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Publié le 18 novembre 2012

Hissons L'Islam De France (Avec Christophe Barbier)

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Illustration - Hissons L'Islam De France (Avec Christophe Barbier)

Comme des salarié(e)s de L’Express lui signifiaient leur «malaise» après la une un rien dégueulasse de cet hebdomadaire sur «le vrai coût de l’immigration» , Christophe Barbier, directeur de la publication, leur a, rapporte Télérama , expliqué sans rire que « la société se droitise » , et que « L’Express ne peut pas se déconnecter de ce lectorat » .

(Ces gens veulent de la merde?

Nous allons leur donner de la merde, par bourriches d'onze: telle est notre mission d'information rigourée.)

Puis d’ajouter, dans une concise leçon de maintien journalistique : «La une cible les tripes, c’est à l’intérieur qu’on s’adresse au cerveau.»

Traduction : je fais confectionner pour appâter le chaland des couvertures en forme de tracts d’extrême droite, mais en vrai, croyez pas, je suis plus nuancé que ça.

Ces propos sont doublement intéressants.

D’abord : ils montrent que les convictions de Christophe Barbier sont, dans ces matières, d’une géométrie variante.

Puisqu'en effet, quand la société se gauchise – fût-ce très (très) modérément : il considère (à rebours, donc, de ce qu’il décide quand elle se droitise), qu’il peut très bien se déconnecter de ce lectorat.

Et c’est très exactement ce qu’il fait.

Ainsi, quand les Françai(se)s, lassé(e)s par cinq années de brutalité(s) sarkozyique(s), ont majoritairement voté, au printemps dernier, pour des «socialistes» (à guillemets), Christophe Barbier, loin de faire confectionner pour se conserver leur clientèle des unes hollandistes, a plutôt passé commande d’une (très) longue série de couvertures dédiées à la fustigation, un rien obsessive, du nouveau président de la République.

C’est donc bien dans les moments où la société se droitise – et dans ceux-là seulement – que le patron de L’Express décide de l’accompagner : quand elle penche (très légèrement) vers la «gauche», il fait plutôt le choix de la réprimander.

Illustration - Hissons L'Islam De France (Avec Christophe Barbier)

Mais surtout : ces considérations de Christophe Barbier permettent d’observer de près ce qui se passe, quand il s’adresse directement au cerveau de ses lecteurs.

Puisqu’en effet : c’est lui qui a rédigé le long article qui introduit le dossier sur «le vrai coût de l’immigration» auquel renvoie la couverture tripale qui a provoqué un malaise chez certain(e)s journalistes de L’Express .

Et là, que dit-il-ce ?

D’abord, il constate, calculette en main - c'est à sa poésie sonnante et trébuchante que se reconnaît son humanisme - que l’immigration «rapporte plus à la France qu’elle ne lui coûte» .

Et que, certes, certaines dépenses (publiques) devraient être diminuées : «Les prestations sociales versées aux étrangers méritent plus de rigueur» - comme dirait la Pen.

Mais que, globalement, tout ça reste, du strict point de vue de la compétitivité, une «bonne affaire» .

Mais pour autant : le gars n’est pas complètement content.

Car, explique-t-il, le bon vieux temps où les immigré(e)s venaient de contrées civilisées (genre l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Pologne) avec lesquelles nous liaient un «cousinage culturel» est hélas révolu : désormais, les «arrivants» ne sont «ni européens ni chrétiens» , et cela pose un grave problème d’ «intégration» .

(L’humble Rital d’antan présentait la double garantie d’être blanc de peau et convenablement catholique – et de surcroît : il ne souhaitait rien tant que de s’insérer sans la ramener dans l’avenante société où des brutes avinées le ratonnaient rituellement.

Alors que Mamadou, lorsqu’il descend tout noir de l’avion qui l’amène de Bamako, n’a d’autre hâte que de planter sur un tarmac français force baobabs – sous lesquels, nonchalant, il psalmodiera ensuite d’incompréhensibles mélopées animistes : bon courage pour cousiner culturellement.)

Puis aussi (et surtout, et c’est manifestement à cela que le patron de L’Express souhaitait en arriver) : il conviendrait, pour que l’immigration devienne enfin une vraie «bonne affaire» façon promos d’hiver chez Roularta (si tu m'achètes un abonnement je te refais ta cuisine), «que l’État» français «bâtisse avec la communauté musulmane l’escalier qui permettra à l’islam de France de monter à la République, car ce n’est pas à celle-ci de s’adapter» - écrit, pour conclure son ossue démonstration, le toujours digne Christophe Barbier.

Par un glissement d’une kolossale subtilité, le délicat éditocrate, rongé par l’obsession, passe donc, comme s’ils n’en faisaient qu’un, d’un sujet à un autre, et revient (encore une fois), sous le prétexte d'adorner sa réflexion sur «l’immigration» d'une chute un peu soutenue, sur le terrain, où il excelle, de la fustigation des mahométan(e)s: cela lui permet de suggérer un peu nettement, premier mensonge, que l’islam de France serait principalement composé de nouveaux « arrivants » , puis, deuxième bobard, que les musulman(e)s seraient, dans leur ensemble (et par essence, par conséquent), inadapté(e)s à la République.

(Laquelle, bonne fille, reste cependant prête à leur tendre la main secourable - et nimbée de Lumières occidentales - qui les aidera, pour peu qu'ils y mettent un peu de bonne volonté, à s'extraire de leur médiocrité, pour s'intégrer enfin dans le vivre-ensemble où l'éditocratie les ensevelit chaque matin sous son mépris haineux.)

Adoncques, quand le dirlo de L’Express s’adresse au cerveau de la société – après lui avoir fouaillé la tripe par des unes répugnantes -, c’est finalement pour lui adresser, comme d'hab, le rude message qu’elle doit se défier des musulmans, qui, décidément nuisibles, l'empêchent aussi de bien rentabiliser l'immigration: ça doit être sa conception de la bonne intelligence?


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