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Au nom de la sauvegarde des espèces en voie de disparition il faut sauver le soldat Bayrou !

mercredi 30 mai 2012, par Claude-Marie Vadrot

Je lance ici un appel solennel : il faut sauver le soldat Bayrou, il faut que la droite et la gauche s’unissent, toutes idéologies confondues, pour que la France conserve à l’assemblée nationale ou dans tout autre musée de la paléo-démocratie, cet homme qui trimballé jusqu’aux limites extrêmes de la perfection sémantique et oratoire l’art et la manière de ne rien dire tout en affirmant tout et son contraire. En fait, à chaque fois que Lou Ravi du Béarn s’exprime, et même, allons jusqu’au bout de notre pensée, lorsqu’il ne dit rien c’est du grand Art. En fait, à chaque fois que s’ouvre son robinet à banalités, le filet tiédasse devient rapidement un dangereux nectar dont on n’est jamais rassasié : comme une drogue douce qui engourdit l’esprit, une liqueur sucrée dont on se surprend à en redemander. Comme les alcools de supermarché dont les conconcteurs industriels expliquent que si on en rachète encore malgré leur médiocrité assumée c’est parce que leurs élaborateurs leur confèrent un « goût suivi ».

Le plus extraordinaire, racontent les journalistes qui le fréquent et l’écoutent toujours avec fascination, c’est qu’il est intimement persuadé qu’il est le meilleur, le plus intelligent et qu’un jour, il sera vraiment Président. Il ne sait même plus Président de quoi tant son discours enfume ses rêves et ses pensées. Ce Béarnais n’a plus de panache blanc depuis des lustres, ce qui explique sans doute pourquoi nul ne le suit plus, et pourtant il chevauche toujours ses phrases avec la même satisfaction. Heu-reux !

Et la France s’apprêterait à le passer à la trappe sous le seul prétexte qu’il ne fait plus rêver les 102 000 électeurs de la deuxième circonscription des Pyrénées Atlantiques. Tout simplement parce qu’ils sont victimes d’un phénomène que connaissent bien les spécialistes de l’addiction : l’accoutumance qui estompe doucement mais sûrement les effets de la drogue. Ils ne se rendent pas compte qu’ils sont sur le point de mettre en péril d’un véritable Monument National que l’Unesco devrait reconnaître au titre des biens immatériels comme le repas gastronomique à la Française ou le Tango.

Comme la biodiversité politique est manifestement en danger, il ne reste plus qu’une seule solution : créer une réserve naturelle comme on le fait pour toutes les espèces en voie de disparition. Equipée de plusieurs tribunes et d’une forêt de micros, avec des journalistes payés pour lui donner la réplique et entretenir sa verve centriste et centrifuge, la réserve assurerait la survie de l’espèce Anticus politicus venue sans la moindre modification génétique, résistante à l’évolution darwinienne liée aux changements de l’environnement, d’un monde en voie de disparition. Il ne resterait plus qu’à faire visiter cette réserve aux générations à venir des enfants des écoles, des étudiants, des élèves de l’ENA et de Sciences Po pour parfaire leurs éducations. Ceci sous le contrôle étroit de scientifiques, de politologues qui dirigeraient évidemment des thèses sur le comportement de cette espèce encore trop mal étudiée parce que les citoyens restent sous l’effet de la sidération. Comme on le fait pour les derniers grands singes parce qu’ils sont si...humains.

Reste évidemment un énorme problème encore non résolu : la reproduction de cette espèce qui apparaît comme ne comportant plus qu’un individu. Il existe peut-être une solution que la morale ordinaire réprouve mais que la science espère : pacser Lou Ravi du Béarn avec son seul ami politique, son seul député d’ailleurs, l’autre Béarnais : Jean Lassalle, le célèbre parlementaire du Modem qui clame à tout vend qu’il faut exterminer tous les ours bruns des Pyrénées. Homme fameux pour avoir chanté l’hymne béarnais, en langue locale, au coeur de l’assemblée nationale pour obtenir le maintien d’une gendarmerie prés du col du Somport. Le plus anti-écolo des Béarnais qui s’offrit une grève (factice) de la faim de cinq semaines pour s’opposer au déménagement d’une usine polluante de sa montagne vers sa vallée. Mais, connaissant l’un et surtout l’autre, je n’aperçois qu’une solution complémentaire : qu’ils se marient et peuplent la réserve de leurs enfants adoptés.

Sauf évidemment si député européenne Marielle de Sarnez, que la presse présente toujours, et depuis des lustres, comme le bras droit du Ravi du Béarn, accepte de se dévouer pour la bonne cause de la perpétuation de l’Anticus politicus dans la réserve de la République. Etant donné l’apparente compatibilité génétique des deux espèces, cela pourrait marcher.