[Archives] Front populaire : Le viatique de la victoire

L’arrivée au pouvoir du Front populaire a été précédée d’une longue bataille pour imposer l’union de la gauche dans toutes ses composantes.

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Explicable par le contexte de crise politique et économique des années 1930, le Front populaire n’aurait pas pu emporter les élections sans la conjonction de trois facteurs qui conditionnent une union de la gauche réussie : l’aspiration populaire à l’unité, le renoncement aux luttes fratricides et une alliance multiforme.

Après la manifestation antiparlementaire des ligues d’extrême droite qui a fait 17 morts à Paris, le 6 février 1934, la gauche réagit d’abord en ordre dispersé. Le 9 février, une manifestation est organisée par les communistes, à laquelle se joignent des socialistes à titre individuel. Le 12 février, une journée de grève est organisée par la CGT (proche des socialistes) et la CGTU (proche des communistes) avec des manifestations dans toute la France. À Paris, la SFIO et le PCF appellent à deux manifestations distinctes sur le cours de Vincennes. À l’heure de la dispersion, des militants des deux cortèges (100 000 manifestants) se rejoignent, place de la Nation aux cris de : « Unité ! Unité ! » La suite immédiate de cette mobilisation républicaine est la création du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA), le 5 mars. À sa tête, trois professeurs : le philosophe Alain (sympathisant radical), Paul Rivet (socialiste) et Paul Langevin (communiste).

Propagée par des sans-grade, l’union allait s’imposer aux dirigeants. Le 27 juillet, la SFIO et le PC adoptent un Pacte d’unité d’action antifasciste. Le 14 juillet 1935, ils sont rejoints par le Parti radical, qui s’associe à une manifestation unitaire pour « le pain, la paix, la liberté ». Dans l’euphorie d’une unité retrouvée de la gauche, les 500 000 manifestants font le « serment solennel, lu par Victor Basch, président de la Ligue des droits de l’homme, de rester unis, pour défendre la démocratie, pour désarmer et dissoudre les ligues factieuses ». Ils jurent de « donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse, et au monde la grande paix humaine ».

Au départ simple pacte défensif, le Rassemblement populaire, qui naît ce 14 juillet, va élaborer un programme politique minimal. Son existence n’aurait pas été possible sans une nouvelle orientation de l’Internationale communiste, dont le PCF n’est qu’une section. Après l’émeute du 6 février, un an après l’avènement de Hitler au pouvoir en Allemagne, elle abandonne la stratégie « classe contre classe », qui faisait de la social-démocratie, qualifiée de « social-fascisme », l’ennemi prioritaire. Et préconise une stratégie de Front populaire dans une Europe où se multiplient les régimes autoritaires d’inspiration fasciste. Le PCF poussera très loin cette volonté ­nouvelle de parvenir à une unité acceptable par tous. Lors des discussions sur le programme du Rassemblement populaire, les communistes s’opposeront avec les radicaux aux demandes des socialistes d’y inscrire des nationalisations ou une politique économique plus ambitieuse, afin de ne pas effaroucher les classes moyennes. Ils favorisent aussi la réunification de la CGT avec la CGTU au congrès de Toulouse, qui se tient du 2 au 5 mars 1936.

Dans le Rassemblement populaire, les partis politiques sont minoritaires. Au comité directeur siégeaient dix organisations : quatre partis (le PCF, la SFIO, l’Union socialiste républicaine et le Parti radical), deux confédérations syndicales (la CGT et la CGTU), la Ligue des droits de l’homme, qui en assure la présidence, le Mouvement contre la guerre et le fascisme, dit aussi « mouvement Amsterdam-Pleyel », le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et un mouvement d’anciens combattants. Plus de 90 organisations très diverses (on y trouvait aussi bien le Grand Orient de France que l’Union naturiste de France) en étaient adhérentes. Par leur attraction intacte, ces organisations ont contribué à redonner crédit aux partis politiques atteints par la vague d’antiparlementarisme. Elles ont également arbitré les conflits qui renaissaient entre eux. Enfin, cette vaste union, qui outrepasse les principes de la Charte d’Amiens (1), a permis de pénétrer la société plus profondément que ne l’aurait fait une simple alliance électorale. Jusqu’à la mettre en mouvement.

(1) Cette motion adoptée par la CGT en 1906 affirme que les groupements syndicaux « n’ont pas à se préoccuper des partis ».

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