Les échos de la semaine

L'oeil de Politis sur l'actualité de la semaine en bref.

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Birmanie : Le pays à feu et à sang

Banques, commerces et usines ont fermé lundi 8 mars à l’appel de neuf des plus gros syndicats birmans. Un durcissement de la grève démarrée au lendemain du coup d’État militaire du 1er février. Les manifestations s’intensifient aussi, aux cris de « non à la dictature ! », réprimées à balles réelles par la police et l’armée. Plus de cinquante manifestant·es sont morts depuis le début de la mobilisation, dont six femmes. Celles-ci sont en première ligne : elles représentent 60% des manifestants. Plusieurs centaines de personnes ont aussi été arrêtées depuis le 1er février, dont 518 Birmanes parmi lesquelles plusieurs journalistes, alors que l’ancienne Présidente, Ang San Suu Kyi, est toujours détenue au secret. Face à cette junte militaire violente, des députés ont créé un comité pour continuer de représenter le gouvernement civil. Par le biais des médias d’État, l’armée les menace de « haute trahison », un crime passible de la peine de mort…

Justice : Le procès Ulcan renvoyé

Il n’était pas là, Gregory Chelli, alias Ulcan, le 4 mars, devant le tribunal correctionnel de Paris où il devait être jugé pour ce qu’on appelle improprement ses « canulars ». Le petit chef de la Ligue de défense juive (LDJ) avait pour habitude de s’emparer du numéro de téléphone de ses futures victimes pour appeler la police à intervenir à leur domicile, prétextant d’un crime ou d’une prise d’otage. Au mois de juin 2015, Denis Sieffert, Pierre Haski, de Rue 89, et Daniel Schneidermann, d’« Arrêt sur images », ont ainsi été victimes de ce jeu sordide.

Denis Sieffert a reçu la visite de la police à 3 heures du matin, tandis qu’au même moment la police intervenait au siège de Politis. Quelques jours auparavant, le président de l’Union juive française pour la paix, Pierre Stamboul, avait eu droit chez lui à une descente nocturne et musclée du GIGN. Les victimes d’Ulcan avaient en commun d’avoir critiqué la colonisation israélienne. L’audience a été reportée pour permettre à Chelli d’être présent. Mais le petit voyou vit en Israël, qui refuse de l’extrader. Tandis qu’en France la LDJ n’est toujours pas dissoute. Il aura encore à répondre de la mort du père d’un journaliste de Rue 89, victime indirecte de l’un de ses « canulars ».

Libre-échange : Discorde européenne

L’Autriche craint un coup de Trafalgar dans le processus de validation du gigantesque accord de libre-échange UE-Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay). Très critiqué en Europe, cet accord pourrait être scindé en deux : les mesures de libéralisation du commerce relevant de la seule compétence de l’UE seraient votées par le Parlement européen, pendant que la partie sensible (création d’un tribunal arbitral dédié aux multinationales) continuerait son parcours d’obstacles avec un vote de chaque État membre. Le Portugal, qui occupe la présidence tournante de l’UE, espère faire avancer le dossier. L’Autriche a donc pris la plume pour demander « un vote transparent […] sans manœuvre politique ». En 2019, son Parlement avait rejeté l’accord à l’unanimité.

Italie : pas de droits… mais du chocolat !

C’est le 8 mars qu’a débuté la révolution russe en 1917. Dans le monde entier, c’est un jour de mobilisation des femmes pour leurs droits. Mais, en Italie, c’est désormais aussi la « festa della donna », la « fête de la femme » : petits bouquets proposés aux caisses des supermarchés, gâteaux au chocolat confectionnés spécialement, gadgets avec force cœurs… Malgré le Covid (ou peut-être grâce à lui ?), le marché transalpin semble s’être inventé une seconde Saint-Valentin, trois semaines après cette belle opération commerciale importée des États-Unis…

Prison : Des conditions toujours inacceptables

Voilà plus d’un an, dans un arrêt historique, le 30 janvier 2020, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) condamnait la France pour l’indignité des conditions de détention dans les prisons françaises. Parmi celles-ci, la prison de Faa’a Nuutania, en Polynésie française. Aujourd’hui, ce même établissement est à nouveau pointé du doigt par la justice. Dans une décision du 2 mars, le Conseil d’État a reconnu les conditions indignes d’incarcération subies par un détenu du centre pénitentiaire polynésien. Le Conseil d’État avait été saisi en référé-liberté par Monsieur B., incarcéré à Faa’a -Nuutania, dénonçant notamment la prolifération des rats dans un bâtiment « infesté », et une cour de promenade « fréquemment couverte d’eaux usées, comprenant notamment des déjections humaines ». Constatant l’insuffisance des mesures prise par l’administration pour y remédier, le Conseil d’État a enjoint à l’établissement de « renforcer l’efficacité de la lutte contre les rats » et d’augmenter « la fréquence de curage des canalisations ». De quoi déplorer que toutes les mesures n’aient pas été prises pour mettre ce centre pénitentiaire, comme d’autres, en conformité avec les exigences de dignité humaine.

Climat : Vigilance accrue !

Depuis 2017, la loi relative au devoir de vigilance impose aux sociétés mères de grands groupes transnationaux de prévenir les atteintes graves aux droits humains et à l’environnement. Pour la deuxième année, l’association Notre affaire à tous a scruté à la loupe les plans de 27 multinationales : sept d’entre elles n’intègrent toujours pas le climat à leur plan de vigilance (Engie, Suez, Eiffage, Bouygues, Danone, Veolia, Société générale) et cinq seulement s’alignent sur une trajectoire compatible avec l’accord de Paris concernant les émissions de gaz à effet de serre (Danone, Schneider, Suez, Axa, EDF). Et sur le podium des plus mauvais élèves cohabitent Total, Natixis et le groupe Casino. « L’empreinte carbone cumulée des vingt-sept multinationales analysées s’élève à 1 854,82 Mt CO2e, soit plus de quatre fois les émissions territoriales de la France », alerte l’équipe de juristes.

Calomnie : Une « onfraysie » de plus

Michel Onfray a encore frappé. Sur la chaîne RT, il a affirmé que Rokhaya Diallo aurait justifié le viol de 500 Allemandes par des « Arabo-musulmans » au nouvel an 2016 à Cologne. D’après le « philosophe », Mme Diallo aurait, en substance, dit que « parce qu’ils étaient racisés, ils ne faisaient que recouvrer par la violence ce que les Blancs leur avaient ôté par une autre violence ». Le sang de Rokhaya Diallo n’a fait qu’un tour. Après avoir menacé de porter plainte, elle réclame un droit de réponse à la chaîne RT dans lequel elle cite une de ses tribunes publiée suite à l’événement en Allemagne : « Pas de circonstance atténuante, ni d’excuse, ni de circonvolution, ni de “« oui mais…” : toutes les formes de sexisme sont intolérables et doivent être punies. » On ne peut être plus clair. D’après l’écrivaine, Michel Onfray lui a assuré qu’il présenterait des excuses publiques. Dont acte, mais le venin est déjà distillé.

Une femme = Une sage-femme

Ce 8 mars, les 23 000 maïeuticiennes de France étaient appelées à manifester pour la journée internationale des droits des femmes. Elles dénoncent le manque de reconnaissance de leurs compétences, des moyens humains et matériels insuffisants et des salaires trop bas. Cette mobilisation est la quatrième depuis fin janvier. Suite à une rencontre entre leurs syndicats et le ministère des Solidarités et de la Santé le 24 février, une mission a été confiée à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) afin de clarifier le positionnement médical des sages-femmes. Son rapport est attendu pour juin.

Totalement beurré

Un beurre qui ne ramollit pas. Depuis le tweet de la cuisinière Julie Van Rosendaal dénonçant l’intartinable, un « buttergate » fait rage au Canada. En cause ? 22 % des fermes laitières au Québec utilisent de l’huile de palme pour nourrir les bovins. Les consommateurs réclament plus de transparence dans la production du lait, un bien public au Canada.

Le boycott plane sur le Mondial au Qatar

Choqués par l’enquête du Guardian chiffrant à plus de 6 500 le nombre de travailleurs étrangers morts au Qatar depuis le début des travaux pour le mondial de football 2022, plusieurs clubs norvégiens ont tenté d’imposer un boycott à leur équipe nationale. Une motion majoritaire a été écartée par le veto d’un club, le 4 mars, tandis que la fédération norvégienne se prépare à statuer sur le sujet le 14 mars.

Algérie : la diaspora dans le viseur

Le ministre de la Justice algérien a proposé une loi pour retirer la nationalité algérienne à ceux qui commettent « en dehors du territoire national des actes portant volontairement de graves préjudices aux intérêts de l’État ou qui portent atteinte à l’unité nationale ». Comme, par exemple, soutenir le mouvement du Hirak, réactivé depuis le 22 février et qui réclame la fin du « système » politique en place ? Les 6 millions d’Algériens vivant en France, dont une large part soutient le Hirak, sont clairement visés.

Séparatisme social

Incroyable une du Figaro magazine (6 mars) qui propose à ses lecteurs « les conseils de ses experts » pour « tirer profit de la crise » ! Le nombre de chômeurs augmente et des milliers d’entre eux vont voir leurs indemnités baisser, les étudiants font la queue pour des distributions alimentaires, un agriculteur se suicide toutes les 24 heures. Et l’hebdo de la bourgeoisie incite ses lecteurs à en profiter.

L’as-tu bien cherché ?

« Envoyer un nude c’est accepter de prendre le risque de voir cette photo partagée », a tweeté la Police nationale le 6 mars. Une autre façon de dire que se mettre en minijupe, c’est accepter de prendre le risque de se faire agresser… Ou comment culpabiliser la victime et déresponsabiliser l’auteur. Deux jours avant la journée nationale des droits des femmes cela prouve qu’en la matière il y a encore du boulot !


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