Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Sahara occidental : Trump marie Israël et Maroc

Personne n’en parle. Ou presque. Depuis le 13 novembre dernier, la rupture du (fragile) cessez-le-feu de 1991 par le Front Polisario, suite à l’occupation militaire marocaine illégale du point de passage de Guerguerat vers la Mauritanie, semble bien s’être transformée en conflit armé ouvert. En dépit de l’absence quasi totale de journalistes ou d’observateurs internationaux sur place – interdits par le Maroc –, une véritable guerre paraît être en cours, avec son inévitable compte de morts et de blessés. Des témoignages, comme celui d’un ex-officier de l’armée de l’air marocaine réfugié aux États-Unis, font état de difficultés de l’armée de Rabat, déjà « rongée par la corruption », à déployer et organiser ses forces le long des « murs de sable » construits pour protéger le fait accompli de cette occupation coloniale. Et l’armée marocaine subirait des bombardements réguliers des forces du Polisario, la jeunesse sahraouie semblant particulièrement motivée pour reprendre la lutte armée, après des décennies de luttes politiques mal relayées au niveau international.

C’est dans ce climat particulièrement tendu que Donald Trump, encore président pour cinq semaines, a rompu avec des décennies de politique américaine de relative neutralité, en reconnaissant la prétendue « marocanité » de l’ex-colonie espagnole, en échange de la « normalisation » des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël (qui intervient après celle de l’État hébreu avec le Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Soudan). En outre, Trump a promis de financer à hauteur d’au moins un milliard de dollars l’achat d’armes et de drones pour le Maroc. Si le ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, a déclaré au Monde que « le Maroc ne lâche pas la cause palestinienne », ses relations avec Israël étaient déjà relativement étroites. Le royaume chérifien semble ainsi avoir sacrifié ses timides sentiments pro-palestiniens sur l’autel de sa volonté coloniale au Sahara. Mais cela suffira-t-il pour conserver ce territoire dont le peuple sahraoui ne cesse de lutter contre sa présence ?

Régie de l’eau : Le Sedif n’aime pas la démocratie

Le puissant Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif) entend punir les communes qui voudraient le quitter. C’est le cas notamment de deux établissements publics territoriaux (EPT) de gauche et écologistes, Est Ensemble (Seine-Saint-Denis) et Grand Orly Seine-Bièvre (Val-de-Marne), qui veulent créer une régie publique pour une partie des services de l’eau : le Sedif a opté pour une délégation au mastodonte Veolia.

Les EPT ont jusqu’au 31 décembre pour passer à l’acte, mais ils ne sont pas prêts et demandent un délai -supplémentaire, jusqu’à septembre 2021 – études incomplètes, référendums locaux souhaités à la suite des dernières municipales, retards dus au Covid-19, etc. C’est non, dit le Sedif, qui promet une hausse des tarifs, considérant ces EPT comme clients extérieurs au 1er janvier. Et les invite à rentrer au bercail, comme penaudement l’EPT Plaine Commune, alléguant désormais que la bataille doit se mener en interne. Car le syndicat réexamine son mode de gestion en 2023. Pour un possible retour en régie ? Peu crédible, tant il reste confortablement dominé par la droite.

Inde : Ouvriers et paysans révoltés

La classe ouvrière indienne n’en peut plus du néolibéralisme. Après deux mois d’un vaste mouvement de paysans du nord de l’Inde, qui s’étend aujourd’hui jusqu’aux portes de Delhi, contre la libéralisation des marchés agricoles, ce sont des ouvriers de la banlieue de Bangalore (où se concentre le secteur de l’informatique), d’un sous-traitant taïwanais d’Apple fabriquant des iPhone, qui se sont révoltés le 12 décembre. Non payés depuis quatre mois, ils ont manifesté – non sans violence – après avoir découvert que leurs maigres salaires, enfin versés, avaient été amputés de moitié. Cette mobilisation spontanée s’inscrit dans une lutte plus générale contre la mise entre parenthèses du code du travail par le gouvernement Modi (nationaliste), au nom de la relance économique.

Convention citoyenne pour le climat : Macron-la-malice

Un référendum pour inscrire la lutte climatique dans la Constitution : voilà la pirouette tactique du Président le 14 décembre devant les participant·es à la Convention citoyenne pour le climat (CCC). Car, depuis des semaines, la polémique monte chez les écolos et à gauche devant le détricotage des 146 mesures (sur 149) livrées par la CCC et qu’il s’était engagé à transmettre « sans filtre » aux parlementaires. En lieu et place de décisions fortes, telle qu’une rénovation thermique obligatoire pour tout logement ancien mis en location, cette consultation (en 2021 ?) apparaît comme une ruse politicienne. Il sera difficile d’aller contre une évidence consistant peu ou prou à reconnaître la question climatique comme un défi primordial. Et pour un bénéfice potentiel important pour Macron, peu avant la présidentielle de 2022 : l’exercice du référendum est régulièrement vécu comme un test de popularité de l’exécutif.

Bolloré, sa main basse sur les médias

Déjà patron du groupe Canal, Vincent Bolloré, à la tête de Vivendi (outre Universal Music et Havas), propriétaire d’Editis (Nathan, Plon, Robert Laffont), s’apprête à reprendre l’ensemble du groupe Prisma Média (parmi de nombreux titres : Gala, Femme Actuelle, Géo, Télé-Loisirs, Capital). En négociation exclusive avec l’éditeur actuel propriétaire Gruner & Jahr (filiale de Bertelsmann), l’homme d’affaire breton tisse ainsi sa toile sur le marché des contenus. Avec sa ligne éditoriale réactionnaire affichée habituelle, à droite toute. Voire plus.

John le Carré fait le mur

Si plusieurs des romans de John le Carré, mort à 89 ans le 12 décembre, ont été adaptés à l’écran, son œuvre est avant tout ancrée dans la littérature, et pas n’importe laquelle. En une vingtaine de titres, entre Tolstoï et Graham Greene, le Carré a dressé une fresque des grandes questions géopolitiques de la seconde moitié du XXe siècle à travers les jeux complexes de l’espionnage. L’Espion qui venait du froid, en 1963, l’a rendu mondialement célèbre. Ont notamment suivi La Taupe (1974), Single & Single (1999) ou, entre les deux, La Petite Fille au tambour (1983), livrant une vision du conflit israélo-palestinien montrant que la cause du peuple de Palestine lui était familière.

La peau des chamois

Vous reprendrez bien une tranche de chamois ? Les chasseurs des Hautes-Alpes ayant été privés de tirs à balles réelles pendant le confinement, la préfecture leur a généreusement accordé une rallonge jusqu’au 10 janvier (au lieu du 30 novembre). « Il n’y a strictement aucune nécessité écologique, sanitaire ou agricole à tirer sur ces animaux », a bondi le naturaliste Pierre Rigaux.

Un jugement de Salomon

En 2015, le maire (LR) de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, avait fait voter la suppression des menus de substitution au porc afin de « rétablir un fonctionnement neutre et laïque » des cantines municipales. Un motif récusé par le Conseil d’État. Proposer de tels repas ne contrevient pas aux « principes de laïcité et de neutralité du service public », a-t-il jugé le 11 décembre… tout en rappelant que les collectivités n’ont pas l’obligation de fournir des menus de substitution au porc.

Flics violents à Lesbos

Trois gardes-frontières et un policier grecs ont été inculpés pour sévices, torture et infractions aux lois contre le racisme, après une vidéo les montrant en train de battre violemment deux réfugiés à terre (dont l’un menotté) à Lesbos, île où des milliers de migrants sont entassés dans des conditions indignes au sein de « camps de la honte ». Les quatre fonctionnaires ont été suspendus, mais laissés en liberté jusqu’à leur procès…

Rubirola passe la main

Après des mois de rumeurs, Michèle Rubirola, qui a fait basculer sa ville à gauche en juin à la tête de la liste Printemps marseillais, a décidé de céder son fauteuil de maire à son premier adjoint, Benoît Payan (PS). Médecin dans les quartiers populaires, l’écologiste lui avait déjà confié l’intérim en raison de problèmes médicaux en septembre. Cette inversion des rôles ne change rien à la majorité municipale.


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