Et La France Enivrée Te Salue, Maréchal!
Pen a déclaré, avec ses mots à lui, dont nous savons qu’ils sont aussi, et sur maint thème, les mots des forts penseurs qui jugent que la «réalité» se plaît à faire «campagne» pour le FN et que les antiracistes sont de méchantes gens – Pen, disais-je, a déclaré que « feindre de croire que le maréchal Pétain était responsable de la persécution des Juifs pendant la guerre était une pensée scandaleuse» , vu que, mâme Dupont, « les Juifs français ont bénéficié, somme toute, d’une indulgence que leur a valu le gouvernement français» de l’époque, et vu aussi que, d’ailleurs, « les lois antijuives n’allaient pas jusqu’à la déportation» , et ron, et ron, petit Papon.
Naturellement: la presse dénonce un «nouveau dérapage» du Pen.
Mais il n’est pas complètement seul, ces temps-ci, à souhaiter qu’on cesse de rudoyer la mémoire de Pétain.
Le chef de l’État français – je parle ici du gars qui prétend régner sur nos vies depuis trois longues années -, en même temps qu’il préempte avec sa coutumière décomplexion le souvenir de la Résistance – pour mieux rire dans ses cimetières -, juge ainsi que “la France n’a pas commis de crime contre l’humanité” , ni “cédé à la passion totalitaire” .
(Au temps pour les benêts qui pensaient que le Commissariat général aux questions juives avait joué «un rôle majeur dans la déportation» [^2] des Juifs de France.)
Plus récemment, il a, de même, déclaré posément que: “Depuis deux cents ans, à part l’expérience sanglante de la Terreur, nul totalitarisme n’a menacé nos libertés” .
(De sorte qu’on finit par se demander, mâme Dupont, contre quoi la Résistance a bien pu résister, s’il ne s’est rien passé de particulier dans notre cher et vieux pays entre 1940 et 1944 – et si des fois elle n’aurait pas mieux fait de s’économiser pour le cas où l’infâme Robespierre tenterait un nouveau putsch?)
Mais ces «dérapages» -là, t’auras noté, n’ont guère suscité de commentaires, dans la presse.
Je regardais la poutre, dans l’oeil du Pen: j’ai pas vu celle de Sarkozy.
[^2]: Gérard Noiriel, À quoi sert l’identité nationale? , Agone, 2007.
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