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Publié le 12 juin 2012

Une Leçon De Réalisme (Et De Tempérance) De Laurent Joffrin

Illustration - Une Leçon De Réalisme (Et De Tempérance) De Laurent Joffrin

Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur , sait «pourquoi Mélenchon a échoué» à se faire élire à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais): c'est, explique-t-il dans un pointu commentaire, parce que «les classes populaires ont les pieds sur terre» , et «se méfient de la radicalité verbale qui recouvre avant tout l'irréalisme» .

Ainsi, et toujours d'après Joffrin: «Un candidat qui proclame à tous vents que l'immigration ne pose aucun problème» , comme a fait Jean-Luc Mélenchon dans le cours de sa campagne, «ne saurait remporter un grand succès auprès des ouvriers et des employés, qui craignent la concurrence d'une main-d'oeuvre sous-payée et corvéable à merci» .

Ces considérations sont à plus d'un titre intéressantes, et doivent être regardées d'un peu près.

Elles révèlent, en effet, que Joffrin, selon qui Le Nouvel Observateur est un « Gala pour les riches» 1, et qui par conséquent doit un peu savoir ce que sont les aspirations de la possédance, sait aussi (et toutefois) - et mieux qu'eux-mêmes, probablement - les aspirations profondes, par temps d'élections (mais pas que), «des ouvriers et employés» des «classes populaires» : sans doute a-t-il mené dans cette plèbe, entre l'annonce (dimanche soir) de la défaite de Jean-Luc Mélenchon et la publication (lundi matin) de son pointu commentaire, une investigation poussée2.

Mais surtout: elles nous disent que Joffrin, aux lendemains des victoires électorales des «socialistes» (dont certain[e]s redoutaient qu'elles n'aient sur son iconoclasme l'émollient effet qu'a [par exemple] l'eau sur le savon de Marseille), n'abdique rien de sa détermination à briser les tabous qui empêchent ce qu'il appelle «la gauche» d'être toujours plus (extrêmement) à droite.

Selon lui, en effet - c'est ce que nous constatons si nous reprenons, point par point, sa coruscante démonstration: la proclamation que l'immigration ne pose aucun problème témoigne d'une irréaliste radicalité.

Le réalisme, et tout aussi bien la tempérance, commandent donc (si du moins les mots ont un sens) de considérer que l'immigration pose un problème.

Ou, comme l'a montré le fameux philosophe Henri Guaino, que: l'immigration est un problème.

Pour le dire autrement (et en y insistant un peu, mais le gars mérite): l'énoncé que l'immigration est un problème n'est donc pas, vu depuis l'hauteur d'où Joffrin mesure le pouls des classes populaires, l'expression d'une quelconque radicalité3 - mais bien plutôt celle d'une juste perception de la réalité.

Pour Joffrin, donc4: l'immigration est en effet un problème, m'sieur Dupont - le nier serait confesser que vous n'avez pas les pieds sur terre, et que vous divaguez gravement, comme le pauvre Mélenchon.

Plus précisément: ce problème est que l'immigration met dans le marché du travail5 «la concurrence» (déloyale) «d'une main d'oeuvre» immigrée «sous payée et corvéable à merci» 6, que les classes populaires craignent, d'après Joffrin, à très juste titre - puisqu'elles ont, elles, et à la différence de MM. Dupont et Mélenchon, les pieds sur terre (et sont campées dans une glaise où l'irréalisme n'a aucune place, au noooord, c'était les corons).

Adoncques, et pour le dire, là encore, autrement, et de manière plus concise: l'immigration, selon Joffrin, vient jusque dans les bras des classes populaires d'antique souche (pas-de-)calaisienne leur chourer ses emplois - venez dire après ça que ces gens-là sont pas des voleurs?

Mais ça (que Joffrin dit là pour mieux tancer Mélenchon de son inconvenante radicalité), quand on y réfléchit?

C'est pas non plus complètement nouveau, hein?

Parce qu'en vrai, bien avant que le patron du «Nouvel Observateur» n'appelle «la gauche de la gauche» à se rendre à ce si particulier constat?

D'autres que lui l'avaient fait, qui doivent quand même, je parierais, se délecter de sa conversion à leur «réalisme»: à leur place, conviens, on cacherait pas sa joie.

Illustration - Une Leçon De Réalisme (Et De Tempérance) De Laurent Joffrin


  1. Et cette analyse est, au demeurant, parfaitement juste. 

  2. Et, disons-le, moustachue. 

  3. Comme le supposent très sottement les bien-pensant(e)s qui s'obstinent à se remémorer qu'il fut longtemps l'un des plus solides piliers de la propagande pénique - je ne te félicite pas du tout, Pierre Tevanian. 

  4. J'espère que tu suis? 

  5. Dont Joffrin, depuis trente ans, n'a jamais cessé d'exiger qu'on y mette plus de flexibilité, bordel, tas de feignasses - mais c'est une histoire. 

  6. Alors que le prolétariat de souche est, comme chacun(e) sait, constamment câliné par un patronat qui n'a d'autre souci que le bien-être de ses employé(e)s et salarié(e)s. 


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