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L’"essence" de la prochaine diminution du prix de l’essence : prolonger la lente agonie de la voiture

dimanche 26 août 2012, par Claude-Marie Vadrot

Ce n’est pas avec quelques centimes de moins que le gouvernement masquera la prochaine pénurie de pétrole

Nous saurons cette semaine de quelle aumône bénéficieront les automobilistes qui trouvent que l’essence est trop chère. Dans sa munificence, le gouvernement va donc faire baisser les prix des carburants ou plus exactement les baisser en rognant un peu sur les taxes qu’il perçoit et encore moins sur les bénéfices des compagnies pétrolières. Les (des...) automobilistes trouveront qu’une baisse de quelques centimes ne change pas grand chose et la démagogie fera donc chou blanc. Le choeur des démagogues et des fanas de la bagnole vont donc malgré tout s’esbaudir devant un geste qui va coûter environ un milliard par an (en impôts à trouver) aux mêmes automobilistes et à tous ceux qui, soit ont renoncé soit vont renoncer à la voiture ou bien ont ou auront la sagesse de limiter l’usage de leurs voitures individuelles. Pas exemple en ayant recours au covoiturage ou en retrouvant le chemin des transports collectifs. Voire en ressortant le vélo qui n’est pas seulement un instrument de vacances folklorique mais aussi un moyen de transport est toujours moqué par les lobbies.

Evidemment, j’entends déjà le choeur des pleureuses de l’extrême gauche et d’ailleurs me reprocher comme à l’ordinaire que je fais une (scandaleuse) impasse sur les difficultés de déplacement des ruraux et des gens exilés contre leur gré et pour des raisons économiques de logement dans des banlieues lointaines, à des heures de leurs boulots. Quand ils en ont un...

Je sais tout cela, je sais que pour ces citoyens, la voiture peut être ou paraître être le seul recours. Dire, répéter cela ne résout pas le problème de fond : désintoxiquer les Français de leur addiction à la voiture. D’autant plus que par rapport aux millions d’automobilistes qui circulent chaque jour, les ruraux et les exilés de banlieue représentent statistiquement une minorité pour laquelle il existe probablement des solutions qui seraient à la fois moins coûteuses tout en représentant le début d’une cure de désintoxication collective.

Avec un milliard pas an, il y a de quoi améliorer les transports, ré-ouvrir des gares et des lignes secondaires. La solution stupide préconisée par Pierre Moscovici et un Premier Ministre qui parait s’obstiner à faciliter l’usage du kérosène détaxé avec son pharaonique projet d’aéroport de Nantes, repose sur plusieurs postulats rétrogrades et n’offrant pas une authentique voie vers la « transition énergétique » prônée officiellement pas le gouvernement.

Poursuivre l’incitation à la production de bagnoles illustrée par l’illusoire soutient à la voiture en général et à PSA en particulier, c’est à dire reculer pour mieux sauter.

Continuer la légitimation de la pollution automobile, notamment avec l’émission de gaz à effet de serre.

Encourager le diesel, qui atteint 80% de l’utilisation de carburants en France et, continuera à empoisonner l’air, provoquant chaque année des milliers de morts prématurées « grâce » à l’émission de particules fines. Une hécatombe largement subventionnée par l’Etat. Tout cela au nom d’une illusion d’ « économie » soigneusement entretenue par le lobby et les revues automobiles. On passe pudiquement sous silence le coût des pollutions pour le budget de la Sécurité Sociale...

Fermer les yeux sur le coût social, écologique financier et sanitaire de l’encouragement à la circulation automobile individuelle dans les villes et dans les agglomérations : nouvelles autoroutes, nouvelles déviations, abattage des arbres et poursuite de la folie des ronds points.

Le pouvoir socialiste, avec l’accord tacite des écologistes minoritaires dans la majorité et dans le gouvernement et donc réduits au silence, s’obstine dans son illusion productiviste et dans la religion du « tout voiture » soigneusement entretenues pendant des années par la droite. Ce pouvoir cherche à dissimuler à l’opinion publique que le règne de la voiture est en bout de course et que toutes les mesures fiscales (coûteuses) ne changement pas la réalité : le pétrole sera de plus en plus rare et de plus en plus cher. Donc de plus en plus facteur d’une inégalité sociale qui ne se résoudra pas avec quelques centimes en moins, baisse déjà dénoncée par les démagogues de « la diminution des taxes » qui en voudraient encore plus pour rouler encore plus...