des forces nouvelles dans les années 1970, un parti néofasciste… La belle-fille du président se défend de tout lien avec lui, sauf que Christophe Cadet, le directeur de la prépa, est aussi le secrétaire général de son lycée. Le monde est petit.

De l’éthique chez Bolloré

« Personne ne songerait à faire débattre Dieudonné tous les jours. » Tels sont les propos du syndicat +Libres de Canal+. À la suite de nouveaux propos xénophobes d’Éric Zemmour (déjà plusieurs fois condamné), officiant chaque soir sur CNews, le comité d’éthique de Canal+ a dénoncé de son côté « le manque d’honnêteté intellectuelle » et de « pluralité » de l’émission centrée sur lui. Il y a donc un comité d’éthique dans le groupe dirigé par Bolloré ! On est rassurés.


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