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Prière socialiste

dimanche 23 septembre 2012, par Michel Soudais

Est-il possible de réduire le déficit du budget de la France à 3 % en 2013, comme s’y est engagé François Hollande ?
« Je pense que c’est intenable. » Qui le dit ? Le socialiste Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, quatrième personnage de l’Etat. Notez que c’est la première fois qu’un haut dignitaire du régime (comme on dit quand on parle de pays plus exotiques) nous tient ce discours, que répètent pourtant depuis des mois de très nombreux économistes et pas tous réputés pour être d’affreux anti-libéraux ou (pire) d’infréquentables anti-capitalistes. On progresse quand le doute gagne le cœur de l’Etat.

Mais le plus intéressant dans les propos de numéro 4 c’est la suite de ce qu’il a déclaré au « Forum » Radio J : 3 % il « pense que c’est intenable mais ce n’est pas à la France de le dire » (je souligne). Donc le président de l’Assemblée nationale, garant de par cette fonction des droits des élus de la nation [1], nous explique tranquillement qu’il ne faut pas que nos élus la ramènent sur ce sujet. Et pourquoi donc devraient-ils se taire devant une politique imbécile ? Pourquoi le gouvernement devrait-il exécuter cette politique folle sans se poser de questions ?
Parce que… Parce que cela pourrait donner l’impression que la France ne tiendra ni ses engagements ni sa parole, explique-t-il, et alors « nous aurions à le payer cher au niveau de la gestion de notre dette et de l’effort financier ».
Je traduis pour ceux qui n’auraient pas compris l’implicite aveu contenu dans la crainte bartolonesque : si notre pays s’écarte du droit chemin, fixé en juillet 2011 par Nicolas Sarkozy et aussitôt accepté par le candidat socialiste qui allait lui succéder, les marchés vont nous tomber dessus à grands coups de taux d’intérêts usuraires. Si l’on ne veut pas attirer l’attention de ces rapaces, mieux vaut éviter de la moufter.

Un homme, reconnaît Claude Bartolone, peut intercéder en notre faveur auprès de ces sacro-saints marchés et poser la question de la faisabilité des efforts demandés, sans nous attirer les foudres financières.
Cet homme ce n’est évidemment pas son camarade François (Hollande) qui n’est (plus) que le chef de la province France. Plusieurs règlements et un traité, le TSCG, dont on fait comme s’il était en application alors qu’il n’est pas encore ratifié, ont déjà installé des radars automatiques pour surveiller et encadrer notre politique économique comme le sont les budgets des collectivités locales. Non. L’homme fort qui peut soulager notre fardeau budgétaire, celui vers qui se tournent les prières socialistes, c’est… José Manuel Barroso.
« C’est à la Commission de dire qu’on ne peut pas demander le même effort aux pays européens lorsqu’il y a de la croissance et lorsqu’il n’y en a pas », assure M. Bartolone. Dans un discret appel du pied, celui-ci a invité le président de la Commission à « se poser la question » des 3 %.

Alors que nos socialistes en sont réduits à prier le bon maître de la Commission européenne de faire preuve d’un peu de compassion, pendant combien de temps va-t-on encore nous faire croire que nous n’avons rien abandonné de notre souveraineté budgétaire ?


[1] Et singulièrement celui-ci (article 14 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : « Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs Représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. »