Sanglant business en Tanzanie

Le gouvernement expulse les Massaï de leurs terres pour satisfaire de richissimes amateurs de safari.

Politis  • 22 juin 2022
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Sanglant business en Tanzanie
© Tony KARUMBA / AFP

Pour permettre à la famille royale des Émirats arabes unis de chasser paisiblement dans le nord du pays à Loliondo, le gouvernement a envoyé, les 8 et 10 juin, des dizaines de véhicules de police de l’unité des forces de terrain et quelque 700 agents. Pourquoi un tel régiment ? Plus de 70 000 Massaï ont le malheur de vivre depuis des générations sur cette zone proche du célèbre parc national du Serengeti. Depuis plusieurs jours, ces populations nomades manifestent contre le « colonialisme vert ». Car, sous couvert de « conservation » de la nature et de création d’une zone de safari, le gouvernement tanzanien réprime sans relâche les Massaï afin de satisfaire ses richissimes clients, représentés par l’entreprise Otterlo Business Company. La firme noue des liens solides avec l’administration depuis deux décennies.

En 2018, la Cour de justice de l’Afrique de l’Est avait pourtant interdit au gouvernement d’expulser la communauté de sa terre ancestrale, après des exactions commises à cette époque. Mais l’histoire se répète : depuis le 8 juin, des milliers de femmes et d’hommes ont été contraints de fuir au Kenya voisin afin d’obtenir une assistance médicale. Plusieurs d’entre eux ont été la cible de tirs à balles réelles et d’autres ont reçu des coups de machette. Ceux qui restent cachés sont traqués par les forces de l’ordre locales, qui n’hésitent pas à faire du porte-à-porte dans les villages voisins pour arrêter les survivants. Les témoins et les personnes ayant partagé des vidéos et des photos sur les réseaux sociaux sont aussi recherchés : un homme âgé de 90 ans a été battu par la police parce que son fils était accusé d’avoir filmé la fusillade. L’administration souhaite à tout prix maîtriser ce qui est rendu public et n’a de cesse, depuis ces vagues de violence, de communiquer sur le fait qu’aucun Massaï n’a été admis dans les hôpitaux. Selon plusieurs organisations, les autorités tanzaniennes refusent que les médias nationaux se saisissent du sujet.

Monde
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