Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Équateur : L’ascension Yaku Pérez

Le premier tour de la présidentielle en Équateur, dimanche dernier, a comme attendu placé le socialiste Andrés Arauz en tête (32,1 %). Mais en recul sur les estimations : il le doit à la poussée de Yaku Pérez (20 %, doublant la prévision), qui devance, autre surprise, le candidat de droite Guillermo Lasso (19,5 %), alors que plus de 99 % des bulletins ont été dépouillés au moment où nous bouclons. Le trublion, porté par le parti indigéniste socialiste Pachakutik, serait ainsi le premier candidat autochtone à réaliser une telle performance, dans ce pays où les peuples améridiens dominent la démographie.

Pérez est l’une des figures marquantes des manifestations d’octobre 2019 contre l’austérité, les plus importantes de l’histoire récente du pays. Il incarne l’ascension d’une opposition moderne au socialisme de Rafael Correa. Face au productivisme de l’ex-Président, dont Arauz est le poulain déclaré, Pérez affiche un programme social, écologique et post-colonial déterminé. S’il était acquis que le second tour (prévu en avril) serait un « pour ou contre Correa », l’équation se brouille pour le potentiel favori qui envisageait le confort relatif d’un affrontement face à Lasso.

Commerce : Une multinationale attaque la sortie du charbon

Les Pays-Bas ont décidé de sortir du charbon d’ici à 2030, ce qui n’arrange pas les affaires de la multinationale de l’énergie RWE, exploitante d’une centrale. Cette dernière vient donc de déposer plainte devant un tribunal arbitral, pour réclamer une compensation qui pourrait se chiffrer en milliards. C’est une des vertus d’un accord international signé en 1994, de plus en plus utilisé par les multinationales pour protéger leurs investissements dans les énergies fossiles contre la transition énergétique : le traité sur la charte de l’énergie. « Ce genre de poursuite ne peut que dissuader les mesures ambitieuses », dénonce le collectif Stop Ceta-Mercosur, engagé de longue date contre ce texte. 250 parlementaires européens ont demandé à la Commission d’envisager un retrait de l’accord, rejoint par 4 ministres français. Une mobilisation s’organise pour les prochaines semaines, afin de les inciter à joindre le geste à la parole.

Grèce : Les flics retournent dans les facs

« Nous voulons des livres, pas des flics ! » C’est l’un des slogans des récents rassemblements d’étudiants grecs. Ceux-ci protestent nombreux contre le projet du gouvernement de créer un corps de mille policiers dans les facultés.

Le Premier ministre, Kyriákos Mitsotákis, avait déjà aboli, à son arrivée au pouvoir en 2019, la loi dite de « l’asile universitaire » qui, depuis la fin de la dictature des Colonels (1974), interdisait à la police de pénétrer dans les universités. Ce gouvernement choisit ainsi d’investir dans la répression des facultés, très déshéritées mais hauts lieux de contestation. Les étudiants d’Istanbul, eux-mêmes en lutte contre un gouverneur aux ordres du pouvoir, ont exprimé leur solidarité avec leurs collègues grecs, fait pour le moins inhabituel…

Marseille : Franck Ferrand, on s’en passe

Cocasse : la mairie de Marseille, pour laquelle Franck Ferrand signait des podcasts, a décidé de rompre sa collaboration avec le pseudo-historien-journaliste-animateur. Motif : ses entrées récentes à Valeurs actuelles et CNews. Ses productions, qui avaient été commandées par l’ancienne majorité de droite, ont été supprimées de la plateforme en ligne. Le groupe d’opposition LR a apporté son soutien à Franck Ferrand, accusant la nouvelle municipalité de gauche écologiste d’avoir « réinventé le maccarthysme ». Du côté de la mairie, l’adjoint à la culture, Jean-Marc Coppola, a déclaré : « Si M. Ferrand veut se rapprocher de ce que pense M. Zemmour, c’est son problème. »

EDF : Une bataille centrale

Les négociations secrètes entre Paris et la Commission européenne devaient s’achever avant la fin 2020, pour l’écriture du plan « Hercule » de découpage d’EDF. Mais elles patinent et la ministre de l’Environnement, Barbara Pompili, a pour la première fois admis le 4 février devant l’Assemblée qu’un « plan B » pourrait être nécessaire. Une première victoire pour les agents, qui font front commun depuis le mois de novembre et se dépensent sans compter dans la bataille des arguments. Leur combat devient emblématique et pourrait le devenir de plus en plus, car le statu quo n’est pas tenable. Tôt ou tard, une loi EDF sera donc nécessaire. Et le pouvoir devra trancher entre la vision néolibérale de Bruxelles et la consolidation d’un réseau public et intégré d’électricité.

Une ZAD sur le Triangle de Gonesse

L’abandon du projet d’EuropaCity n’a pas sonné la fin de la mobilisation citoyenne. Une zone à défendre s’est installée entre les aéroports du Bourget et de Roissy pour s’opposer au projet de gare du Grand Paris Express et d’un quartier d’affaires. Les travaux de cette « gare inutile », en plein champ, doivent débuter prochainement, menaçant près de 110 hectares de terres fertiles, pour l’exploitation desquelles le Collectif pour le Triangle de Gonesse a élaboré un projet agricole alternatif. Les militants appellent à signer le Serment de Gonesse pour se déclarer « copropriétaires » de ces terres et ainsi s’engager « à [les] protéger contre toute tentative d’artificialisation et de destruction, quelle qu’elle soit ».

Bolsonaro coupe le jet

Décrétant qu’il n’y avait « plus de corruption au gouvernement », le président d’extrême droite a mis fin au Lava jato (lavage express). Le bilan est cependant contrasté pour cette gigantesque investigation judiciaire : 174 personnalités politiques et économiques incarcérées pour d’énormes pots-de-vin ponctionnés sur l’entreprise Petrobrás, mais aussi un lourd discrédit par la collusion avec les intérêts du pouvoir.

Prison, un mort de plus

Le 2 février, Jimony Rousseau, âgé de 28 ans, incarcéré à Meaux, est décédé. Il avait été hospitalisé quelques jours, après une violente altercation avec des surveillants. Le ministère de la Justice a diligenté une inspection. Mais les cas de violences commises sur des détenu·es restent souvent dans l’ombre, faute de preuves et d’enquêtes. Pour l’Observatoire international des prisons, « il est essentiel que le gouvernement s’empare de cette question. »

Le meurtre d’Adama Traoré

La mort d’Adama Traoré, le 19 juillet 2016, a été provoquée par un « coup de chaleur » mais « sans l’application [des] manœuvres de contrainte » effectuées par les gendarmes, « on peut penser que M. Traoré n’aurait pas présenté l’évolution dramatique constatée ensuite ». Telles sont les conclusions d’une nouvelle expertise que des médecins belges ont réalisée pour les juges d’instruction. Les arguties des forces de l’ordre sont ainsi invalidées.


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