Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Covid-19 : 17 millions de morts d’un coup

Ce ne sont pas des humains, mais des visons, passés en quelques heures de vie à trépas au Danemark. Une souche mutante du Covid-19 a été détectée dans quelques élevages, contaminant une dizaine de personnes. Le gouvernement a décidé d’éradiquer tout le cheptel danois, voulant éviter le scénario catastrophe d’une épidémie parallèle résistant aux vaccins en cours de mise au point contre le virus actuel.

Polémique dans le pays, premier exportateur de fourrure de vison pour l’industrie du luxe. Pas tant le carnage que l’affolement du gouvernement, qui a incité à l’abattage en dehors de tout texte légal. Faute réparée. Puis la profession s’est émue qu’une alerte localisée décide de l’extinction de la filière. Jusqu’à fin 2021, dit le gouvernement. Pour toujours, sont convaincus les professionnels.

La belle opportunité !, appuient les écolos, en lutte depuis longtemps contre ces élevages et un commerce frappé d’obsolescence dans de nombreux pays. Alors qu’il subsistait le sentiment mitigé que le cœur du problème covid n’est pas, pour une fois, directement lié à la destruction de la nature, le rôle des perturbations écologiques dans la crise sanitaire fait un retour en force, sur fond d’images écœurantes de bennes charriant des cadavres par milliers. Depuis les marchés d’animaux vivants de Wuhan, on n’avait guère glosé sur la menace explosive que représentent les méga élevages industriels, formidable réacteur biologique pour les prions, bacilles et virus de toute sorte – vache folle, peste porcine, grippes aviaires, etc. –, dont on constate qu’ils se moquent de plus en plus fréquemment de la barrière d’espèces.

Libertés : L’ONU étrille la loi « sécurité globale »

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU met en garde l’exécutif dans une lettre ouverte le 12 novembre sur « les atteintes importantes aux droits de l’Homme et aux libertés fondamentales » que pourrait induire l’adoption de la loi « sur la sécurité globale ». Plus spécifiquement, le Conseil des droits de l’homme avait été saisi par la Ligue des droits de l’Homme concernant l’article 24 de la proposition de loi, qui crée un délit de diffusion d’images des forces de l’ordre punissable d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. L’avis des rapporteurs est sans équivoque : « La publication d’images et d’enregistrements relatifs à des interventions de police est non seulement essentielle pour le respect du droit à l’information, mais est en outre légitime dans le cadre du contrôle démocratique des institutions publiques. » Publiée cinq jours avant que ne démarre l’examen de la proposition de loi, le 17 novembre, la lettre est un premier revers pour la majorité. Des rassemblements sont prévus le jour même pour s’opposer au texte dans plusieurs villes, dont Paris, Toulouse et Bordeaux.

Moyen-Orient : Disparition de Saeb Erekat

La mort, le 10 novembre, de Saeb Erekat, terrassé par le Covid-19, est comme le symbole d’une page qui se tourne dans l’histoire palestinienne. Secrétaire du comité exécutif de l’OLP, il était depuis 1991, au côté de Yasser Arafat, puis de Mahmoud Abbas, l’inamovible négociateur de l’Autorité palestinienne. Cet intellectuel, homme de contacts, était de cette génération de dirigeants qui ont tout misé sur une solution à deux États torpillée par Netanyahou. Un échec qu’il vivait amèrement. Erekat disparaît alors qu’un faible espoir renaît après l’élection de Joe Biden qui devrait renouer des relations avec les Palestiniens, avec une probable réouverture du bureau de représentation palestinienne à Washington et un retour de l’aide à l’Office aux réfugiés (UNRWA). On peut aussi penser qu’Israël devra abandonner son plan d’annexion de la Cisjordanie. Les talents de Saeb Erekat vont faire défaut dans une période plus favorable après le calamiteux mandat Trump.

Sahara occidental : Le Maroc rompt le cessez-le-feu

Point de passage aux exportations marocaines vers la Mauritanie, la zone tampon de Guerguerat était administrée (depuis 1991) par la Minurso, mission de l’ONU au Sahara occidental, censée préserver un -cessez-le-feu dans l’ex-colonie espagnole que se disputent depuis 1975 le Maroc et le Front Polisario sahraoui. Mais ce statu quo (fragile) vient de voler en éclats ce 13 novembre, après une incursion militaire marocaine dans cette mince bande de sable de cinq kilomètres car, depuis fin octobre, une mobilisation de civils sahraouis y bloquait des centaines de camions, surtout -marocains. Faiblement défendus par quatre canons légers du Polisario, ces -Sahraouis ont donc été chassés par l’armée de Rabat, qui a envoyé au moins un millier d’hommes et plus de 200 véhicules armés. Depuis, quelques unités du Polisario ont ouvert le feu, à divers endroits de la « frontière » avec la zone que ce dernier contrôle (20 % du territoire). L’un des plus anciens conflits coloniaux d’Afrique est donc peut-être en train de reprendre, dans une région sahélienne où le Polisario parvient à encadrer une population qui pourrait être tentée de rejoindre les rangs jihadistes…

Brésil : Bonnes nouvelles des urnes

On votait ce 15 novembre au Brésil pour élire maires et conseils municipaux. Et la gauche retrouve un peu le sourire. Si le PT (de Lula) est toujours en pénitence, avec, parmi les 26 capitales d’État, la seule Marília Arraes au second tour le 29 novembre à Recife, la surprise vient du PSOL (gauche) : Edmílson à Belém, et surtout Guilherme Boulos à São Paulo, disputeront la mairie au centre-droit. L’éclaircie se mesure aussi à la croissance du nombre de conseiller·es municipaux, comme à Rio où la compagne de Marielle Franco, assassinée en 2018, est élue, ou à São Paulo, dont 31 % sont PT ou PSOL. Et c’est conjointement un recul du populisme d’extrême droite : les deux tiers des candidats soutenus par Bolsonaro ne seront même pas présents au second tour.

En Bosnie, revers pour les nationalistes

Les élections municipales du 15 novembre ont vu le succès de coalitions citoyennes et de partis de gauche dans les grandes villes de Bosnie-Herzégovine, administrées depuis la fin de la guerre (1992-1995) par les partis ethno-nationalistes, dans ce pays fédéral. Ces partis ont ainsi subi des revers importants, notamment dans la jeunesse. Un espoir pour une future évolution démocratique et non ethniciste ?

Une crise alimentaire menace

Blé, maïs, soja… Les cours des produits agricoles s’envolent de 30 % depuis avril, selon Bloomberg. En raison notamment d’une vague d’achats « de précaution » ordonnée par les États d’Afrique du Nord. Sur fond de pandémie, ils constituent des stocks pour éviter, chez eux, une envolée des cours qui fut une des causes du Printemps arabe. Cette explosion de la demande se conjugue avec des rendements agricoles diminués par les sécheresses. Pour les pays et les populations les plus pauvres, derniers servis, « les perspectives sont lugubres », s’inquiète David Beasley, directeur du Programme alimentaire mondial (FAO) des Nations unies.

Le ferroviaire, à la découpe

La SNCF vend ses bijoux de famille. Après ses filiales de location de matériel Akiem et Ermewa, sa filiale de transport routier Geodis risque d’être en partie vendue à la concurrence, prévient la CGT Cheminots (ce que nie la SNCF). 5 000 emplois seraient également menacés en 2021. Le tout pour éponger les pertes liées au coronavirus, insuffisamment compensées par l’État… Ce dernier se montre pourtant généreux avec les secteurs aérien et automobile.

Le Sénat et les retraites

Indifférent à la crise économique et sociale causée par l’épidémie de Covid-19, le Sénat a tenté de relancer la réforme des retraites. Au prétexte d’équilibrer le régime de base en 2030, un amendement LR au projet de budget de la Sécu, adopté en catimini le samedi 14 novembre, voudrait repousser l’âge légal de départ à la retraite à 63 ans en 2025 et allonger la durée de cotisations à 43 annuités dès la génération 1965…

Campagne pour Radio Parleur

Radio libre, indépendante et gratuite, créée en 2016, tournée vers les mouvements et les luttes sociales, pratiquant un journalisme de terrain, Radio Parleur lance sa campagne de dons, avec la volonté de continuer à fabriquer des podcasts (entretiens, reportages, émissions, documentaires et créations sonores). Objectif affiché sur le site (radioparleur.net) : récolter 20 000 euros.


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