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Incident à Fessenheim : un danger grandissant et une incitation à une industrie du démantèlement

jeudi 6 septembre 2012, par Claude-Marie Vadrot

Les réacteurs de Fessenheim, comme une quinzaine d’autres, dont le N°2 de Dampierre en Burly, peuvent être arrêtés et demantelés immédiatement sans entrainer le moindre chômage .

Un accident chimique et effectivement « non nucléaire » comme l’expliquent en choeur la ministre de l’Ecologie, EDF et les syndicats, a affecté mercredi un système d’évacuation des eaux usées et un réservoir d’oxygène à l’intérieur d’un bâtiment tout proche de deux réacteurs de la centrale de Fessenheim. Edf et les syndicats assurent qu’il n’y a pas eu d’incendie contrairement à ce que laissaient penser les premières informations. Pourtant, il est indéniable qu’une alerte incendie a bien été déclenchée et surtout que plusieurs techniciens ou ouvriers ont été blessés et/ou brûlés, notamment aux mains. Plusieurs camions de pompiers et une soixantaine d’hommes sont d’ailleurs venus d’urgence en renfort des équipes de lutte contre l’incendie de la centrale. Mais EDF et les syndicats, qui ne précisent pas si les blessés sont des membres du personnel de la centrale ou des intérimaires, s’entendent pour minimiser l’accident. Pour au moins deux raisons.

D’abord cet incident qualifié de "mineur" n’est pas le premier cette année : une vingtaine depuis le début de mois de janvier. Une multiplication qui traduit l’état d’une centrale conçue et construite pour fonctionner trente ans et qui en affiche trente-cinq. Toutes les observations des ingénieurs et des vérificateurs de l’ASN, Autorité de Sûreté Nucléaire, font apparaître que la vétusté et la fragilité d’une installation qui a fonctionné sans autres interruptions que techniques concernent tous les secteurs de la centrale. Y compris l’environnement des réacteurs et les circuits de refroidissement, la partie la plus importante du dispositif. Tout le monde à Fessenheim, même si nul de veut en parler à la fin de cet été trop sec et souffrant d’une pénurie d’eau, se souvient de cette journée du 4 août 2003 pendant laquelle il a fallu refroidir l’environnement des réacteurs... avec des jets d’eau. Un système qui pourrait être utilisé à Dampierre-en-Burly où la Loire ne charrie plus assez d’eau pour le refroidissement.

Ensuite, tout incident, toute révélation sur le lent délabrement de cette centrale ne peut qu’apporter de l’eau au moulin, si l’on ose dire, des écologistes et aussi à celui des promesses de François Hollande qui s’est engagé à arrêter et à fermer définitivement les installations de Fessenheim. Les failles de cette centrale, tout comme celle d’au moins deux réacteurs de Dampierre-en-Burly (Loiret), commencent même à inquiéter les pro-nucléaires du gouvernement, du point de vue des risques comme du point de vue économique. Une quinzaine de réacteurs et d’installations connexes montrent des signes de plus en plus visibles de vieillissement. Ce qui explique l’existence d’un discret « plan » d’EDF (déjà évoqué par Politis en juillet) prévoyant l’arrêt d’une vingtaine de réacteurs (dont Fessenheim) en raison des sommes considérables qu’il faudrait consacrer à leur remise aux normes de sûreté et de sécurité pour les « faire durer ». Un plan dont le gouvernement a connaissance depuis peu et qu’il pourrait utiliser pour accélérer les fermetures et lancer une véritable industrie du démantèlement comme le demande Denis Baupin, député vert et vice-président de l’Assemblée nationale, dans une question adressée à Delphine Batho (ministre de l’Ecologie). Question dans laquelle il préconise la mise sur pied d’une « vitrine du démantèlement du nucléaire ».

Une façon de rappeler que l’arrêt de nombreux réacteurs ne conduirait pas au chômage brandi par les syndicats, la droite et la gauche productiviste, mais permettrait d’offrir de nombreux emplois supplémentaires dans cette filière et ce pour au moins trente ou quarante ans. Comme le montre l’exemple de la petite centrale de Brennilis (Bretagne) dont le réacteur n’avait qu’une puissance de 70 mégawatts : elle est arrêtée depuis 1985 et les travaux de démantèlement ne devraient pas être terminés (s’ils le sont un jour) avant 2030 ; avec un nombre d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs qui est le même que lorsque la centrale fonctionnait....

Nota Bene :

Le Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs tient à attirer l’attention sur la situation du réacteur Paluel 3. A l’arrêt depuis le 19 mai dernier, ce réacteur est en travaux et manifestement pour quelques jours encore. Ce ne sont pas moins de 10 incidents qui sont survenus depuis le début de l’arrêt de tranche (publiés sur le site de la centrale par EDF sans compter les lettres de suite et autres avis de l’ASN). (...)

A l’heure où Fessenheim 2 connait un nouvel incident d’exploitation (le 24e depuis le redémarrage du réacteur le 6 mars dernier), le palier de centrale plus récent donne lui aussi à voir des signes de fragilité évident. Le vieillissement est un phénomène qui touche toutes les centrales . La sureté et les conditions de travail des salariés pâtissent de cette obsolescence des réacteurs. Mais c’est la fiabilité du parc qui est aujourd’hui le talon d’Achille de la filière nucléaire.

Comme l’indiquent les données de RTE, cet été EDF a du remettre en service des tranches thermiques pour compenser la quinzaine de réacteurs à l’arrêt. Les efforts pour améliorer la disponibilité du parc en 2011 de manière artificielle ont entrainé une vague d’arrêt des centrales sans précédent en 2012. (...)

Ce n’est pas tant l’avenir du parc nucléaire qui pose question mais son présent. EDF se ruine et ruine l’ensemble de la nation en persévérant dans le nucléaire en France comme à l’étranger...

Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs

Photo : AFP/Bozon