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La prière du 15 août contre les homos et l’union sacrée des religions contre la société. A chaque religion ses Pussy Riot !

mercredi 15 août 2012, par Claude-Marie Vadrot

Le cardinal je ne sais plus combien mais en retard d’au moins une civilisation, vient de concocter au pays une prière à la vierge Marie visant les couples homosexuels. Relayée sur les ondes et dans les médias par les exhortations de monseigneur Podvin, autre handicapé patronymique, expliquant comme porte-parole de l’Eglise, qu’en dehors de la famille traditionnelle, papa et maman, il n’y a pas de salut. Non seulement il fustige ainsi les homos des deux sexes mais en plus il fait l’impasse sur les familles monoparentales. Donc, s’appuyant sur une minorité de cathos réacs dont le nombre va (heureusement) s’amenuisant, la hiérarchie catholique s’exerce au rétropédalage sociétal en guise de bouée de sauvetage et le fait savoir en chaire ; comme au temps où ses prêches et discours soutenaient le Maréchal Pétain qualifié « d’homme providentiel ». Dans ce domaine de l’inclination sexuelle comme dans d’autres l’Eglise catholique retourne vers son passé ; car on oublie vite les prières, les prêches voire les processions défilant contre la contraception, les recherches génétiques et l’avortement.

Alors que les processions religieuses, toutes croyances confondues, sont théoriquement interdites sur la voie publique depuis le 18 germinal 1802 dans les communes possédant une église (ou un temple). La loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat introduit un régime d’autorisation municipale ou préfectorale (comme pour une manif), sauf si elles sont considérées comme faisant partie d’une « tradition ancienne ». Mais, à Paris comme en province, les processions « sauvages » accompagnés de chants et de banderoles « politiques » se multiplient. Un aspect de l’évolution catholique qui a été soigneusement occulté lors de la dénonciation (parfaitement justifiée bien qu’hélas chargée d’arrière-pensées...) des prières de rue pratiquées par des musulmans. D’ailleurs, en ce qui concerne l’avortement, la contraception et le refus du fait homosexuel la plupart des musulmans pratiquants sont aussi réacs que les cathos. Il suffit d’écouter les prêches de mosquée pour s’en convaincre. Les catholiques, comme les pratiquant juifs ou de l’islam de plus en plus intolérants et faisant pression sur la société, comme les baptistes, les adventistes et autres sectes « protestantes », se trompent de siécle et de civilisation.

Ce qui est gênant, ce n’est pas la renaissance du fait religieux (chacun son opium puisque que c’est logiquement en vente libre), mais ce sont ses débordements de plus en plus fréquents sur l’espace public et sur les pratiques publiques. Les religions repartent ou partent à l’assaut pour se sauver d’une disparition progressive. Je suis prêt à me battre, à signer des pétitions pour que l’on rouvre des églises ou des temples, pour que l’on construise de nouvelles mosquées ou des synagogues, mais que toutes ces religions restent dans leurs maisons, qu’elles ne tentent pas, comme elles le font de plus en plus et en toute entente « objective », voire occulte, d’envahir l’espace public, de régenter la vie des citoyens. Que ceux ci ne soient pas croyants en un quelconque dieu ou qu’en adorant un ils ne trouvent pas normal d’imposer leurs habitudes, leurs dogmes ou leurs préjugés. Au catholiques, aux baptistes, aux musulmans, aux juifs, aux orthodoxes, je ne peux que dire : croyez, priez mais foutez nous la paix !

Du rejet de l’évolutionnisme (oui, même en France) à celui de l’avortement ou de la contraception en passant par le voile ou la perruque pour les femmes, le refus de certaines viandes ou le ramadan qui ne sont que les reliquats de vieilles superstitions n’ayant rien à voir avec une foi respectable, le fait religieux imprègne de plus en plus insidieusement notre société et cherche à lui imposer ses interdits, ses menus, ses dogmes et ses superstitions. L’ex-président Sarkozy les a aidé : que l’on se souvienne de ses tentatives de séduction envers la religion musulmane, de ses câlineries à la religion juive et de son affirmation de la supériorité du curé sur l’instituteur. Alors, les religions, toutes les religions, se croient tout permis comme le montrent les oppositions physiques à l’avortement, les pétitions contre les pilules du lendemain ou l’irruption dans l’éducation, par le biais des refus de la science ou l’exigence du respect des pratiques publiques des uns et des autres. Dans quel état, par exemple, sera notre société, quand les étudiants ou les élèves ne « devront » plus venir étudier le vendredi, le samedi ou le dimanche pour cause de religion ou quand l’éducation religieuse obtiendra droit de cité ? Dans quel état sera le pays le jour ou trop d’étudiants refuseront, des sorties de travail sur le terrain sous prétexte qu’elles sont mixtes comme cela commence à se produire !

La foi n’a rien à voir avec le respect ou la reprise de vieilles lunes puisées par les religions dans l’obscurantisme de leur passé.

Nota Bene :

Deux ans de camp pour les membres de Pussy Riot

Pour avoir chanté une prière à la Vierge contre Poutine dans la cathédrale du Saint Sauveur de Moscou, une énorme église reconstruite en béton au centre de la capitale dans les années 90 et imitant celle qui avait été détruite dans les années 30 sous le prédécesseur de Poutine un certain Staline. Par cette "acte de recontruction" à l’identique, la hiérarchie orthodoxe a repris de pouvoir sur la Russie ou l’Eglise se confond désormais avec le pouvoir. Il faut savoir pour apprécier la gravité de la condamnation des trois jeunes femmes, qu’elles passeront deux années non pas en prison mais dans des camps de travail où les conditions de détention sont terribles. Voilà où mène la prise de pouvoir d’une religion dans la société civile !

Ce jugement en dit long à la fois sur le caractère profondément rétrograde de la (très riche) religion orthodoxe (pas seulement en Russie) qui considère l’Occident comme l’incarnation du Mal. Une attitude qui ressemble beaucoup à celle de Poutine et de l’équipe d’anciens du KGB sur laquelle il s’appuie à Moscou et en province dont la nostalgie de l’URSS, celle de Brejnev est évidente et souvent exprimée.

Face à ces nouveaux réactionnaires à tendance dictatoriale, l’opposition disparate (et souvent également nationaliste) n’a hélas pas de propositions sérieuses. Crier dans les rues contre la corruption ne fait pas une alternative politique.