Crise des migrants : Le grand déni

Grande manœuvre de communication après le naufrage de 27 personnes dans la Manche le 24 novembre.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


Après le naufrage qui a coûté la vie à 27 personnes exilées au large des côtes françaises mercredi 24 novembre, le gouvernement est en grande manœuvre de communication. Les réunions de crise se sont succédé pour finalement dire en substance : c’est la faute des Anglais, la France est exemplaire en termes d’accueil des exilés. On croit rêver !

En première ligne, Gérald Darmanin accuse l’attractivité de la Grande-Bretagne, où « sans papiers d’identité vous pouvez travailler », s’étrangle-t-il devant la presse. Il exige de nos voisins qu’ils changent leur législation accusée de créer l’accumulation de personnes désireuses de rejoindre l’île. Face au tollé produit par la publication dans la presse d’outre-Manche de photos montrant des policiers français inactifs face aux migrants qui prennent la mer quelques heures avant le drame, le ministre se lâche : « Ce que vous ne voyez pas, c’est que les migrants utilisaient des bébés et menaçaient de les jeter dans une eau à quelques degrés, sur les moteurs, si les policiers venaient les interpeller. » 

Dans la région, c’est bien connu, les autorités n’agissent que pour sauver des vies : « 7 800 depuis le 1er janvier » – comprendre : empêchés de traverser –, d’après le ministre. Que sont-ils devenus ? Probablement sont-ils restés un moment en errance perpétuelle, harcelés par la police française qui chaque jour empêche des points de distribution de nourriture et d’eau, et les expulse de leurs tentes, lacérées et jetées aux ordures. Mais là encore, le gouvernement hurle d’un seul homme : ce n’est pas la faute de la police française mais d’« une société privée embauchée par l’État […] pour récupérer les tentes et pour les jeter », explique le ministre qui jure qu’aucun ordre n’a été donné dans ce sens. « Nous avons demandé d’arrêter cela. » De lacérer, pas d’expulser et de jeter… L’honneur de notre police est sauf. Car, rabâche le ministre d’un ton supérieur, « nous ne sommes pas les supplétifs de la Grande-Bretagne »

Pourtant, Darmanin refuse de remettre en question les accords du Touquet, « qui n’ont rien à voir avec l’immigration clandestine », alors même que ces accords organisent le déplacement de la frontière anglaise sur le territoire français, moyennant 200 millions d’euros, faisant de la France… le supplétif de la Grande-Bretagne.


Haut de page

Voir aussi

Tirs de la BAC à Stains : la version policière démontée par une reconstitution en 3D

Sur le vif accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.