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Education : une refondation de l’école en demi-teinte

vendredi 19 octobre 2012, par Clémence Glon

Alors que la concertation sur la refondation de l’école s’est achevée, les associations attendent encore un véritable engagement de Vincent Peillon.

Après le temps de la concertation vient celui de la consultation. Le chemin tracé par le ministère de l’éducation pour atteindre la refondation annoncée de l’école a été pavé de façon très consciencieuse. Mardi 9 octobre, le discours de François Hollande venait clôturer les deux mois de travail mené par 600 personnes sur les grands axes à donner à la loi d’orientation qui sera soumise au Parlement en janvier 2013. Dans l’amphithéâtre de la Sorbonne, les applaudissements s’enchaînent. Le Président de la République ne s’aventure qu’en terrain conquis : promotion de l’égalité des chances, suppression des devoirs à la maison, développement de la scolarisation dès deux ans dans les territoires en difficulté, révision de la formation des enseignants…

Les objectifs sont fixés mais la tâche est loin d’être achevée (le rapport est en ligne ici). Cette semaine, les syndicats, les collectivités et les associations défilent dans le bureau de Vincent Peillon pour convenir d’une méthode qui permettra de mener à terme le grand projet du gouvernement. Parce que rédiger une loi ne suffit pas et qu’il faudra veiller, d’une manière ou d’une autre, à ce qu’elle ne reste pas lettre morte.

Catherine Chabrun, rédactrice en chef du Nouvel Educateur, la revue pédagogique de l’Institut coopératif de l’école moderne (ICEM), a participé aux débats de cet été. Elle en ressort plus que mitigée même si ce moment de rencontres a permis de témoigner de la vitalité de la pédagogie Freinet. « Freinet n’est plus encarté comme appartenant à l’Histoire », explique-t-elle. Pour la militante, les propositions accouchées après cette concertation « manquent d’un peu de courage ». « La suppression des devoirs à la maison est évidemment une bonne chose. Mais dans l’idéal, c’est le mot devoir lui-même qu’il aurait fallu supprimer. La vraie question est celle du travail personnel, ces activités pédagogiques menées en dehors de l’école ».

Un avis que partage Eric Favey, secrétaire général adjoint de la Ligue de l’éducation. Il est certes bien trop tôt pour juger de l’action du ministère mais une concertation plus large encore n’aurait été que bienvenue. « Il y a bien un consensus pour dire que l’école est à la peine et qu’elle est un facteur d’inégalités. Mais cet exercice aurait pourtant dû concerner l’éducation dans son ensemble. La politique à mener est par définition interministerielle », estime-t-il.

Soutenir les collectivités territoriales

En primaire, la semaine passera donc à quatre jours et demi de cours dès la rentrée 2013. Cette réorganisation des rythmes scolaires permettra de dégager un temps péri-éducatif où devraient être mis en place des sorties au musée, des jeux sportifs, des activités artistiques. L’idée, séduisante, manque encore de précisions. Le risque ? Que l’offre d’activités revienne uniquement à la charge des communes, ce qui aggraverait encore les inégalités territoriales. « Ce temps doit être défini comme un droit commun, poursuit Eric Favey. Il serait inacceptable qu’un élève en difficulté en soit dispensé sous prétexte de devoir faire des heures de soutien scolaire ».

La question du décrochage scolaire

Chaque année, près de 140 000 enfants sortent du système scolaire sans diplôme. Un chiffre qui devrait diminuer de moitié d’ici la fin du quinquennat, selon la promesse de François Hollande. Son annonce de mettre en place un référent dans les établissements à fort taux de décrochage ne surprend donc pas. Ce qui interpelle davantage, c’est l’absence totale de référence aux réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté (Rased) dans le rapport (comme le dénonce deux fédérations nationales ). Réformés par Xavier Darcos, les Rased ont perdu pas moins de 50 % de leurs postes d’enseignants spécialisés. Seront-ils tous rétablis ? Jean-Jacques Moine, président honoraire de l’Association pour favoriser l’égalité des chances à l’école (Apféé) veut y croire : « les Rased n’ont peut-être pas été nommés en tant que tels. Mais il me semble qu’en défendant la formule “plus de maîtres que de classes”, Vincent Peillon s’engage en leur faveur ».

Le passage du primaire au collège représente un gouffre pour les élèves en difficulté. La volonté du gouvernement de rapprocher les deux établissements entre également dans une logique de diminution du décrochage. Mais ce travail doit se faire de manière globale. Des activités communes entre le CM2 et le collège ne règleraient qu’une partie du problème. « Aujourd’hui, le collège fonctionne comme une préparation au lycée où s’effectue un tri social et culturel, estime Eric Favey. Il faut décloisonner les disciplines pour permettre à chaque élève d’acquérir un tronc commun de connaissances solides ». Une réorganisation du collège ne se ferra qu’en revoyant la formation de ses professeurs. Durant la concertation, les organisations syndicales restaient difficiles à convaincre sur cette révision du métier. Vincent Peillon comme François Hollande ont évité la question.

Le rôle des écoles supérieures du professorat et de l’éducation

En créant les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE), Vincent Peillon replace la formation des enseignants au cœur des préoccupations. Sur le papier, ces établissements réintégreront une part de formation en alternance et une entrée progressive dans le métier. Chaque semaine, le temps passé en classe ne dépassera pas les six heures. L’enjeu est de redonner à la pédagogie toute sa place. « Les enseignants sont désorientés, souligne Catherine Chabrun. La pédagogie permet de réenchanter les pratiques ». Rien n’est encore acté, mais l’Icem, comme le reste du Collectif des associations partenaires de l’école publique (CAPEP), pourraient avoir leur droit d’entrée dans ces nouveaux établissements.

Nota Bene :

Photo : AFP / ERIC FEFERBERG