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Présidence normale …

lundi 28 mai 2012, par Bernard Langlois

… mais, si possible, responsable et adulte !

La controverse bat son plein : le président de la République, se voulant “normal” jusque dans ses déplacements (train plutôt qu’avion, voiture respectant vitesse et feux rouges … et pourquoi pas, dans Paris, bus, métro, scooter ou vélib ?) ne complique-t-il pas inutilement la tâche des services de protection ?

Pour un gain d’image (qui reste à démontrer) ne prend-il pas à la légère les risques inhérents à sa fonction, dont le geste d’un déséquilibré comme l’attentat dûment fomenté ne peuvent ni ne doivent jamais être écartés ?

Ce souci d’être « un Français comme les autres » est certes sympathique ; mais François Hollande doit se résoudre à l’admettre, il n’est plus un Français comme les autres.

Du reste, même si les citoyens de ce pays mettent au plus haut dans leurs valeurs le souci d’égalité, je ne suis pas sûr que ce soit sur ces dispositions pratiques de l’exercice du pouvoir qu’ils se focalisent : passe-droits, dépenses somptuaires, gaspillages en tout genres, népotisme et copinage éhontés, oui, sûrement ; précautions élémentaires liées à la sécurité du chef de l’Etat, ça m’étonnerait.

Si le chauffeur de la DS présidentielle qui conduisait le couple de Gaulle à La Boisserie le 22 août 1962 avait respecté les limitations de vitesse dans la traversée du Petit-Clamart, le Général n’aurait pas eu le temps d’installer dans la durée la monarchie républicaine qui est aujourd’hui encore notre règle [1], et vaut aujourd’hui à notre aimable Corrézien le trône et le sceptre.

Certes, nous ne sommes plus dans les tensions qui marquaient l’époque de l’immédiate après-guerre d’Algérie.

On aurait tort, pourtant, de tenir les risques pour négligeables : nous sortons à peine d’une campagne électorale où les haines étaient à fleur de peau. Et l’ampleur de la crise sociale durement vécue par tant de nos concitoyens reste une réalité bien tangible, qui peut entraîner des actes désespérés. Sans parler d’une situation internationale qui n’interdit pas, au contraire, d’envisager les attentats : pas la peine de faciliter la tâche aux éventuels poseurs de bombe ou tireurs embusqués.

Bref, même si le nouveau pouvoir a le goût des symboles (ce n’est pas toujours un défaut) et s’il lui sera toujours plus aisé de gouverner par le geste (et la réforme dite “sociétale”) que de s’attaquer aux racines de la crise, souhaitons qu’il renonce très vite aux mômeries des premiers jours.

Présidence normale, soit. Mais responsable et adulte, si possible.

Nota Bene :

Et toujours sourcés, les commentaires !

[1] Règle dont j’ai souvent dénoncé les défauts, par ailleurs ; mais qu’on ne me fasse pas dire que j’aurais pu souhaiter la réussite de l’entreprise criminelle de Bastien-Thiry et consorts !