Sarkozy est-il cynique au point de « pousser » Eric Woerth au suicide pour en tirer un profit politique ?
Les journalistes qui l’approchent depuis quelques jours ont l’impression que le ministre du travail Eric Woerth se trouve au bord du suicide. Sentiment partagé par plusieurs parlementaires de l’UMP et de l’opposition. Ses pauvres prestations à la tribune de l’Assemblée nationale, comme sa piètre figuration dans l’émission de France 2 consacrée aux retraites, soulignent à quel point le ministre est secoué, usé par les accusations et les révélations qui se succèdent sur son passé proche ou ancien. Toutes illustrent les rapports troubles et incestueux qui se sont développés entre le pouvoir politique de la droite et le monde des affaires depuis que Nicolas Sarkozy a fait publiquement allégeance à ce qui est désormais connu sous le nom de « ### Bande du Fouquet’s ». Des gens, grands patrons, artistes de fête foraine, chanteurs aux talents délavés, intellectuels au rabais, qui ont d’ailleurs tous obtenu la légion d’honneur depuis 2007. Le plus extraordinaire dans le« calvaire » gravit par Eric Woerth c’est sa surprise de s’apercevoir que ses mauvaises fréquentations, que la collusion entre pouvoir politique, argent et pouvoir économique pouvaient lui être reprochée. Par la presse, mais surtout par une grande partie de l’opinion publique, sauf évidemment celle de la ville de Chantilly où il est maire d’un paradis bourgeois et d’un hippodrome. Le comptable de l’UMP, le fonctionnaire besogneux de la droite et du gouvernement découvre que des millions de gens puissent considérer comme anormales des habitudes et des amitiés qui lui semblaient si naturelles, scandaleuses pour ceux qui ne déjeunent pas avec les vedettes et les admirateurs du CAC 40. Il tombe des nues, le Woerth, lui qui ne connaît de la vie que le chic marché de Chantilly où il rencontre les électeurs et les photographes tandis que son épouse vit loin du monde dans les arcanes bancaires, là où l’argent sert à faire de l’argent.
Sur le chemin de Damas qu’il parcourt, Eric Woerth découvre aussi le cynisme de son président qui lui refuse de battre en retraite et de démissionner. En le gardant aux affaires malgré les affaires et les casseroles qui tintinnabulent dans son sillage, Nicolas Sarkozy s’offre la chance de gagner au grattage et au tirage. D’abord il se garde un fusible commode le temps d’essayer d’imposer sa réforme des retraites ; et surtout, surtout, le chef de la bande du Fouquet’s et son entourage commencent à penser que le coup de génie serait qu’Erice Woerth se suicide effectivement. Du pain béni pour le Président qui n’aurait aucun effort à faire pour accuser la gauche et surtout la presse d’avoir provoqué la mort d’un homme. On imagine déjà les mines éplorées, les hommages et la condamnation des « chiens de journalistes » qui, une fois de plus, ont cloué un homme au pilori et n’ont pas respecté la présomption d’innocence. Une occasion unique de discréditer ce qui reste de la presse libre dans ce pays.
Je délire ? J’affabule ? J’en suis de moins en moins certain car le suicide possible (hélas pour lui) d’Eric Woerth entrerait parfaitement dans le cursus de la politique cynique de Nicolas Sarkozy qui ne gouverne qu’avec des émotions. Pas les siennes, bien sur, mais celles qu’il suscite et entretient. Comment expliquer autrement la façon dont il « martyrise » son ministre du travail, à la fois en continuant de l’exposer tout en le dévalorisant dans le débat sur les retraites…
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