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Le lobby automobile part à l’assaut de la piétonisation des voies sur berges parisiennes

mardi 11 septembre 2012, par Claude-Marie Vadrot

A l’approche du Mondial de l’Automobile de Paris qui commence à la fin du mois de septembre, les lobbies automobiles se réveillent et repartent à l’attaque. Il y a quelques jours, l’Automobile Club de France, une association dont il faut rappeler qu’elle ne comporte aucun membre féminin, qu’elle est présidé par un membre de la famille Panhard et que la cotisation annuelle y est de 2000 euros, expliquait sur son site : « Il faut, à présent, une certaine cohérence et une certaine constance dans les messages adressés aux automobilistes et dans les politiques. Si l’on continue de Jupette en Zapa (1), et de bonus en interdictions, à donner le tournis aux automobilistes, il sera difficile de faire progresser les politiques publiques qui méritent toute notre attention, qu’il s’agisse de politique industrielle, de politique de l’emploi, de politique environnementale ou, encore, de sécurité routière ».

Les associations de « défense de la voiture », viennent donc de lancer une offensive contre le projet de piétonisation progressive de la ville de Paris sur les voie sur berges A la manoeuvre, l’association « 40 millions d’automobilistes », un lobby qui a successivement remis en cause, les limitations de vitesse, l’obligation des éthylotests embarqués, de pistes cyclables et des radars. Cette association dont la représentativité est loin d’être prouvée mais qui possède de nombreux relais d’opinion chez des parlementaires de gauche et de droite, est appuyée dans ses protestations par une troisième association dont tout le monde ignorait jusqu’à présent l’existence : l’Automobile Club des Avocats regroupant essentiellement un nombre inconnu de juristes se consacrant à défense des automobilistes qui ne respectent pas le code de la route.

Donc, ce beau monde, part en guerre contre les restrictions de circulation, pourtant actuellement bien légères, sur la voie sur berge parisienne transformée en autoroute grâce à feu Georges Pompidou qui voulait, selon sa célèbre phrase, « adapter Paris à la voiture ». Il avait souhaité, comme son successeur Valéry Giscard d’Estaing, recouvrir le canal Saint-Martin pour que l’autoroute du Nord aboutisse à la Bastille et que celle du Sud soit prolongée (radiale Vercingétorix) jusqu’au coeur du quartier Montparnasse. Projets que la mobilisation des écologistes et des Parisiens a fait échouer.

Donc, scandale, la Mairie de Paris et la Préfecture de Police ont mis en place quatre feux rouges (en attendant mieux) dans le quatrième arrondissement pour permettre aux passants de gagner les nouveaux espaces verts installés le long de la Seine sur une longueur de 1,5 kilomètres sans risquer leur vie. Les avocats à moteur, qui n’ont sans doute pas les moyens de prendre les transports en commun ont décidé de contester cette amélioration devant le justice pour, tenez vous bien protester contre la « privatisation du domaine public afin de satisfaire ceux qui veulent chasser la voiture de Paris ». On attend impatiemment qu’ils contestent la privatisation des autoroutes et de la SNCF...

Les conducteurs de 40 Millions d’Automobilistes et les avocats des délits routiers et autres contraventions vont s’appuyer sur le sauvetage nécessaire de l’industrie automobile en perte de vitesse et profiter de son « Mondial » pour reprendre la bataille qu’ils mènent à partir Des 7 éme et 16 ème arrondissement pour mener la guerre contre les projets de la municipalité parisienne de reconquérir progressivement l’essentiel des voies sur berges pour les piétons et le repos des habitants de Paris et de la Région parisienne.

Malheureusement, le Maire de Paris s’obstine à expliquer que ce qui a déjà été réussi à Lyon et à Bordeaux, n’a pas pour objectif de bouter le maximum de voitures inutiles circulant dans Paris. Pourquoi ne pas avouer franchement une politique qui rend(rait) service à toute la population parisienne, tant sur le plan de l’environnement que sur celui de la santé ?

(1) Zones d’Action Prioritaires pour l’Air qui prévoit des restrictions pour certains véhicules polluant (4x4 par exemple) qui sont vigoureusement combattues par les lobbies de la bagnole